Alors que le Festival Gnaoua et Musiques du Monde d’Essaouira s’apprête à faire vibrer la cité des Alizés au rythme des rencontres musicales et culturelles, son Forum des droits humains ouvre cette année un vaste chantier de réflexion consacré à la jeunesse et à sa place dans un monde en profonde mutation.
Organisé en partenariat avec le Conseil de la communauté marocaine à l’étranger (CCME), le Forum s’est imposé au fil des années comme l’un des rendez-vous intellectuels majeurs du festival. Plus qu’un simple événement parallèle, il constitue désormais l’un des piliers de cette manifestation internationale en proposant un espace de dialogue où se croisent artistes, chercheurs, responsables institutionnels et acteurs de la société civile.
Pour son édition 2026, le Forum choisit de placer les jeunes au centre du débat. Non pas comme un simple objet d’étude, mais comme des acteurs à part entière des transformations qui redessinent aujourd’hui les sociétés contemporaines.
Une génération confrontée à des défis inédits
Conflits géopolitiques, révolution numérique, intelligence artificielle, crise climatique, mutations identitaires : rarement une génération n’aura été confrontée à autant de bouleversements simultanés.
Dans ce contexte, le Forum entend interroger les grands questionnements qui traversent les nouvelles générations : comment construire son avenir dans un monde incertain ? Comment concilier affirmation de soi et ouverture à l’autre ? Comment renouveler les formes d’engagement citoyen à l’heure des réseaux sociaux et de la mondialisation ?
Selon les organisateurs, ces interrogations dépassent largement les frontières nationales et concernent aujourd’hui la jeunesse sur l’ensemble des continents.
Les libertés à l’épreuve des tensions contemporaines
Les travaux du Forum s’ouvriront avec une conférence inaugurale du philosophe sénégalais Souleymane Bachir Diagne, professeur à l’Université Columbia de New York et figure reconnue de la pensée contemporaine africaine.
Cette intervention donnera le ton d’une programmation centrée sur les notions de liberté, d’identité et de participation citoyenne.
Parmi les temps forts annoncés figure une rencontre intitulée « Les libertés en question : être jeune dans un monde sous tension », réunissant le ministre marocain de la Jeunesse, de la Culture et de la Communication, Mohamed Mehdi Bensaid, et Najat Vallaud-Belkacem, ancienne ministre française de l’Éducation nationale et présidente de l’association France Terre d’Asile.
Tous deux partageront leur expérience de l’exercice des responsabilités publiques à un âge relativement jeune et débattront des politiques destinées à la jeunesse, de l’éducation, de la culture et des nouvelles formes d’engagement citoyen sur les deux rives de la Méditerranée.
Création, identité et engagement
Le programme comprend également trois grandes tables rondes consacrées aux rapports entre jeunesse, créativité et citoyenneté.
La première, intitulée « Arts et cultures : créer pour exister », explorera le rôle de la création artistique comme espace d’expression, de résistance et d’émancipation. Artistes, écrivains et chercheurs y confronteront leurs regards sur la capacité de l’art à répondre aux défis contemporains.
La deuxième rencontre, « Identités en mouvement : grandir entre plusieurs mondes », abordera les questions liées à l’appartenance, aux parcours migratoires et à la construction identitaire dans un univers marqué par la circulation croissante des cultures et des influences.
Enfin, la troisième table ronde, « Nouvelles formes d’engagement : quand la jeunesse réinvente l’action », mettra en lumière les initiatives citoyennes portées par de jeunes acteurs associatifs, entrepreneurs sociaux, spécialistes des médias et de la communication.
L’esprit du Festival Gnaoua
Pour Neila Tazi, productrice du Festival Gnaoua et Musiques du Monde, le Forum constitue le prolongement naturel de la philosophie du festival.
Selon elle, les valeurs portées par la musique — dialogue, diversité, échange et construction de passerelles entre les cultures — trouvent dans cet espace de réflexion une traduction intellectuelle et citoyenne.
De son côté, le président du CCME, Driss El Yazami, souligne que si les jeunes sont confrontés à des défis majeurs, ils disposent également d’une capacité exceptionnelle d’innovation, de créativité et d’invention sociale qui représente l’un des principaux leviers du monde de demain.
Pendant deux jours, Essaouira deviendra ainsi un laboratoire d’idées à ciel ouvert où se rencontreront réflexion, culture et engagement. Une manière de rappeler que la jeunesse ne représente pas seulement l’avenir des sociétés, mais qu’elle en constitue déjà l’une des principales forces motrices.