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Hassan Aourid et la colère du « génération Z » : le miroir d’un modèle en crise

07 octobre 2025 - 07:11

Pour Hassan Aourid, ancien porte-parole du Palais royal et intellectuel reconnu, la contestation de la jeunesse marocaine n’est pas une agitation passagère. Elle révèle une faille profonde dans le modèle de développement national et met en lumière une fracture entre le Maroc officiel et le Maroc réel.

Dans une tribune publiée sur Al Jazeera Net, Aourid replace les manifestations du « génération Z » dans un contexte plus large. Ces jeunes ont grandi dans un univers numérique ouvert, sans médiation traditionnelle. Ils échappent aux codes politiques établis, se méfient des discours officiels et refusent la hiérarchie héritée des décennies précédentes. Leur langage, leurs références et leurs modes d’action sont radicalement différents. Les outils classiques de communication de l’État — médias publics, discours institutionnels, relais partisans — perdent ainsi de leur efficacité face à cette génération connectée et horizontale.

Aourid insiste sur ce qu’il appelle une dualité : un « Maroc de façade » mis en avant dans les forums internationaux et dans les discours officiels, et un « Maroc réel » marqué par la pauvreté, la faiblesse des services publics et l’absence de perspectives. Cette coexistence de deux réalités au sein d’un même pays alimente la frustration et nourrit le sentiment d’exclusion. Pour les jeunes, l’écart entre promesse et expérience quotidienne devient insupportable.

Cette analyse ne se limite pas à la description sociologique. Elle met en évidence une crise de confiance. Les institutions politiques et les élites ne parviennent plus à incarner un horizon crédible. L’idée même de médiation entre citoyens et État perd de sa légitimité. Le danger, selon Aourid, réside moins dans la colère visible que dans l’érosion silencieuse du lien civique.

En soulignant la spécificité du « génération Z », Aourid ouvre une réflexion qui dépasse le seul cadre marocain. Dans l’ensemble du Maghreb, les nouvelles générations partagent une défiance croissante envers les récits officiels et cherchent des espaces d’expression directe. Mais au Maroc, cette contestation prend une forme particulière parce qu’elle se confronte à un récit national fondé sur la stabilité, la modernisation et la projection internationale.

La lecture d’Aourid conduit à percevoir la mobilisation actuelle comme le symptôme d’une mutation structurelle plutôt que comme un événement isolé. Le Maroc ne se trouve pas seulement face à une crise sociale, il est placé devant l’urgence de réconcilier deux pays en un : celui des vitrines et celui du quotidien. La réponse ne viendra pas d’une gestion policière de la rue, mais d’une révision en profondeur du pacte social.

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