L’arrivée annoncée du groupe chinois Guizhou Tyre à Tanger Tech porterait, à terme, la capacité marocaine de production de pneumatiques à 36 millions d’unités par an. Avec trois projets industriels d’envergure, le Royaume renforce l’intégration de sa filière automobile et consolide son positionnement comme plateforme de production destinée aux marchés internationaux.
L’industrie marocaine du pneumatique s’apprête à accueillir un troisième acteur chinois. Guizhou Tyre prévoit d’investir près de 300 millions de dollars dans la construction d’une usine au sein de la Cité Mohammed VI Tanger Tech.
Le conseil d’administration du groupe a approuvé le projet d’une unité intelligente consacrée à la fabrication de pneus radiaux semi-acier. L’investissement total est évalué précisément à 298,72 millions de dollars, dont un peu plus de 293 millions seront affectés à la construction du site.
Une fois pleinement opérationnelle, l’usine devrait produire six millions de pneus par an, commercialisés notamment sous les marques Advance et Samson. Sa réalisation doit s’étaler sur environ deux ans.
Le Maroc deviendrait ainsi le deuxième pays d’implantation industrielle de Guizhou Tyre à l’étranger, après le Vietnam.
Trois groupes chinois et 36 millions de pneus
Le projet de Guizhou Tyre viendra compléter deux investissements chinois déjà engagés au Maroc.
Le premier site, exploité par Sentury Tire à Tanger, est entré en production en septembre 2024. Sa capacité doit atteindre progressivement 12 millions de pneus par an.
L’unité, implantée à Tanger Tech sur une superficie de 200.000 mètres carrés, représente un investissement global annoncé de 490 millions de dollars. Sa production est principalement destinée aux marchés européen et américain.
Le deuxième projet est porté par Shandong Yongsheng Rubber, à travers sa filiale marocaine Goldensun Tire Morocco. Le groupe a lancé en janvier 2026 les travaux de construction d’un vaste complexe industriel dans la zone d’accélération industrielle de Betoya, située dans la commune d’Amjoud, dans la province de Driouch.
L’investissement s’élève à 6,7 milliards de dirhams. Édifié sur 52 hectares, le complexe doit atteindre une capacité annuelle de 18 millions de pneus et créer environ 1.737 emplois directs.
Sa proximité avec le futur port de Nador West Med lui donnera un accès privilégié aux marchés européens et africains. La fin des travaux est annoncée pour le début de l’année 2027.
En additionnant les capacités prévues de Sentury Tire, de Shandong Yongsheng Rubber et de Guizhou Tyre, le Maroc pourrait ainsi produire 36 millions de pneumatiques par an lorsque les trois unités auront atteint leur plein régime.
Ce chiffre représente donc une capacité industrielle projetée. Il ne correspond pas encore au volume effectivement produit sur le territoire national.
Un maillon stratégique de la filière automobile
Le développement de l’industrie du pneumatique marque une nouvelle étape dans l’intégration locale du secteur automobile marocain.
Le Royaume a longtemps concentré son développement sur l’assemblage de véhicules, le câblage, les sièges, les composants métalliques et différentes pièces techniques. La fabrication de pneus permet désormais de localiser un autre intrant essentiel de la chaîne automobile.
Cette évolution peut réduire la dépendance aux importations, renforcer l’offre destinée aux constructeurs installés au Maroc et favoriser l’émergence de nouveaux métiers industriels. Elle augmente également la capacité du pays à exporter des composants automobiles à plus forte valeur ajoutée.
La localisation des trois projets répond à une logique logistique précise. Tanger offre un accès direct aux infrastructures de Tanger Med et aux marchés européens, tandis que Driouch bénéficie de la proximité de Nador West Med et ouvre de nouvelles perspectives industrielles pour la région de l’Oriental.
L’implantation de Shandong Yongsheng en dehors de l’axe traditionnel Tanger-Casablanca contribue en particulier à une meilleure répartition territoriale des investissements industriels.
Plus d’un milliard de dollars d’investissements
Les trois projets représentent ensemble plus d’un milliard de dollars d’investissements annoncés.
Au-delà des volumes de production, leur impact dépendra toutefois du niveau d’intégration locale. La création d’emplois durables, la formation des techniciens, le développement de fournisseurs marocains et le transfert de compétences détermineront la contribution réelle de ces usines à l’économie nationale.
La production de pneumatiques nécessite par ailleurs d’importantes quantités de caoutchouc naturel et synthétique, d’acier, de textiles techniques, de produits chimiques et d’énergie. Le développement d’un réseau local de fournisseurs constituerait donc l’étape suivante pour approfondir l’intégration de la filière.
Les enjeux environnementaux devront également accompagner cette montée en puissance, notamment en matière de consommation énergétique, de traitement des rejets industriels et de recyclage des pneus usagés.
Avec Sentury déjà en production, Shandong Yongsheng en construction et Guizhou Tyre en préparation, le Maroc se rapproche néanmoins de la constitution d’un véritable pôle régional du pneumatique.
L’objectif de 36 millions d’unités par an traduit un changement d’échelle. Sa portée industrielle se mesurera cependant moins au nombre de pneus sortant des chaînes qu’à la part de valeur créée au Maroc, aux emplois qualifiés générés et à la capacité du pays à construire autour de ces usines un écosystème local durable.