Le bilan 2025 du plan PRELSI en Andalousie met en lumière les conditions de travail et de logement des travailleurs agricoles, dont une majorité venue du Maroc. Entre encadrement administratif et réalités sociales, la campagne de Huelva révèle autant d’avancées que de zones d’ombre.
La campagne agricole de Huelva ne se résume pas aux fraises exportées vers l’Europe. Elle raconte aussi une histoire de mobilité humaine où le Maroc occupe une place centrale. Le Plan de Responsabilité Éthique, Sociale et d’Égalité (PRELSI, sigles en espagnol pour Plan de Responsabilidad Ético, Laboral, Social y de Igualdad) impulsé par l’organisation patronale Interfresa, a publié son bilan 2025 : 15.255 travailleurs saisonniers suivis, 394 entreprises adhérentes et 1.491 inspections réalisées dans les logements. Ces chiffres donnent l’image d’un dispositif massif, conçu pour répondre à la critique récurrente sur les conditions de vie et de travail dans les campagnes andalouses.
Derrière ces statistiques, il y a surtout des femmes marocaines venues dans le cadre des contrats GECCO, un dispositif qui encadre le recrutement en origine. Cette main-d’œuvre féminine représente un pilier du modèle agricole andalou, mais reste aussi au centre d’un débat sur la vulnérabilité, la précarité et la dépendance. Les 8.771 contrats enregistrés en 2025 rappellent que l’Espagne continue d’organiser sa récolte avec le concours direct du Maroc, dans une logique de complémentarité, mais aussi d’asymétrie.
Le PRELSI, en multipliant les inspections et les dispositifs de médiation, tente de répondre aux critiques. L’idée est d’assurer que les logements soient dignes et que les droits des travailleurs soient respectés. Mais les organisations sociales rappellent que l’existence d’un contrôle ne garantit pas automatiquement la qualité des conditions. Certaines zones d’ombre persistent, notamment autour des horaires, des rémunérations effectives et des cas de discriminations silencieuses.
Pour les entreprises, adhérer à ce plan constitue autant une obligation morale qu’une manière de protéger leur image sur un marché européen sensible aux questions de durabilité et de responsabilité sociale. La fraise andalouse ne se vend plus seulement par sa qualité gustative, mais aussi par les garanties sociales qui l’accompagnent. La médiatisation des abus dans le passé a laissé des traces profondes : aucun producteur ne peut désormais ignorer que le traitement des saisonniers est scruté par la presse, les ONG et les consommateurs.
Au-delà de la statistique, la dimension humaine reste essentielle. Pour les villages marocains d’où partent chaque année des centaines de femmes, la campagne de Huelva représente à la fois une source de revenus vitale et un arrachement. La rotation des saisonnières traduit une mobilité circulaire où le travail agricole devient un trait d’union entre deux rives. Mais cette réalité économique a un coût social, avec l’éloignement familial, la fragilité juridique et la dépendance à des dispositifs administratifs que beaucoup vivent comme un carcan.
Le PRELSI montre que la société andalouse prend au sérieux ces enjeux. Toutefois, il met en lumière un déséquilibre structurel, où les migrants portent une part considérable de l’effort productif tandis que leurs conditions de vie restent suspendues aux volontés politiques et patronales. La logique de « responsabilité sociale » gagne du terrain, mais reste fragile tant qu’elle ne se traduit pas par des droits consolidés et un suivi indépendant.
En définitive, la campagne 2025 à Huelva reflète un double visage. D’un côté, des progrès visibles dans l’encadrement, la médiation et le contrôle. De l’autre, la persistance d’une précarité qui interroge sur la soutenabilité d’un modèle agricole fondé sur une main-d’œuvre migrante venue du Sud. Pour les saisonniers marocains, chaque inspection représente une garantie supplémentaire, mais aussi le rappel que leur dignité ne peut dépendre seulement d’un plan provisoire.