Jorge Rodríguez et Dinorah Figuera dirigent les négociations entre le gouvernement intérimaire vénézuélien et une partie de l’opposition.
Le premier cycle de négociations, soutenu par les États-Unis, s’est achevé sur un engagement à revoir la procédure de sélection des magistrats. Les parties entendent également agir ensemble pour récupérer les 31 tonnes d’or vénézuélien conservées à la Banque d’Angleterre.
Le gouvernement intérimaire du Venezuela et une délégation de l’opposition sont parvenus à un premier accord portant sur la transformation de la Cour suprême de justice et l’instauration d’un nouveau mécanisme de sélection et de nomination de ses magistrats.
L’engagement a été annoncé à l’issue du premier cycle de négociations ouvert le 6 août sous l’égide des États-Unis, sept mois après le renversement et la capture de Nicolás Maduro lors d’une opération militaire américaine.
Les discussions ont été dirigées par Jorge Rodríguez, président de l’Assemblée nationale et frère de la présidente par intérim Delcy Rodríguez, ainsi que par Dinorah Figuera, représentante du Parlement à majorité opposante élu en 2015.
Cette première séquence débouche sur deux engagements majeurs : renouveler la plus haute juridiction du pays et coordonner les démarches destinées à récupérer les réserves d’or vénézuéliennes bloquées au Royaume-Uni.
Une première étape vers la reconstruction institutionnelle
La réforme de la Cour suprême constitue depuis longtemps l’une des principales revendications de l’opposition. Cette juridiction avait validé la réélection de Nicolás Maduro en 2024, contestée par ses adversaires et non reconnue par plusieurs gouvernements.
Selon la déclaration commune, les parties ont convenu de transformer la Cour et de revoir le mode de désignation de ses membres. L’objectif annoncé est de créer un mécanisme de candidature offrant davantage de garanties d’indépendance.
L’accord représente une avancée notable, mais il ne constitue pas encore une réforme judiciaire effectivement mise en œuvre. La composition de l’organe chargé d’examiner les candidatures, le calendrier du renouvellement et les garanties d’autonomie des futurs magistrats restent à préciser.
La crédibilité de cette démarche dépendra de sa capacité à dépasser un simple remplacement des titulaires et à réduire durablement l’emprise du pouvoir politique sur la justice.
L’indépendance de la Cour suprême sera également déterminante pour sécuriser un éventuel calendrier électoral et arbitrer les contentieux liés aux futurs scrutins.
María Corina Machado absente des négociations
Dinorah Figuera représente une partie de l’opposition, mais pas l’ensemble des forces hostiles au chavisme. María Corina Machado, principale figure de l’opposition et prix Nobel de la paix, ne participe pas aux discussions et demeure en exil au Panama.
Elle a fait savoir qu’elle ne s’opposerait pas au processus. Son absence nourrit toutefois les interrogations sur la représentativité de la délégation et sur sa capacité à prendre des engagements au nom de l’ensemble de l’opposition.
Des sources proches des discussions assurent que les négociateurs reconnaissent le leadership politique de Machado et que cette initiative n’a pas vocation à l’écarter ni à se substituer aux autres composantes démocratiques.
La présidente intérimaire, Delcy Rodríguez, a salué le lancement du dialogue et appelé toutes les forces politiques à rejoindre un processus qui devrait, selon elle, placer au premier plan la paix, la stabilité et le développement du Venezuela.
Une démarche commune pour récupérer l’or
Le deuxième engagement concerne les 31 tonnes d’or vénézuélien déposées à la Banque d’Angleterre. L’accès à ces réserves reste bloqué en raison du refus britannique de reconnaître la légitimité de l’ancien gouvernement Maduro et d’un long contentieux devant les juridictions du Royaume-Uni.
À partir de 2019, des représentants de l’opposition avaient eux-mêmes entrepris des démarches pour empêcher le pouvoir de Nicolás Maduro d’accéder à ces actifs.
La nouvelle position commune modifie partiellement la situation : le gouvernement intérimaire et la délégation de l’opposition s’engagent désormais à promouvoir ensemble la restitution des réserves.
Delcy Rodríguez avait récemment écrit au roi Charles III pour demander leur déblocage. Elle souhaite affecter ces ressources à l’aide aux victimes et à la reconstruction après le double séisme du 24 juin, qui a fait plus de 6.300 morts.
Les évaluations de la valeur de cet or divergent. L’AFP l’estime à environ 1,9 milliard de dollars, tandis que d’autres calculs fondés sur les cours plus récents du métal approchent les 4 milliards. Son volume — 31 tonnes — constitue donc la donnée la moins contestable.
L’accord entre Vénézuéliens pourrait donner davantage de poids à la demande, sans garantir son aboutissement. La décision reste entre les mains des autorités et des tribunaux britanniques.
Une avancée à confirmer
Les discussions doivent reprendre à une date qui n’a pas encore été annoncée. Plusieurs questions restent en suspens : le renouvellement du Conseil national électoral, les garanties de participation politique, la libération des prisonniers, la révision des lois utilisées contre la dissidence et la fixation d’un calendrier électoral.
Ce premier cycle marque une évolution politique importante, mais sa portée se mesurera à la traduction concrète et vérifiable des engagements annoncés.
Après de nombreux dialogues infructueux au cours des deux dernières décennies, la refonte de la Cour suprême pourrait ouvrir la voie à une transition institutionnelle. Elle pourrait aussi se réduire à une redistribution du pouvoir si elle n’est pas accompagnée d’une véritable indépendance judiciaire, d’un pluralisme politique et de règles électorales crédibles.