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Iran : étudiants et commerçants face à l’érosion du pouvoir d’achat

31 décembre 2025 - 17:04

Les mobilisations observées ces derniers jours en Iran marquent un élargissement sociologique significatif d’un malaise économique ancien. Parties des milieux commerçants, les protestations contre l’envolée du coût de la vie et la dépréciation continue du rial ont désormais gagné les campus universitaires, notamment à Téhéran et dans plusieurs grandes villes du pays. Cette extension du mouvement ne traduit pas une rupture politique immédiate, mais révèle une tension sociale diffuse, alimentée par une inflation persistante et une perte de repères économiques.

Selon plusieurs sources concordantes, des rassemblements ont été signalés dans au moins une dizaine d’universités, dont plusieurs établissements de premier plan de la capitale. Les revendications exprimées portent avant tout sur le pouvoir d’achat, la précarisation des conditions de vie et l’imprévisibilité des prix, plutôt que sur des mots d’ordre idéologiques structurés. Cette tonalité distingue, pour l’heure, ces mobilisations d’autres épisodes de contestation plus ouvertement politiques observés au cours de la dernière décennie.

La réaction des autorités s’inscrit dans un registre désormais familier : présence renforcée des forces de l’ordre autour de certains lieux sensibles, usage ponctuel de moyens de dispersion, mais aussi discours appelant à l’écoute et à la responsabilité. Le président Masud Pezeshkian a publiquement évoqué la nécessité de prendre en compte des « demandes légitimes », tout en réaffirmant le cadre institutionnel dans lequel celles-ci doivent s’exprimer. Une ligne d’équilibre entre reconnaissance sociale et contrôle politique.

Sur le plan économique, les chiffres parlent d’eux-mêmes. La monnaie nationale a franchi de nouveaux seuils de dépréciation sur le marché informel, accentuant une inflation déjà élevée, estimée à plus de 50 % sur un an. Cette volatilité monétaire perturbe les circuits commerciaux, freine les échanges et alimente un climat d’attentisme généralisé. Dans de nombreux secteurs, vendeurs et acheteurs préfèrent suspendre leurs transactions, faute de visibilité à court terme.

Les sanctions internationales jouent un rôle structurel dans cette équation. L’économie iranienne, déjà fragilisée par des restrictions anciennes, subit désormais les effets du rétablissement de certaines mesures liées au dossier nucléaire. Ces contraintes extérieures se combinent à des déséquilibres internes — gouvernance monétaire, dépendance aux importations, rigidités administratives — qui limitent la marge de manœuvre des autorités.

Le remplacement récent du gouverneur de la Banque centrale s’inscrit dans cette tentative de reprise en main, même si ce type d’ajustement institutionnel a, par le passé, produit des effets limités sur la trajectoire globale du rial. La question centrale demeure celle de la capacité de l’État à restaurer un minimum de confiance économique sans bouleverser ses équilibres politiques.

À ce stade, les mobilisations étudiantes ne constituent pas un mouvement unifié ni durablement structuré. Elles signalent toutefois un déplacement significatif, la crise du coût de la vie touchant désormais des segments urbains et éduqués souvent considérés comme des indicateurs sensibles des tensions sociales. Plus qu’un défi politique immédiat, il s’agit d’un test de résilience économique et de gestion sociale pour les autorités iraniennes, dans un contexte international toujours contraignant.

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