L’organisation amazighe estime que l’introduction des caractères latins aux côtés des caractères arabes, sans équivalent en tifinagh, contrevient à l’esprit de la Constitution. Elle demande au ministère du Transport de corriger une réforme qui ravive le débat sur la mise en œuvre effective du caractère officiel de l’amazighe.
Le bureau fédéral de l’organisation Tamaynut a critiqué le nouveau format des plaques d’immatriculation adopté par le ministère du Transport et de la Logistique, en raison de l’absence des caractères tifinaghs.
La controverse porte sur l’arrêté ministériel n° 640.26, signé le 26 mars 2026 et publié au Bulletin officiel n° 7531 du 3 août. Le texte modifie les règles relatives à l’immatriculation des véhicules à moteur et des remorques, en introduisant notamment des caractères latins aux côtés des caractères arabes dans les séries ordinaires d’immatriculation.
Cette adaptation répond notamment à des impératifs de lisibilité et d’identification des véhicules marocains lors de leur circulation à l’étranger. Mais pour Tamaynut, cette justification technique n’explique pas pourquoi le tifinagh n’a pas été intégré au nouveau dispositif.
Une question de hiérarchie entre les langues
Dans un communiqué, l’organisation considère cette absence comme « injustifiée » et contraire aux dispositions constitutionnelles reconnaissant l’amazighe comme langue officielle de l’État aux côtés de l’arabe.
Tamaynut estime que la réforme introduit, dans un document administratif visible dans l’espace public, une forme de hiérarchie entre les langues et leurs systèmes d’écriture. À ses yeux, l’ajout de l’alphabet latin rend encore plus difficilement compréhensible l’absence du tifinagh, consacré comme graphie officielle de la langue amazighe.
L’organisation souligne que la question dépasse largement la présence de quelques caractères sur une plaque automobile. Elle y voit un nouvel indicateur de l’écart persistant entre le discours institutionnel sur la promotion de l’amazighe et son intégration réelle dans les pratiques administratives.
Elle rappelle, à cet égard, le principe de primauté de la Constitution ainsi que les engagements pris par l’État pour appliquer la loi organique relative à la mise en œuvre du caractère officiel de l’amazighe et à son intégration dans les différents domaines de la vie publique.
« Passer de la Constitution des textes à celle des pratiques »
Pour Tamaynut, la répétition de décisions administratives ne prenant pas en compte l’amazighe risque de réduire sa reconnaissance constitutionnelle à un principe formel, sans traduction suffisamment visible dans le fonctionnement quotidien des institutions.
L’organisation appelle ainsi à « passer de la constitutionnalisation des textes à celle des pratiques », en faisant de la présence de l’amazighe une règle administrative effective et non une mesure appliquée de manière ponctuelle.
Elle demande au ministre du Transport et de la Logistique d’intervenir rapidement pour modifier l’arrêté et intégrer les caractères tifinaghs dans les séries et plaques d’immatriculation.
La revendication ouvre néanmoins un débat qui comporte aussi une dimension technique : il reste à déterminer la forme concrète que prendrait la coexistence des caractères arabes, tifinaghs et latins sur des plaques soumises à des exigences précises de dimensions, de lisibilité et de reconnaissance internationale.
Ces contraintes peuvent justifier des modalités particulières, mais elles ne dispensent pas, selon Tamaynut, le ministère d’expliquer ses choix ni d’examiner des solutions compatibles avec l’égalité constitutionnelle des deux langues officielles. En l’absence d’une réponse publique du département concerné, la controverse rappelle surtout que la reconnaissance de l’amazighe se mesure désormais moins aux déclarations de principe qu’à sa présence concrète dans les actes ordinaires de l’administration.