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À l’ONU, la diplomatie marocaine démonte l’argumentaire algérien sur les camps de Tindouf

04 octobre 2026 - 11:27

La diplomatie marocaine a livré une intervention particulièrement offensive aux Nations unies face aux arguments avancés par la délégation algérienne sur les camps de Tindouf. Majda Moutchou a successivement contesté la procédure entourant un addendum relatif au Programme alimentaire mondial, l’interprétation de ses chiffres et l’assimilation entre bénéficiaires de l’aide et réfugiés. Rabat a surtout remis au centre du débat une question qu’il soulève depuis des années : le recensement des populations des camps.

La confrontation entre le Maroc et l’Algérie autour du Sahara s’est déplacée cette fois sur un terrain particulièrement technique : celui des procédures onusiennes, des documents officiels et de la signification exacte des chiffres utilisés dans le dossier humanitaire des camps de Tindouf.

Face à la délégation algérienne, la diplomate marocaine Majda Moutchou a construit sa réponse autour de plusieurs points précis, refusant que le débat se limite à un échange politique général sur le Sahara. Son intervention a d’abord porté sur la procédure suivie pour introduire un addendum relatif aux activités du Programme alimentaire mondial en Algérie.

Rabat attaque sur la procédure

Le premier axe de la réponse marocaine a consisté à contester la manière dont le document avait été introduit et la portée qui pouvait lui être attribuée.

Majda Moutchou a rappelé que le rapport avait été soumis à la commission compétente sous une forme déterminée et que l’ajout ultérieur d’un texte ne permettait pas, selon l’argumentation marocaine, de lui conférer automatiquement le même statut procédural.

La diplomate a ainsi choisi de déplacer la discussion vers les règles mêmes de fonctionnement de l’instance. Pour Rabat, il ne s’agissait plus seulement de répondre au contenu avancé par Alger, mais de poser une question préalable : dans quelles conditions le document invoqué a-t-il été produit, présenté et intégré au débat ?

Cette stratégie a permis à la représentante marocaine de contester l’argumentation algérienne à sa source, avant même d’en examiner les chiffres.

« Bénéficiaires » ne signifie pas nécessairement « réfugiés »

Le deuxième volet de l’intervention marocaine a porté sur la terminologie.

Majda Moutchou a attiré l’attention sur la différence entre les personnes bénéficiant de l’assistance du Programme alimentaire mondial et celles pouvant être comptabilisées juridiquement ou démographiquement comme réfugiés.

Cette distinction constitue le cœur de l’argument marocain. Les données du PAM servent avant tout à organiser et distribuer l’aide humanitaire. Elles ne constituent donc pas, selon Rabat, un recensement permettant d’établir automatiquement la population exacte des camps.

La représentante marocaine a ainsi contesté toute présentation des chiffres relatifs aux bénéficiaires ou aux rations distribuées comme une donnée démographique définitive.

Le PAM distribue actuellement près de 134 000 rations alimentaires dans les cinq camps situés près de Tindouf. Pour la diplomatie marocaine, ce chiffre renseigne sur l’ampleur de l’assistance humanitaire mais ne saurait, à lui seul, établir le nombre exact de réfugiés.

Le Maroc remet le recensement des camps au cœur du débat

C’est précisément sur ce point que Majda Moutchou a porté son argument le plus politique.

La diplomate marocaine a rappelé la demande de Rabat concernant l’enregistrement et le recensement individualisé des populations vivant dans les camps de Tindouf. Une question ancienne, mais que la controverse autour des chiffres du PAM a permis au Maroc de remettre au premier plan.

L’argumentation marocaine repose sur une logique simple : tant qu’un recensement exhaustif n’a pas permis d’établir avec précision la population concernée, les données utilisées à des fins humanitaires ne peuvent être automatiquement transformées en statistiques démographiques incontestables.

Rabat cherche ainsi à séparer deux niveaux que le débat sur Tindouf tend régulièrement à confondre : d’une part, l’obligation de garantir l’aide humanitaire aux populations qui en ont besoin ; de l’autre, la détermination précise de leur nombre et de leur statut.

Majda Moutchou refuse de laisser le débat devenir personnel

L’échange s’est ensuite durci lorsque le représentant algérien a mis en cause, selon le récit marocain de la séance, l’expérience de la diplomate marocaine.

Majda Moutchou a répondu en rappelant ses plus de seize années d’expérience dans la diplomatie multilatérale, avant de ramener immédiatement la discussion vers les questions de fond.

Cette séquence a renforcé la tonalité de l’intervention marocaine : répondre aux attaques personnelles sans abandonner le terrain procédural et documentaire sur lequel Rabat avait choisi de placer la confrontation.

La représentante marocaine a également demandé pourquoi la partie algérienne ne produisait pas directement les documents qu’elle invoquait afin que leur contenu et leur statut puissent être examinés par l’ensemble des délégations.

Une riposte marocaine construite sur les règles de l’ONU

Au-delà de la vigueur de l’échange, l’intervention de Majda Moutchou illustre une méthode de plus en plus visible dans l’action diplomatique marocaine : ne pas laisser sans réponse les arguments avancés dans les enceintes multilatérales, mais les confronter aux textes, aux procédures et à la terminologie des organisations internationales elles-mêmes.

Dans cette séquence, Rabat a cherché à déplacer le rapport de force du registre politique vers celui de la démonstration documentaire : quel est le statut du texte invoqué ? Comment a-t-il été introduit ? Que disent exactement les chiffres ? À quelle catégorie de population correspondent-ils ? Et peuvent-ils remplacer un véritable recensement ?

Cette approche permet surtout au Maroc de replacer la question de Tindouf sur un terrain qu’il juge essentiel : celui de la transparence démographique et de l’identification des populations des camps, sans remettre en cause la nécessité de poursuivre l’assistance humanitaire.

L’épisode dépasse donc la simple joute verbale entre deux diplomates. Il montre comment le différend autour du Sahara se joue également dans les détails du fonctionnement des institutions internationales, où un chiffre, une qualification ou le statut procédural d’un document peuvent devenir des éléments à part entière de la bataille diplomatique.

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