L’Organisation marocaine des droits de l’Homme affirme avoir documenté cinq cas présumés d’agressions sexuelles sur des mineures ayant nécessité une prise en charge hospitalière à Sebta. Les faits font actuellement l’objet d’une enquête, selon son président, Naoufal Bouamri.
L’Organisation marocaine des droits de l’Homme (OMDH) dit avoir recueilli des témoignages concordants faisant état de violations commises à l’encontre de ressortissants marocains et étrangers présents à Sebta, dans le contexte de la récente crise migratoire.
Intervenant jeudi 13 août sur 2M, Naoufal Bouamri, président de l’organisation, a indiqué que la mission menée sur place avait constaté des conditions humanitaires et sociales particulièrement difficiles, notamment pour les femmes, les enfants, les adolescents et les jeunes isolés.
L’élément le plus préoccupant concerne cinq cas présumés d’agressions sexuelles sur des mineures. Selon Bouamri, les victimes ont été admises à l’hôpital et les faits signalés font désormais l’objet d’investigations.
Le responsable associatif a précisé que l’OMDH avait également entendu des témoignages évoquant un nombre potentiellement plus élevé de victimes. L’organisation a toutefois choisi de ne retenir, à ce stade, que les cinq cas ayant donné lieu à une prise en charge hospitalière.
Ces déclarations doivent être considérées avec les précautions nécessaires tant que les enquêtes n’ont pas établi les circonstances des faits, identifié d’éventuels responsables et déterminé leur qualification judiciaire. Aucun détail permettant d’identifier les mineures ne doit par ailleurs être divulgué, conformément aux impératifs de protection des victimes.
Des besoins humanitaires urgents
Au-delà de ces signalements, l’OMDH décrit une situation marquée par de graves difficultés d’accès à la nourriture, à l’eau et à un hébergement sûr durant les premiers jours de la crise.
D’après Bouamri, des habitants musulmans de Sebta ont pris en charge une partie de l’aide d’urgence en fournissant des repas et des solutions d’hébergement provisoires à des personnes restées sans assistance. Certaines d’entre elles auraient été accueillies dans des logements privés, dans des conditions néanmoins très précaires.
Le président de l’OMDH s’est également interrogé sur la fermeture de nombreux commerces pendant les événements. Il demande que soit déterminé si ces fermetures relevaient de décisions individuelles liées à la situation sécuritaire ou d’une éventuelle orientation organisée. Cette dernière hypothèse demeure, à ce stade, une interrogation formulée par l’organisation et non un fait établi.
La notion de « retour volontaire » contestée
L’OMDH émet par ailleurs des réserves sur la qualification de « volontaires » appliquée à certains retours vers le Maroc. Pour Bouamri, un départ ne peut être considéré comme pleinement consenti si les personnes concernées se trouvent privées de nourriture, d’eau, d’hébergement ou d’accès aux services essentiels.
L’organisation estime donc nécessaire d’examiner les conditions concrètes dans lesquelles ces retours ont eu lieu. Elle appelle à distinguer une décision librement prise d’un départ imposé de fait par l’absence de toute solution permettant de rester dignement sur place.
Cette appréciation devra toutefois être confrontée aux procédures suivies par les autorités espagnoles, aux témoignages des personnes revenues au Maroc et aux éventuels documents administratifs attestant leur consentement.
Des capacités d’accueil insuffisantes pour les mineurs
La situation des mineurs constitue un autre point d’alerte. Selon les informations recueillies par l’OMDH, l’une des structures d’hébergement disponibles ne pourrait accueillir qu’une centaine de personnes, alors que plusieurs centaines de mineurs et d’adolescents seraient arrivés dans la ville.
Ce déséquilibre entre les besoins et les capacités d’accueil soulève des questions sur l’identification des enfants, leur mise à l’abri et leur accès à une assistance médicale, psychologique et juridique. La séparation éventuelle des familles et le risque d’exploitation ou de violences exigent également une vigilance renforcée.
Le droit espagnol, comme les engagements européens et internationaux de l’Espagne, impose une protection particulière aux enfants présents sur son territoire, indépendamment de leur nationalité ou de leur situation administrative. Leur intérêt supérieur doit guider toute décision relative à l’accueil, au transfert ou au retour.
L’OMDH demande ainsi que la lumière soit faite sur les agressions présumées, les conditions d’hébergement et les modalités des retours. Les accusations les plus graves appellent une enquête rapide et indépendante, mais aussi une communication officielle permettant d’établir les faits sans instrumentalisation politique et sans exposer davantage les victimes.