Selon Mohamed Salem Abdel Fattah, président de l’Observatoire sahraoui des médias et des droits de l’homme, le processus onusien pourrait entrer dans une phase décisive, marquée par la discussion des modalités institutionnelles, sécuritaires et politiques d’une éventuelle solution.
Le dossier du Sahara marocain pourrait connaître une évolution significative dans les prochains mois, avec le passage progressif d’un dialogue centré sur les positions de principe à des négociations portant sur les modalités concrètes d’un règlement politique. C’est la principale lecture que propose Mohamed Salem Abdel Fattah, président de l’Observatoire sahraoui des médias et des droits de l’homme, du dernier rapport du secrétaire général des Nations unies, António Guterres. Dans des déclarations accordées au média marocain Al Yaoum 24, l’analyste estime que les discussions pourraient désormais aborder l’architecture institutionnelle d’une solution, les garanties sécuritaires, les dispositions transitoires et les mécanismes destinés à assurer l’application d’un éventuel accord.
Autonomie et autodétermination : dépasser l’opposition des principes
Pour Abdel Fattah, l’un des enjeux majeurs consiste à articuler le principe d’autodétermination, toujours présent dans le cadre onusien, avec la proposition marocaine d’autonomie. Selon lui, ces deux notions ne doivent pas nécessairement être considérées comme incompatibles sur le plan juridique et politique. Une autonomie négociée, assortie de garanties institutionnelles et acceptée dans le cadre d’un règlement définitif, pourrait constituer l’une des modalités permettant de répondre aux aspirations des populations concernées. Cette interprétation ne signifie toutefois pas que le différend soit résolu : le Front Polisario continue de défendre l’option référendaire, tandis que les divergences sur les modalités d’exercice de l’autodétermination demeurent au cœur du conflit.
L’analyste considère ainsi que le principal défi des prochaines discussions sera de traduire les principes généraux en engagements précis et applicables. Dans sa lecture du processus associé à la résolution 2797 du Conseil de sécurité, la question ne serait plus uniquement de réaffirmer les positions respectives, mais de déterminer les conditions politiques, juridiques et institutionnelles susceptibles de rendre une solution acceptable et durable. Une telle évolution supposerait néanmoins des compromis substantiels entre les parties, notamment sur la répartition des compétences, les garanties politiques et les mécanismes de mise en œuvre.
La représentation des Sahraouis, un enjeu central
La place accordée aux populations sahraouies dans les consultations constitue, selon Abdel Fattah, une autre condition essentielle à la crédibilité du processus. Il plaide pour une participation suffisamment large et diversifiée, intégrant les élus locaux des provinces du Sud, les représentants de la société civile, les acteurs associatifs, les femmes, les jeunes et les différentes composantes sociales concernées. Les Sahraouis vivant dans les camps de Tindouf, ainsi que ceux qui en sont revenus, devraient également pouvoir être entendus dans le cadre de mécanismes adaptés, afin d’éviter qu’une consultation limitée aux seuls interlocuteurs politiques ne fragilise l’acceptation d’un éventuel accord.
La question de la représentativité apparaît particulièrement sensible. Exclure les élus issus des institutions locales pourrait, estime-t-il, alimenter les revendications d’exclusivité dans la représentation des Sahraouis et reproduire certaines impasses du conflit. À l’inverse, une consultation crédible devrait garantir la pluralité des expressions, l’indépendance des participants et la transparence des procédures. L’enjeu pour les Nations unies serait donc de favoriser une appropriation sociale et politique du règlement, sans transformer ces consultations en un processus parallèle susceptible de remettre indéfiniment en discussion les fondements de la négociation.
Algérie et Mauritanie : la dimension régionale du règlement
L’implication de l’Algérie et de la Mauritanie dans les discussions souligne, selon le président de l’Observatoire, la dimension régionale incontournable du dossier. Concernant Alger, il rappelle que sa participation ne saurait être interprétée, à elle seule, comme une modification de sa position traditionnelle en faveur de l’autodétermination et du Front Polisario. L’évolution décisive résiderait plutôt dans sa disposition éventuelle à contribuer à la définition de garanties concrètes, notamment en matière de sécurité, de transition politique et d’avenir des camps de Tindouf, situés sur son territoire.
La Mauritanie occupe, pour sa part, une position distincte, liée à sa proximité géographique, à ses équilibres diplomatiques et aux relations sociales et humaines qui unissent ses populations à celles de la région. Son rôle pourrait être particulièrement important pour préserver un environnement régional stable et accompagner la mise en œuvre d’une éventuelle solution. Pour Abdel Fattah, la réussite du processus dépendra ainsi non seulement de la capacité des principaux protagonistes à négocier, mais également de l’existence d’un cadre régional suffisamment coopératif pour soutenir les engagements conclus.
Des négociations techniques aux décisions politiques
Le passage à des discussions sur les institutions, les ressources naturelles, la sécurité, le désarmement, la démobilisation, la réintégration et l’organisation d’élections constituerait, dans cette perspective, un changement de méthode important. Abdel Fattah évoque également les éléments relatifs à l’élaboration d’un projet préliminaire d’accord-cadre pour une éventuelle période transitoire. Mais il met en garde contre une lecture exclusivement technique de ces dossiers : derrière chaque dispositif administratif ou sécuritaire se profilent des choix politiques déterminants pour l’avenir du territoire et de ses populations.
La répartition des compétences engage en effet la nature même du pouvoir, tandis que la gestion des ressources conditionne la confiance entre les parties. Les garanties sécuritaires touchent aux équilibres régionaux, le désarmement à la transformation des structures militaires du conflit et les élections à la légitimité des institutions appelées à émerger d’un règlement. Autant de questions qui exigeraient des concessions politiques difficiles et des mécanismes de contrôle suffisamment crédibles pour prévenir de nouvelles tensions.
Pour Mohamed Salem Abdel Fattah, le véritable test de la prochaine étape sera donc la capacité des parties à passer des déclarations de principe à la négociation d’engagements concrets. Le dynamisme diplomatique observé en 2026 pourrait ouvrir des perspectives nouvelles, mais il ne garantit pas, à lui seul, un accord. C’est au moment d’aborder les questions les plus sensibles — celles du pouvoir, de la sécurité, des ressources et de la représentation politique — que se mesurera la portée réelle des évolutions engagées sous l’égide des Nations unies.