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Défense : le Maroc s’engage dans le développement d’un drone d’attaque de 2 000 km de portée avec Harmattan AI

08 octobre 2026 - 10:04

Un accord conclu au Marrakech Air Show 2026 ouvre la voie au développement d’« IRIFI », un drone d’attaque à longue portée intégrant des technologies d’intelligence artificielle et de navigation autonome. Ce partenariat avec la société française Harmattan AI, cofondée par l’ingénieur franco-marocain Mouad Mghari, s’inscrit dans la stratégie du Royaume visant à bâtir une véritable industrie nationale de défense.

Le Maroc franchit une nouvelle étape dans sa stratégie de développement d’une industrie de défense à forte valeur technologique. Mercredi 7 octobre 2026, en marge de la huitième édition du Marrakech Air Show, le Royaume a conclu un accord avec l’entreprise française Harmattan AI pour développer un système aérien d’attaque autonome baptisé « IRIFI », dont la portée annoncée pourrait atteindre 2 000 kilomètres.

L’accord a été signé par Abdellatif Loudiyi, ministre délégué chargé de l’Administration de la défense nationale, et Mouad Mghari, cofondateur et président-directeur général de Harmattan AI. Il marque une évolution dans la coopération entre le Maroc et cette jeune entreprise spécialisée dans les technologies militaires fondées sur l’intelligence artificielle, en élargissant leur partenariat au développement de capacités offensives à longue distance.

Au-delà des caractéristiques annoncées du futur appareil, l’enjeu est industriel et stratégique : permettre au Maroc de participer à la conception, au développement et à la fabrication de systèmes de défense avancés, plutôt que de dépendre exclusivement de l’acquisition d’équipements produits à l’étranger.

IRIFI, un projet de drone d’attaque conçu pour les missions à longue distance

Selon les caractéristiques présentées par Harmattan AI, le système IRIFI est destiné à conduire des missions contre des objectifs situés jusqu’à 2 000 kilomètres de distance. Il devrait intégrer des technologies de navigation autonome et d’intelligence artificielle lui permettant d’exécuter une mission sans liaison permanente avec son opérateur.

Le projet prévoit notamment des capacités de navigation ne reposant pas exclusivement sur les signaux satellitaires, ainsi qu’un dispositif de guidage visuel durant la phase terminale. D’après l’entreprise, ces technologies visent à maintenir les capacités opérationnelles du système dans des environnements où les communications et les moyens de navigation peuvent être perturbés par des dispositifs de guerre électronique.

Harmattan AI précise que la décision humaine demeure présente dans la sélection des objectifs et l’autorisation préalable des missions. Les systèmes autonomes sont ensuite destinés à exécuter les paramètres définis avant leur lancement.

Ces caractéristiques correspondent toutefois aux capacités annoncées pour un programme en développement. La signature de l’accord ne signifie pas que le drone soit déjà produit en série, déployé ou opérationnel au sein des Forces armées royales. Aucun calendrier public précis de mise en service n’est indiqué dans les informations communiquées.

Harmattan AI, une entreprise française portée par un ingénieur d’origine marocaine

Fondée en avril 2024, Harmattan AI s’est rapidement positionnée sur le marché européen des technologies de défense. L’entreprise a été créée par Mouad Mghari, Martin de Gourcuff et Marc Grellet, avec l’ambition de développer des systèmes militaires autonomes associant intelligence artificielle, robotique et capacités de traitement des données.

Son portefeuille technologique couvre plusieurs domaines, notamment les drones de reconnaissance et de surveillance, les systèmes d’attaque, l’interception de drones et les solutions liées à la guerre électronique.

Mouad Mghari, ingénieur français d’origine marocaine et diplômé de l’École polytechnique, a également suivi un parcours académique lié au Massachusetts Institute of Technology (MIT), aux États-Unis. Son rôle à la tête de l’entreprise donne à ce partenariat une dimension particulière, à la croisée des écosystèmes technologiques français et marocain.

La croissance de Harmattan AI s’est accélérée en janvier 2026, avec l’annonce d’un financement de 200 millions de dollars conduit par Dassault Aviation, constructeur notamment des avions de combat Rafale. Cette opération aurait porté la valorisation de la jeune entreprise à environ 1,4 milliard de dollars, illustrant l’intérêt croissant des industriels de la défense pour les systèmes autonomes.

Une coopération qui dépasse la simple acquisition d’équipements

Le projet IRIFI prolonge un rapprochement déjà engagé entre le Maroc et Harmattan AI. En juin 2026, les deux parties avaient annoncé un partenariat stratégique visant à développer une base industrielle et technologique dans le Royaume.

Cette coopération s’articule autour de trois priorités : l’établissement de capacités locales de production de systèmes de défense autonomes, la création d’un centre de recherche et développement consacré aux applications militaires de l’intelligence artificielle et la mise en place de collaborations avec les universités et les établissements marocains de recherche scientifique.

L’objectif est de constituer progressivement un écosystème national réunissant ingénieurs, chercheurs, industriels et institutions de formation, afin de favoriser l’acquisition de compétences et le développement de technologies au Maroc.

Parallèlement à l’accord relatif au drone IRIFI, les autorités marocaines et Harmattan AI ont signé une convention d’investissement portant sur un projet industriel intégré consacré aux systèmes de lutte contre les drones. Celui-ci doit couvrir plusieurs étapes de la chaîne de valeur, de la recherche et de l’ingénierie à la conception de prototypes, à la fabrication, à l’assemblage et aux essais techniques.

Selon les projections annoncées, ce projet pourrait contribuer à la création d’environ 1 000 emplois directs et indirects. L’entreprise affirme vouloir privilégier le développement local de composants technologiques essentiels et la mobilisation des compétences marocaines, plutôt qu’une activité limitée à l’assemblage d’équipements importés.

Vers une nouvelle étape de l’industrie marocaine de défense

L’importance de cette coopération réside dans le passage progressif d’une logique d’acquisition de matériels militaires à une ambition de développement industriel national. Après les initiatives consacrées aux systèmes de surveillance, de défense aérienne et d’interception de drones, le projet IRIFI introduit une dimension supplémentaire : la conception d’un système offensif autonome à longue portée.

Cette orientation s’inscrit dans les efforts engagés par le Maroc pour diversifier ses partenariats, attirer des investissements technologiques et renforcer les compétences industrielles liées à la défense. Elle intervient également dans un contexte international marqué par l’utilisation croissante des drones et de l’intelligence artificielle dans les opérations militaires, ainsi que par les interrogations juridiques et éthiques entourant l’autonomie des systèmes d’armes.

La concrétisation des ambitions affichées dépendra néanmoins de plusieurs facteurs : la réalisation effective des investissements, le transfert de compétences, la maîtrise des technologies concernées, les procédures d’essais et de qualification, ainsi que le respect des exigences réglementaires applicables.

Avec IRIFI et les investissements annoncés dans les systèmes antidrones, le Maroc entend ainsi dépasser le statut de client des industries internationales de défense pour devenir un acteur de leur développement technologique et industriel. La portée réelle de cette transformation se mesurera toutefois aux capacités de conception, de production et de recherche qui seront effectivement implantées dans le Royaume.

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