Utilisé pour la première fois lors des examens du baccalauréat, un dispositif marocain de détection de téléphones portables et d’écouteurs électroniques fait débat parmi les élèves. Si les autorités éducatives y voient un outil indispensable dans la lutte contre la fraude numérique, de nombreux candidats dénoncent des perturbations susceptibles d’affecter leur concentration pendant les épreuves.
Rabat – La lutte contre la triche électronique lors des examens du baccalauréat prend une nouvelle dimension au Maroc. Pour la première fois cette année, les autorités éducatives ont déployé un dispositif technologique destiné à détecter les téléphones portables et les oreillettes dissimulés dans les salles d’examen. Une innovation qui, loin de faire l’unanimité, alimente déjà les débats parmi les candidats.
L’incident rapporté par plusieurs élèves dans un centre d’examen de Rabat illustre cette polémique. En pleine épreuve de français de première année du baccalauréat, plusieurs responsables administratifs sont entrés dans la salle accompagnés d’un agent équipé d’un appareil noir de forme triangulaire relié à un sac à dos contenant le système de détection.
Selon plusieurs témoignages, la scène a immédiatement attiré l’attention des candidats, interrompant momentanément leur concentration.
« Nous avons cru au départ qu’il se passait quelque chose d’urgent. Tout le monde a presque arrêté d’écrire pendant quelques instants », raconte un élève. « L’agent avançait lentement entre les rangées et orientait son appareil vers chaque candidat, comme s’il recherchait un objet caché. »
Développé au Maroc par des experts de l’Université Mohammed VI Polytechnique, ce système de détection a été présenté ces derniers mois comme l’une des innovations destinées à renforcer la sécurité des examens nationaux. Le ministre de l’Éducation nationale, Saad Berrada, avait lui-même mis en avant cette technologie devant le Parlement dans le cadre de la stratégie de lutte contre la fraude.
Mais pour de nombreux élèves, l’expérience a été déstabilisante.
« On avait l’impression d’assister à une opération de déminage comme dans les films », témoigne un autre candidat. « Une personne avançait lentement avec un appareil étrange pendant que tout le monde observait ce qui allait se passer. »
Au-delà de la curiosité suscitée par le dispositif, plusieurs candidats soulignent l’impact psychologique de ces contrôles effectués en pleine épreuve. Certains évoquent une perte de concentration difficile à récupérer, alors que chaque minute compte dans un examen déterminant pour leur avenir académique.
« Une fois l’attention détournée, il est difficile de retrouver immédiatement le même niveau de concentration », explique un élève. « Un examen ne dépend pas seulement du temps officiel accordé, mais aussi du calme mental nécessaire pour réfléchir. »
Les autorités éducatives défendent toutefois cette démarche. Ces dernières années, les méthodes de fraude se sont considérablement sophistiquées avec l’apparition de micro-oreillettes invisibles, de téléphones miniaturisés et d’autres dispositifs électroniques de plus en plus difficiles à détecter lors des contrôles classiques.
Selon plusieurs médias marocains, le ministère de l’Éducation nationale a renforcé cette année l’ensemble des mesures de surveillance afin de préserver la crédibilité du baccalauréat, considéré comme l’un des examens les plus importants du système éducatif marocain.
Le débat met ainsi en lumière un dilemme de plus en plus présent dans les systèmes éducatifs à travers le monde : comment renforcer les moyens de lutte contre la fraude sans créer un climat susceptible de perturber les candidats eux-mêmes ?
Entre impératif de transparence et respect des conditions psychologiques nécessaires à la réussite des examens, le nouveau détecteur de téléphones s’impose déjà comme l’une des images marquantes de cette session 2026 du baccalauréat marocain.