À la fin de l’année 2025, Pedro Sánchez a choisi le format numérique pour dresser le bilan de son action. Dans une vidéo diffusée le 31 décembre, le président du gouvernement espagnol déroule, mois après mois, les principales décisions de son exécutif et affirme que l’Espagne se distingue comme moteur de la croissance européenne. Le message se veut maîtrisé, optimiste, presque linéaire. Il contraste avec un environnement politique devenu sensiblement plus instable.
Pour les observateurs marocains, l’Espagne demeure un partenaire clé, à la fois économique, institutionnel et géopolitique. Son évolution interne mérite donc une lecture attentive, au-delà du récit officiel. Les indicateurs macroéconomiques confèrent une base réelle au discours présidentiel. La croissance espagnole avoisine les 3 % en 2025, portée par la consommation, le tourisme et l’investissement. Dans une Europe ralentie, cette performance place Madrid dans le peloton de tête des grandes économies du continent.
Cette dynamique reste toutefois inégalement répartie. Le marché du travail continue d’afficher un taux de chômage élevé, supérieur à 10 %, une donnée structurelle qui distingue l’Espagne de ses partenaires européens. La création d’emplois progresse, mais elle coexiste avec une précarité persistante et une forte exposition des jeunes générations. La question du logement accentue ces tensions. La hausse continue des loyers et des prix immobiliers pèse sur les ménages urbains et alimente un malaise social que les mesures réglementaires peinent à contenir.
Le gouvernement met en avant ses choix sociaux. L’augmentation du salaire minimum, les investissements dans les bourses étudiantes et l’extension des congés familiaux constituent des marqueurs clairs de l’orientation sociale-démocrate de l’exécutif. Ces décisions renforcent le pouvoir d’achat d’une partie de la population et consolident une base électorale fidèle. Elles témoignent aussi d’un modèle de gouvernance qui privilégie la redistribution dans un contexte budgétaire contraint.
Le récit présidentiel laisse cependant de côté une dimension essentielle de l’année écoulée. La vie politique espagnole a été marquée par des affaires judiciaires, des tensions internes au Parti socialiste et une défaite électorale significative en Estrémadure, région historiquement favorable à la gauche. Ces épisodes ont affaibli la cohésion parlementaire et accentué la dépendance du gouvernement vis-à-vis d’alliés aux agendas divergents. L’absence de budget adopté pour 2026 illustre cette fragilité institutionnelle.
Pour Rabat, cette situation présente un double intérêt. D’une part, une Espagne économiquement dynamique reste un partenaire commercial attractif et un acteur central dans les échanges euro-méditerranéens. D’autre part, l’instabilité politique à Madrid limite la capacité de projection stratégique à moyen terme, y compris sur des dossiers sensibles comme l’énergie, la migration ou la coopération régionale. La continuité gouvernementale devient un facteur aussi déterminant que la performance économique.
Pedro Sánchez affirme sa volonté de poursuivre la législature et de prolonger l’agenda réformateur en 2026. Les mois à venir diront si la croissance enregistrée en 2025 suffit à compenser l’usure politique accumulée. Pour les partenaires du sud, l’enjeu dépasse la seule conjoncture espagnole. Il touche à l’équilibre d’un voisin immédiat, dont la stabilité conditionne une partie des équilibres méditerranéens.