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Benalilou: « Mesurer la corruption par la perception n’offre qu’une moitié de la vérité »

03 décembre 2025 - 17:35

À New York, lors d’une conférence internationale consacrée à la mesure de la corruption, Mohamed Benalilou a plaidé pour un changement de paradigme. S’appuyer sur l’opinion des citoyens reste utile, a-t-il expliqué, mais cela « ne livre qu’une partie de la réalité ». La priorité consiste désormais à fonder les indicateurs sur des données factuelles afin de dépasser la logique de l’impression et d’installer une culture de l’anticipation.

L’intervention du président de l’Instance nationale de la probité, de la prévention et de la lutte contre la corruption s’est inscrite dans les travaux organisés au siège des Nations unies par le Programme des Nations unies pour le développement, le Office des Nations unies contre la drogue et le crime et la Académie internationale anticorruption. Le message central tient en une formule: faire passer les indicateurs « de l’autorité de l’impression à celle de la donnée ».

Pour Benalilou, la faiblesse de nombreux indices composites tient moins à leur ambition qu’à leur architecture méthodologique. En voulant tout agréger dans une image unique, ces outils nourrissent les controverses sur la fiabilité des résultats. Autre écueil pointé: la confusion entre la mesure des moyens engagés et l’évaluation des effets produits, qui conduit à des conclusions imprécises. D’où l’appel à des méthodologies claires et transparentes capables de « mesurer la transparence elle-même », sous peine de générer des chiffres déconnectés du réel.

Les indicateurs, a-t-il insisté, gagnent à être vus comme des portes d’entrée vers le débat public, jamais comme des verdicts définitifs. Dans cette optique, il a proposé une approche nationale à plusieurs dimensions, articulée autour de quatre piliers:

  1. Écoute scientifique: enquêtes de terrain pour documenter les expériences concrètes des citoyens.

  2. Baromètres de confiance: appréciation de l’impact de la corruption sur la légitimité institutionnelle et le développement.

  3. Mesure structurelle: cartographie des risques sectoriels afin d’identifier les fragilités avant l’émergence de soupçons.

  4. Croisement des méthodes: association de données quantitatives et d’analyses qualitatives pour une compréhension contextualisée.

Sur le plan technique, Benalilou a recommandé des partenariats élargis pour consolider les modèles statistiques, l’usage d’échantillons scientifiques favorisant les comparaisons internationales et la construction des indicateurs par un « dialogue scientifique » transformant les résultats en langage commun.

Le responsable marocain a également souligné l’apport de l’intelligence artificielle, de l’analyse de données massives et des données ouvertes pour détecter les risques et repérer les schémas de corruption. Après des décennies à mesurer la perception du phénomène, l’heure est venue, selon lui, d’évaluer les effets concrets des politiques publiques.

Clôturant son intervention, Benalilou a présenté la rencontre comme une étape décisive pour « restaurer la confiance dans les indicateurs ». La donnée, a-t-il conclu, doit devenir un levier de réforme et de transformation, plutôt qu’un simple miroir du réel. Les indicateurs resteront centraux, mais leur valeur dépendra d’une lecture critique, méthodique et fondée sur l’évidence.

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