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Au Japon, nettoyer l’école fait partie de l’apprentissage : une leçon pour l’école marocaine ?

20 août 2026 - 07:22

Les élèves japonais participent à l’entretien quotidien de leurs classes et des espaces communs. L’objectif n’est pas de remplacer les agents professionnels, mais d’apprendre que ce qui appartient à tous relève aussi de la responsabilité de chacun.

Dans de nombreuses écoles japonaises, la fin d’un cours ou du déjeuner n’annonce pas seulement une pause. Elle peut aussi marquer le début du sōji, le moment consacré au rangement et au nettoyage.

Répartis en petits groupes, les élèves balaient leur classe, essuient les tables, rangent le matériel, nettoient certains couloirs et ramassent les déchets. Les tâches sont généralement organisées à tour de rôle et adaptées à leur âge.

Vue de l’extérieur, cette pratique peut surprendre. Dans beaucoup de pays, le nettoyage de l’école est considéré comme une mission exclusivement réservée au personnel d’entretien. Au Japon, il possède également une dimension éducative : apprendre à respecter un espace collectif en participant à sa préservation.

La leçon ne réside donc pas dans le maniement du balai. Elle tient dans une idée simple : celui qui utilise un lieu partage aussi la responsabilité de le maintenir propre.

Une éducation qui dépasse les matières scolaires

Le sōji s’inscrit dans une conception plus large de l’éducation japonaise, connue sous le nom de Tokkatsu, ou « activités spéciales ».

Intégrées au programme scolaire, ces activités comprennent notamment la vie de classe, les conseils d’élèves, les événements collectifs et différentes formes de participation à la communauté scolaire.

Selon les travaux présentés par EDU-Port Japan, plateforme rattachée au ministère japonais de l’Éducation, le Tokkatsu vise à développer les relations humaines, la participation sociale, l’autonomie et la capacité à résoudre collectivement les problèmes de la vie quotidienne.

Nettoyer une classe ne constitue donc pas une activité séparée de l’apprentissage. C’est une manière concrète d’enseigner la coopération, la discipline, le respect du travail et l’attention portée aux autres.

L’enfant comprend que s’il abandonne un déchet, quelqu’un devra le ramasser ; que s’il dégrade un équipement, toute la classe en subira les conséquences ; et que la propreté d’un lieu commun ne dépend pas uniquement d’une autorité extérieure.

Cette habitude cherche à transformer une règle abstraite — « respectez votre école » — en comportement quotidien.

Les élèves ne remplacent pas tous les professionnels

Les images circulant sur les réseaux sociaux présentent parfois une version exagérée du modèle japonais : les écoles n’auraient aucun personnel d’entretien et les enfants assureraient seuls toute la propreté des établissements.

La réalité est plus nuancée.

L’organisation varie selon les écoles et les collectivités. Des employés interviennent pour les travaux de maintenance, les réparations, le nettoyage approfondi et les tâches nécessitant des produits chimiques, du matériel spécialisé ou présentant un risque.

Les élèves participent principalement à l’entretien courant des espaces qu’ils utilisent. Ils ne devraient pas être chargés de missions dangereuses ni servir de main-d’œuvre gratuite destinée à supprimer des emplois.

Cette distinction est fondamentale si l’on souhaite tirer une leçon de l’expérience japonaise. Son intérêt pédagogique disparaîtrait si la participation des élèves devenait une manière de pallier le manque de personnel ou de réduire les budgets consacrés à l’hygiène.

Le but est de former des citoyens responsables, pas de transformer les enfants en agents de maintenance.

Que pourrait en retenir l’école marocaine ?

Transposer mécaniquement une pratique d’un pays à un autre serait une erreur. L’école japonaise est le produit d’une histoire, d’une organisation et d’une culture particulières. Le Maroc ne peut donc pas simplement importer le sōji comme on ajoute une activité à un emploi du temps.

Mais la philosophie qui l’accompagne mérite d’être discutée.

L’école marocaine enseigne les connaissances nécessaires à la réussite scolaire. Elle doit aussi contribuer à former le comportement du futur citoyen : sa relation aux autres, au bien commun et à l’espace public.

Or les établissements sont parfois confrontés à une contradiction visible. Les élèves reçoivent des leçons sur le civisme et la protection de l’environnement, mais ces principes restent souvent théoriques. Le respect de la salle de classe, de la cour, des toilettes, du mobilier ou de la rue entourant l’école n’est pas toujours considéré comme une responsabilité personnelle.

Il ne suffirait évidemment pas de distribuer des balais pour résoudre ce problème. Une activité dépourvue d’explication pourrait être perçue comme une punition, une humiliation ou une corvée imposée aux élèves les moins disciplinés.

Pour produire un effet éducatif, elle devrait être collective, limitée, adaptée à l’âge et accompagnée par les enseignants. Tous les élèves y participeraient à tour de rôle, sans distinction sociale ni utilisation du nettoyage comme sanction.

Il pourrait s’agir de ranger la classe, remettre les chaises en place, vérifier que les papiers sont déposés dans les corbeilles, prendre soin du matériel collectif ou participer ponctuellement à une activité environnementale dans la cour de l’établissement.

Le message serait alors clair : le travail manuel n’est pas dégradant, la propreté n’est pas l’affaire d’une catégorie sociale et le respect des agents d’entretien commence par le refus de leur laisser volontairement ce que chacun aurait pu éviter de salir.

Une question de dignité et de justice

La proposition peut susciter une objection légitime : les élèves vont à l’école pour apprendre, tandis que le nettoyage relève de personnes recrutées et rémunérées pour cette mission.

Cette objection devient particulièrement importante lorsque les établissements ne disposent pas d’un nombre suffisant d’agents ou que leurs conditions de travail sont précaires. La participation des élèves ne doit jamais fournir un prétexte à l’administration pour se désengager de ses obligations.

Mais ranger ce que l’on utilise et participer pendant quelques minutes à la protection d’un espace commun ne signifie pas exercer le métier d’un professionnel.

La différence se trouve dans la nature, la durée et l’objectif des tâches. Entretenir quotidiennement tout un établissement est un emploi. Apprendre à ne pas laisser derrière soi le désordre que d’autres devront réparer est une éducation.

Cette approche peut même renforcer le respect du personnel de nettoyage. L’élève qui a participé à l’entretien de sa classe comprend mieux la valeur de ce travail et la fatigue de ceux qui l’accomplissent chaque jour.

Du comportement scolaire au comportement citoyen

L’intérêt du modèle japonais se mesure surtout au-delà de l’école.

L’enfant habitué à prendre soin de sa classe peut être davantage disposé à respecter un parc, une plage, un autobus ou une rue. Rien ne garantit automatiquement ce passage, mais l’école peut installer des habitudes et donner une signification concrète à la notion de bien commun.

Le Japon n’est pas un pays sans incivilités et son système éducatif n’est pas exempt de critiques. Présenter le sōji comme la preuve d’une supériorité culturelle japonaise serait aussi naïf que de croire qu’une routine de nettoyage suffirait à former des citoyens exemplaires.

La véritable leçon est plus modeste et plus utile : l’éducation ne se limite pas à ce qui peut être mesuré dans un examen.

Une école enseigne les mathématiques, les sciences, les langues et l’histoire. Mais elle enseigne également, par son organisation quotidienne, ce que signifie vivre avec les autres.

Pour le Maroc, la question n’est donc pas de savoir si les élèves doivent remplacer les agents d’entretien. Ils ne le doivent pas.

La question est de déterminer comment l’école peut transmettre, par la pratique et non seulement par les discours, cette règle essentielle de la citoyenneté :

Ce qui appartient à tous dépend aussi du comportement de chacun.

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