Le Conseil économique, social et environnemental (CESE) tire la sonnette d’alarme sur la progression de la violence en milieu urbain. Dans un nouveau rapport consacré au comportement civique, l’institution met en évidence une augmentation préoccupante des infractions violentes dans les villes marocaines, sur la base des données de la Direction générale de la sûreté nationale (DGSN).
Selon le rapport, le nombre de crimes liés à la violence en zone urbaine est passé de 46.553 cas en 2023 à 60.054 en 2024, soit une hausse de plus de 29 % en une seule année. Les données relatives aux huit premiers mois de 2025 montrent que cette tendance se poursuit à un niveau élevé.
Le phénomène ne se limite pas aux violences physiques. Les cas de harcèlement ont également connu une progression significative, passant de 1.674 affaires en 2023 à 2.657 en 2024. Sur les seuls huit premiers mois de 2025, 2.822 cas ont déjà été enregistrés, confirmant l’accélération du phénomène.
Les atteintes aux biens privés affichent elles aussi une hausse marquée. Elles sont passées de 28.678 à 35.168 cas entre 2023 et 2024, soit une augmentation proche de 38 %, tandis que les dégradations visant les biens publics ont progressé de manière plus modérée. Pour le CESE, ces chiffres interrogent le rapport des citoyens à la propriété collective et à la préservation de l’espace commun.
L’institution refuse toutefois de réduire cette évolution à une simple question sécuritaire. Selon son analyse, ces comportements traduisent une crise plus profonde touchant les mécanismes de socialisation et l’adhésion aux valeurs du vivre-ensemble.
Le rapport identifie plusieurs facteurs structurels à l’origine de cette situation, notamment les inégalités sociales et économiques, l’insuffisance de l’encadrement institutionnel ainsi que l’influence croissante de certains contenus numériques sur les comportements individuels, particulièrement chez les jeunes.
Face à cette réalité, le Conseil estime qu’un renforcement des dispositifs de sécurité, à lui seul, ne suffira pas à inverser la tendance. Il plaide pour une stratégie nationale globale reposant sur l’éducation, la sensibilisation, la prévention et l’exemplarité des institutions publiques afin de promouvoir durablement les valeurs de citoyenneté et de respect de l’espace public.