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Espagne : la mort de Maricarmen Abascal, expulsée de son logement à 87 ans, bouleverse le pays

08 octobre 2026 - 10:31

Devenue le symbole de la crise du logement après son expulsion d’un appartement madrilène où elle vivait depuis plus de 70 ans, Maricarmen Abascal est décédée à l’hôpital. Sa disparition ravive la mobilisation sociale, sur fond de crise politique et d’élections législatives anticipées.

L’Espagne est sous le choc après la mort de Maricarmen Abascal, une femme de 87 ans dont l’expulsion de son logement, à Madrid, avait déclenché une vague de manifestations pour le droit à un logement digne. Son décès, survenu mercredi 7 octobre à l’hôpital Gregorio Marañón, a suscité une vive émotion et donné une nouvelle dimension à un mouvement de protestation qui secoue désormais le paysage politique espagnol.

« Maricarmen est vivante, la lutte continue », scandaient des centaines de manifestants rassemblés près du Congrès des députés, au cœur de la capitale. À la Puerta del Sol, où des militants campent depuis une dizaine de jours, des bougies ont été allumées et une minute de silence observée en hommage à cette retraitée devenue, malgré elle, le visage d’une crise nationale.

Maricarmen Abascal avait été expulsée le 23 septembre de l’appartement qu’elle occupait depuis environ 71 ans dans le quartier du Retiro, après un long conflit avec la société propriétaire, qui souhaitait augmenter fortement son loyer.

Les images de cette femme âgée quittant son domicile sur un brancard, sous les regards indignés de manifestants venus la soutenir, avaient profondément marqué l’opinion publique. Elles ont cristallisé les inquiétudes d’une partie croissante de la population face à la flambée des loyers et aux difficultés d’accès à un logement abordable.

Transportée à l’hôpital après son expulsion, Maricarmen n’a jamais pu retrouver son domicile. Sous la pression des mobilisations, un accord avait pourtant été conclu avec la société propriétaire afin de permettre son retour après sa sortie de l’hôpital. Mais la dégradation de son état de santé a empêché la concrétisation de cet engagement.

Le Syndicat des locataires, qui a annoncé son décès, a salué son combat et estimé que la mobilisation suscitée par son expulsion constituait un tournant dans l’histoire des revendications pour le droit au logement en Espagne.

Au sein du mouvement, la tristesse se mêle à la colère. Plusieurs manifestants et proches de Maricarmen établissent un lien entre l’épreuve de son expulsion et la dégradation de sa santé. Toutefois, aucune conclusion médicale publique ne permet d’affirmer que cette expulsion a directement provoqué son décès.

Une crise du logement devenue une crise politique

La disparition de Maricarmen intervient dans un contexte de fortes tensions sociales et institutionnelles.

Face à l’ampleur des manifestations, le gouvernement du socialiste Pedro Sánchez avait adopté deux décrets visant à atténuer la crise du logement. Leur rejet par le Congrès des députés a précipité une crise politique qui a conduit le chef du gouvernement à annoncer des élections législatives anticipées pour le 29 novembre.

Pedro Sánchez a présenté ses condoléances à la famille de Maricarmen et exprimé sa solidarité avec toutes les personnes touchées par sa disparition.

Le chef de l’opposition conservatrice, Alberto Núñez Feijóo, a également adressé ses condoléances, tout en appelant à ne pas instrumentaliser politiquement ce décès.

La mobilisation sociale ne faiblit pas pour autant. Les principales organisations syndicales espagnoles ont appelé à une grève générale le 11 novembre, réclamant notamment de meilleurs salaires et un accès effectif à un logement digne.

Le visage humain d’une crise structurelle

Au-delà du drame individuel, l’histoire de Maricarmen Abascal met en lumière les contradictions d’un marché immobilier où la hausse des loyers et les intérêts des propriétaires se heurtent aux besoins de stabilité résidentielle d’une partie de la population.

Son cas pose également une question de fond : comment concilier la protection juridique de la propriété avec le droit au logement, particulièrement lorsque les personnes concernées sont âgées ou vulnérables ?

La réponse dépasse le seul cadre judiciaire. Elle engage les politiques publiques, les mécanismes de régulation du marché locatif et les dispositifs de protection sociale.

Maricarmen Abascal n’aura finalement pas pu retourner dans l’appartement où elle avait passé l’essentiel de sa vie. Mais son histoire continue de nourrir un mouvement qui entend faire du logement un enjeu central du débat démocratique espagnol.

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