À l’ouverture du Marrakech Air Show 2026, Abdellatif Loudiyi a exposé les nouvelles orientations du Royaume dans les industries aéronautiques et de défense. L’objectif affiché est de dépasser progressivement une logique essentiellement fondée sur l’acquisition d’équipements à l’étranger pour développer une base productive nationale capable de répondre aux besoins du pays, d’attirer les grands industriels et, à terme, de servir les marchés internationaux.
Le Maroc entend franchir une nouvelle étape dans le développement de ses industries aéronautiques et de défense. Intervenant à l’ouverture du Marrakech Air Show 2026, Abdellatif Loudiyi, ministre délégué auprès du chef du gouvernement chargé de l’Administration de la Défense nationale, a présenté les principaux axes d’une stratégie qui place désormais la production locale, l’investissement et le développement de compétences industrielles au cœur des priorités du Royaume.
Cette orientation repose sur une ambition clairement affirmée : construire progressivement une base industrielle nationale capable de répondre à une partie des besoins marocains en équipements et services liés à la défense, tout en créant les conditions nécessaires pour accéder aux marchés d’exportation.
Il ne s’agit donc plus uniquement de sécuriser les approvisionnements militaires du Royaume par des acquisitions extérieures. La stratégie consiste également à attirer au Maroc des investissements industriels, des technologies et des savoir-faire permettant de produire localement et de mieux intégrer le pays aux chaînes de valeur internationales.
Du marché d’importation à la production locale
Selon Abdellatif Loudiyi, les dernières années ont été consacrées à la mise en place des fondations nécessaires au développement d’une véritable industrie de défense. Le Maroc s’est notamment doté d’un cadre juridique spécifique et d’infrastructures destinées à accueillir des activités industrielles présentant des exigences particulières en matière de sécurité, de logistique et de technologie.
Des zones d’accélération industrielle ont ainsi été créées, accompagnées d’un dispositif logistique et de services adapté. Le Royaume a parallèlement mis en place des mesures incitatives pour les investissements considérés comme stratégiques et un accompagnement destiné aux opérateurs souhaitant implanter leurs projets sur le territoire national.
Cette architecture vise à renforcer l’attractivité du Maroc auprès des industriels internationaux de la défense et à faciliter la réalisation de projets en partenariat avec des acteurs étrangers. Ceux-ci doivent permettre de produire des équipements, du matériel et des services militaires destinés en premier lieu à satisfaire la demande nationale.
Mais la stratégie ne s’arrête pas au marché intérieur. Les capacités développées au Maroc sont également appelées à s’ouvrir progressivement à l’exportation, ce qui placerait le Royaume dans une nouvelle position au sein des chaînes internationales de production liées à la défense.
Cette évolution revêt une dimension stratégique particulière. Développer une capacité industrielle nationale permet non seulement d’augmenter la valeur ajoutée créée localement, mais aussi d’acquérir des compétences, de former des ingénieurs et techniciens et de réduire progressivement certaines dépendances technologiques.
L’aéronautique comme modèle de montée en gamme
L’expérience accumulée par le Maroc dans l’aéronautique constitue à cet égard un précédent important. Le secteur a progressivement dépassé les activités de fabrication relativement simples pour s’étendre vers des métiers plus complexes intégrant la production avancée, l’ingénierie et la maintenance aéronautique.
Cette montée en gamme s’est accompagnée de l’installation au Maroc de grands groupes industriels internationaux et de la constitution progressive d’un réseau de fournisseurs et de compétences locales.
L’objectif consiste désormais à consolider le Royaume comme pôle stratégique de fabrication et de maintenance aéronautiques, tout en poursuivant la modernisation des infrastructures aéroportuaires et en renforçant l’intégration de l’industrie marocaine dans les chaînes de production mondiales.
Les secteurs aéronautique et militaire tendent ainsi à se rapprocher autour d’un même impératif : ne plus limiter l’avantage industriel marocain aux coûts de production ou à sa position géographique, mais développer davantage de compétences locales, de maîtrise technologique et de capacités d’ingénierie.
Une nouvelle étape pour la souveraineté industrielle
Les orientations présentées à Marrakech dessinent ainsi une transformation progressive du modèle marocain dans le domaine de la défense. Le Royaume demeure naturellement un acquéreur d’équipements militaires internationaux, mais cherche parallèlement à développer sur son territoire une partie croissante de l’écosystème nécessaire à leur production, leur entretien et aux services associés.
Cette stratégie passe nécessairement par des partenariats internationaux. L’enjeu sera cependant de transformer les investissements attirés au Maroc en transfert durable de compétences, formation de ressources humaines, développement de fournisseurs nationaux et création d’une véritable capacité industrielle locale.
Cette orientation prend une dimension supplémentaire avec les projets industriels et technologiques annoncés à l’occasion du Marrakech Air Show 2026. Elle traduit une volonté de faire converger aéronautique, défense, recherche et ingénierie autour d’un même objectif : faire évoluer progressivement le Maroc d’une plateforme de production vers un écosystème industriel et technologique capable de produire davantage de valeur ajoutée sur son propre territoire.
À travers cette stratégie, le Royaume ne cherche donc plus seulement à renforcer ses capacités de défense. Il ambitionne également de faire de ce secteur un nouveau levier de développement industriel, d’innovation et d’intégration dans les chaînes de valeur mondiales.