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L’Équatorienne Ivonne A‑Baki devient la huitième candidate à la tête de l’ONU

19 août 2026 - 11:14

La diplomate équatorienne Ivonne A‑Baki est devenue la huitième candidate à la succession d’António Guterres au poste de secrétaire général des Nations unies. Proposée par le Royaume des Tonga, elle met en avant son expérience diplomatique, ses liens avec l’Amérique latine et le Moyen-Orient ainsi que sa participation au processus de paix entre l’Équateur et le Pérou.

La candidature a été officiellement transmise par les Tonga à la présidence de l’Assemblée générale et au Conseil de sécurité, selon la documentation publiée par les Nations unies.

Ancienne ministre du Commerce extérieur et ex-ambassadrice de l’Équateur aux États-Unis, au Qatar et en France, A‑Baki est la deuxième ressortissante équatorienne engagée dans la course.

L’ancienne ministre des Affaires étrangères María Fernanda Espinosa, qui a présidé l’Assemblée générale de l’ONU en 2018-2019, est également candidate.

Aucune des deux n’a été proposée par le Gouvernement équatorien. Espinosa est soutenue par Antigua-et-Barbuda, tandis que la candidature d’A‑Baki a été déposée par les Tonga.

Tout État membre peut proposer une personnalité, quelle que soit sa nationalité. Cette situation est donc parfaitement conforme aux règles, mais l’absence d’appui du pays d’origine peut constituer un handicap diplomatique.

Une héritière de deux espaces culturels

Née de parents libanais, Ivonne A‑Baki présente son héritage comme un lien entre l’Amérique latine et le monde arabe.

« Je suis la seule candidate dont l’héritage relie l’Amérique latine et le Moyen-Orient, et la seule personne nommée ayant contribué à négocier un accord de paix entre deux États souverains membres de l’ONU », a-t-elle déclaré sur X.

La diplomate affirme vouloir renouveler la promesse fondatrice de la Charte des Nations unies, qui consiste à « préserver les générations futures du fléau de la guerre ».

Dans sa lettre de nomination, Tonga souligne ses fonctions ministérielles et diplomatiques ainsi que son engagement en faveur du développement durable et du dialogue entre les cultures.

L’État du Pacifique la présente comme une personnalité capable de relier l’Amérique latine, le monde arabe, l’Afrique et l’Europe. Le nombre de gouvernements disposés à soutenir concrètement sa candidature reste toutefois inconnu.

Une expérience de médiation entre l’Équateur et le Pérou

A‑Baki a participé au processus diplomatique ayant conduit aux accords de paix de Brasilia de 1998 entre l’Équateur et le Pérou.

Ces accords ont mis fin au long différend frontalier entre les deux pays après la guerre du Cenepa de 1995.

Le règlement a résulté du travail des gouvernements équatorien et péruvien, des États garants et de nombreux négociateurs. Il serait donc excessif d’en attribuer individuellement le succès à A‑Baki.

Sa participation constitue néanmoins une expérience directement pertinente pour le poste de secrétaire général, dont le titulaire doit souvent assurer une médiation entre des gouvernements en conflit.

La diplomate a également exercé deux fois les fonctions d’ambassadrice à Washington et a dirigé le ministère équatorien du Commerce extérieur, de l’Industrie, de la Pêche et de la Compétitivité.

L’héritage contrasté de l’initiative Yasuní

A‑Baki a été l’une des principales représentantes internationales de l’initiative Yasuní-ITT.

Ce projet proposait de laisser sous terre d’importantes réserves pétrolières situées dans une zone amazonienne d’une biodiversité exceptionnelle, en échange de contributions financières internationales.

L’initiative a renforcé son image de diplomate engagée dans la recherche de nouveaux mécanismes de financement climatique.

Elle n’a cependant pas obtenu les montants attendus. En 2013, l’ancien président Rafael Correa a mis fin au programme et autorisé l’exploitation du pétrole.

Ce précédent peut servir sa candidature en illustrant sa capacité à défendre des idées environnementales ambitieuses. Il peut aussi être invoqué par ses adversaires comme l’exemple d’un projet multilatéral qui n’a pas réussi à mobiliser les ressources promises.

Huit candidats, dont cinq femmes

La liste comprend désormais huit prétendants :

  • Rebeca Grynspan, du Costa Rica ;

  • Carolyn Rodrigues-Birkett, du Guyana ;

  • Rafael Grossi, d’Argentine ;

  • Michelle Bachelet, du Chili ;

  • María Fernanda Espinosa, d’Équateur ;

  • Ivonne A‑Baki, également équatorienne ;

  • Macky Sall, du Sénégal ;

  • Olara Otunnu, d’Ouganda.

Cinq femmes et trois hommes sont en lice. Depuis la création de l’organisation en 1945, aucune femme n’a exercé la fonction de secrétaire générale.

Six candidats proviennent d’Amérique latine et des Caraïbes. La région revendique une nouvelle occasion de diriger l’ONU, trente-cinq ans après la fin du mandat du Péruvien Javier Pérez de Cuéllar.

La multiplication des candidatures régionales peut renforcer l’idée d’une alternance géographique, mais elle disperse également les soutiens.

Rebeca Grynspan en tête du premier scrutin informel

Le Conseil de sécurité a organisé le 30 juillet une première consultation informelle afin de mesurer le soutien aux sept candidats alors déclarés.

Rebeca Grynspan est arrivée en tête avec dix bulletins « encourage », un « discourage » et quatre sans opinion.

Carolyn Rodrigues-Birkett a obtenu neuf encouragements et Rafael Grossi sept. Michelle Bachelet et Macky Sall ont chacun recueilli six avis favorables, María Fernanda Espinosa cinq et Olara Otunnu deux.

A‑Baki n’a pas participé à cette première consultation et devra être ajoutée aux prochaines. Son entrée tardive réduit le temps dont elle dispose pour convaincre les membres du Conseil.

Le processus reste néanmoins ouvert et d’autres candidatures peuvent encore être présentées.

Le poids décisif des cinq membres permanents

Le résultat de la première consultation ne suffit pas à faire de Grynspan la future secrétaire générale.

Le vote s’est déroulé avec des bulletins identiques. Il est donc impossible de savoir si son unique avis défavorable provenait de l’un des cinq membres permanents disposant du droit de veto.

Lors des étapes ultérieures, des bulletins différenciés peuvent permettre d’identifier les candidatures confrontées à un veto potentiel.

Pour être recommandé, un candidat doit obtenir au moins neuf voix sur quinze sans rencontrer l’opposition des États-Unis, de la Russie, de la Chine, de la France ou du Royaume-Uni.

Le Conseil de sécurité transmet ensuite un seul nom à l’Assemblée générale. Celle-ci confirme généralement la recommandation par acclamation.

La compétition dépend donc moins d’un vote mondial que d’un compromis entre cinq puissances actuellement divisées sur l’Ukraine, Gaza, l’Iran et de nombreuses autres crises.

Macky Sall et l’enjeu africain

L’ancien président sénégalais Macky Sall représente l’une des deux candidatures africaines, avec l’Ougandais Olara Otunnu.

Sall n’a obtenu que six encouragements contre sept avis défavorables lors de la première consultation, ce qui traduit d’importantes résistances. L’origine libanaise d’A‑Baki et ses liens revendiqués avec le monde arabe ne signifient pas qu’elle bénéficiera automatiquement de soutiens africains ou moyen-orientaux.

Elle devra convaincre des États déjà sollicités par les candidats de leurs propres régions.

Diriger une organisation affaiblie

António Guterres quittera ses fonctions le 31 décembre après deux mandats de cinq ans.

Son successeur héritera d’une institution confrontée à l’impuissance du Conseil de sécurité, à des guerres prolongées, à des difficultés budgétaires et à une remise en cause croissante du multilatéralisme.

La recherche d’une personnalité acceptable pour les cinq membres permanents favorise souvent les profils conciliateurs. Elle peut toutefois produire un dirigeant trop prudent pour défendre efficacement la Charte lorsque les grandes puissances la contournent.

A‑Baki entre ainsi dans une compétition où son parcours diplomatique et interculturel peut constituer un atout, mais où sa viabilité dépendra surtout de sa capacité à bâtir rapidement une coalition et à éviter le veto de chacun des cinq membres permanents.

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