Isidre Gavín, député de Junts, à la tribune du Congrès des députés.
Le député catalan Isidre Gavín a provoqué un débat inhabituel au Congrès espagnol en questionnant la légitimité de la souveraineté espagnole sur Sebta et Melilia et en demandant au gouvernement s’il serait prêt à consulter leurs habitants par référendum. L’élu de Junts a notamment invoqué le précédent de Gibraltar. Une intervention qui transpose aux deux villes la logique du droit à décider défendue par le parti indépendantiste catalan.
Le débat devait initialement porter sur l’immigration et la situation à Sebta après les entrées massives enregistrées fin juillet. Il a finalement débouché sur une question beaucoup plus sensible : celle de la souveraineté espagnole sur Sebta et Melilia.
À la tribune du Congrès, le député de Junts Isidre Gavín a mis en doute ce qu’il considère comme la faiblesse des fondements de la légitimité espagnole sur les deux villes et a demandé au gouvernement s’il avait envisagé d’organiser un référendum permettant à leurs habitants de se prononcer sur leur maintien au sein de l’Espagne.
L’intervention a eu lieu le 30 septembre, pendant l’examen d’une initiative du Parti populaire consacrée à la situation à Sebta après les événements migratoires de juillet.
Il importe toutefois de distinguer la portée politique de l’intervention de sa portée institutionnelle : Junts n’a pas déposé un texte visant à convoquer un tel référendum. Il s’agit d’une proposition formulée par l’un de ses députés lors du débat parlementaire.
L’autodétermination catalane transposée à Sebta et Melilia
La singularité de l’intervention tient d’abord à l’identité politique de son auteur. Junts a fait du droit à l’autodétermination de la Catalogne l’un des fondements de son projet politique. Gavín a appliqué ce même raisonnement à Sebta et Melilia : si la volonté des populations constitue le critère déterminant pour décider d’une appartenance politique, pourquoi, demande-t-il en substance, ce principe ne pourrait-il pas également s’appliquer aux deux villes ?
Selon les propos rapportés par Europa Press, le député a jugé fragile la légitimité historique invoquée par l’Espagne et a interpellé directement le gouvernement sur l’éventualité d’une consultation populaire.
L’argument introduit un élément inhabituel dans la politique espagnole. Madrid considère Sebta et Melilia comme parties intégrantes du territoire national, tandis que le Maroc maintient historiquement sa revendication sur les deux villes.
Junts introduit une troisième logique dans cette controverse : celle de la consultation directe de leurs habitants.
Le miroir politiquement sensible de Gibraltar
Gavín est allé plus loin en évoquant explicitement Gibraltar. Le parallèle est politiquement sensible.
L’Espagne revendique la souveraineté sur le territoire britannique, tandis que Madrid considère que les situations historique et juridique de Gibraltar, d’une part, et de Sebta et Melilia, d’autre part, ne sont pas comparables.
En invoquant le précédent des consultations organisées à Gibraltar, le député catalan retourne en quelque sorte la question vers Madrid : si la volonté de la population est un élément à prendre en compte dans un conflit de souveraineté, pourquoi ne pas demander également aux habitants de Sebta et Melilia de se prononcer ?
La comparaison ne crée évidemment aucune équivalence juridique automatique entre les trois territoires. Mais politiquement, elle permet à Junts de déplacer vers Sebta et Melilia un débat — souveraineté, autodétermination et volonté populaire — qui se trouve au cœur de son propre affrontement politique avec l’État espagnol.
Une brèche dans le consensus politique espagnol
C’est probablement là que réside l’intérêt principal de cet épisode. L’intervention d’un député de Junts ne modifie ni le statut des deux villes ni la position officielle de l’Espagne. Elle ne signifie pas davantage que le Parlement espagnol envisage actuellement d’organiser une consultation.
Elle révèle cependant qu’une question presque absente du débat parlementaire national peut désormais être introduite depuis une autre périphérie politique espagnole : la Catalogne indépendantiste.
La coïncidence avec le débat migratoire est également frappante. Au Sénat, PP et Vox cherchent à renforcer juridiquement le contrôle des frontières de Sebta et Melilia. Au Congrès, un député de Junts interroge la légitimité politique sur laquelle repose précisément la souveraineté espagnole sur ces territoires.
Deux débats de nature très différente convergent ainsi vers les mêmes villes : d’un côté, Madrid cherche à consolider juridiquement leur frontière ; de l’autre, Junts introduit au Parlement la question de savoir si leurs habitants devraient pouvoir se prononcer sur leur appartenance à l’Espagne.
C’est cette seconde dimension qui donne à l’intervention de Gavín sa portée politique : pour une fois, le débat sur Sebta et Melilia ne vient ni de Rabat ni de la relation maroco-espagnole, mais de l’intérieur même du Parlement espagnol.