Première communauté étudiante étrangère dans l’enseignement supérieur français, les Marocains sont directement concernés par le durcissement des conditions financières imposées aux étudiants non européens. Dans une enquête publiée le 10 août, Le Monde décrit les difficultés de plusieurs jeunes Marocains confrontés à la hausse des droits d’inscription, à la réduction des exonérations et à la perte de certaines aides. Au-delà des situations individuelles, ces mesures pourraient progressivement modifier une mobilité universitaire profondément ancrée dans les relations entre le Maroc et la France.
Pendant des décennies, poursuivre ses études en France a constitué une voie presque naturelle pour des milliers de jeunes Marocains. La langue, la proximité géographique, les liens historiques entre les systèmes universitaires et la reconnaissance des diplômes ont installé la France au premier rang des destinations choisies par les étudiants du Royaume.
Mais cette équation est en train de devenir nettement plus coûteuse.
Dans une enquête publiée le 10 août, le quotidien français Le Monde s’intéresse aux conséquences des nouvelles mesures sur les étudiants marocains et donne la parole à plusieurs d’entre eux, désormais contraints de revoir leurs budgets, de travailler davantage ou même de s’interroger sur la poursuite de leur cursus en France.
Première communauté étudiante étrangère
Le Maroc est particulièrement exposé à cette évolution. Avec plus de 42 000 étudiants inscrits dans l’enseignement supérieur français en 2024-2025, selon les données de Campus France citées par Le Monde, il demeure le premier pays d’origine des étudiants étrangers en France.
Le changement le plus sensible concerne les droits d’inscription différenciés appliqués aux étudiants extracommunautaires. Ils peuvent désormais atteindre 2 895 euros par an en licence et 3 941 euros en master, contre respectivement 178 et 254 euros pour les étudiants français et européens.
Jusqu’ici, les exonérations accordées par les établissements permettaient à de nombreux étudiants étrangers d’échapper totalement ou partiellement à ces tarifs. Mais un décret adopté le 19 mai vient restreindre progressivement cette possibilité.
Pour les familles marocaines, la différence est loin d’être anodine. Aux frais universitaires s’ajoutent le logement, l’alimentation, les transports, les assurances et l’ensemble des dépenses liées à une installation en France.
Travailler l’été pour financer ses études
L’enquête de Le Monde donne notamment l’exemple d’un étudiant marocain de 18 ans arrivé en France en 2025, qui travaille pendant les vacances dans un dépôt de poids lourds à Toulouse au lieu de rentrer au Maroc retrouver sa famille. Deux mois de travail devraient lui permettre d’économiser environ 2 000 euros, une somme qui reste insuffisante au regard des dépenses qui l’attendent.
Un autre témoignage recueilli par le quotidien concerne une étudiante marocaine originaire de Fès, inscrite à Aix-Marseille Université. Elle pensait avoir construit son projet autour d’une exonération importante avant d’apprendre qu’elle devrait finalement s’acquitter de la totalité des frais.
Ces situations mettent en évidence une conséquence moins visible des nouvelles règles : la question n’est plus seulement d’être admis dans une université française, mais de disposer des ressources permettant d’y rester.
Le risque d’une sélection par l’argent
C’est probablement là que se situe l’enjeu principal pour les étudiants marocains.
Lorsque plusieurs milliers d’euros de frais supplémentaires viennent s’ajouter au coût déjà élevé de la vie étudiante, les conséquences ne sont pas identiques pour toutes les familles. Pour les catégories aisées, l’effort peut rester absorbable. Pour les ménages modestes ou appartenant aux classes moyennes, il peut remettre en cause l’ensemble du projet.
Interrogé par Le Monde, le sociologue Hicham Jamid inscrit cette évolution dans un durcissement plus général des conditions imposées aux étudiants étrangers et alerte sur le risque de voir la mobilité universitaire devenir de plus en plus déterminée par l’origine sociale.
Une évolution qui pose une question plus large : la France veut-elle sélectionner davantage ses étudiants étrangers selon leurs ressources financières autant que selon leur niveau académique ?
Et si les étudiants marocains regardaient ailleurs ?
Les effets ne sont pas encore perceptibles dans les candidatures. Selon Campus France Maroc, cité par la presse marocaine, celles des étudiants marocains pour la rentrée 2026-2027 auraient même progressé de 8 %, avec un taux d’admission de 41 %.
Ces données doivent cependant être interprétées avec prudence : une partie importante des dossiers avait été déposée avant l’annonce des nouvelles mesures.
Dans les témoignages recueillis par Le Monde apparaît déjà une autre tendance : certains étudiants commencent à envisager d’autres destinations européennes.
L’Allemagne revient notamment dans les réflexions, mais l’Espagne, la Belgique ou d’autres pays peuvent également gagner en attractivité si l’écart de coût avec la France continue de se creuser.
Un enjeu aussi pour l’influence française au Maroc
L’affaire dépasse donc largement le portefeuille des étudiants.
Depuis plusieurs générations, les universités et grandes écoles françaises accueillent une partie des futures élites marocaines : médecins, ingénieurs, chercheurs, universitaires, cadres et responsables publics ou privés. Cette mobilité constitue l’un des liens humains, scientifiques et culturels les plus solides entre les deux pays.
En renchérissant l’accès à son enseignement supérieur, la France pourrait ainsi obtenir un effet contraire à celui recherché : réduire certaines dépenses à court terme, mais perdre progressivement une partie de son attractivité auprès de la jeunesse marocaine.
La France reste aujourd’hui une destination privilégiée. Rien ne permet encore de parler d’un décrochage massif. Mais les choix universitaires ne sont jamais immuables.
Lorsque le coût d’une destination augmente et que d’autres portes s’ouvrent, même les habitudes les mieux enracinées finissent par être comparées.