Âgées de treize mois, Saja et Doha, qui étaient reliées au niveau du thorax et de l’abdomen, ont bénéficié d’une intervention de six heures mobilisant 23 professionnels de santé saoudiens. Une opération qui met en lumière les avancées de la chirurgie pédiatrique spécialisée et la coopération humanitaire entre le Maroc et l’Arabie saoudite.
Deux petites Marocaines, Saja et Doha, âgées d’un an et un mois, ont été séparées avec succès jeudi 8 octobre à Riyad, au terme d’une intervention chirurgicale particulièrement délicate réalisée par une équipe médicale saoudienne. Les deux jumelles siamoises, reliées depuis leur naissance au niveau du thorax et de l’abdomen, ont été opérées à l’hôpital spécialisé pour enfants Roi Abdallah, au sein de la Cité médicale Roi Abdelaziz. Cette intervention, menée dans le cadre du programme saoudien de séparation des jumeaux conjoints, représente une étape décisive dans leur prise en charge et ouvre la perspective d’une vie autonome pour chacune des deux fillettes, sous réserve de l’évolution de leur état de santé après l’opération.
L’intervention a mobilisé 23 médecins, infirmiers et spécialistes, sous la direction du professeur Abdallah ben Abdelaziz Al-Rabeeah, conseiller à la Cour royale saoudienne et superviseur général du Centre Roi Salman pour l’aide humanitaire et les secours. Répartie en six phases successives, l’opération a duré environ six heures, un délai présenté comme particulièrement court compte tenu de sa complexité. Les équipes ont dû coordonner avec précision les différentes étapes de l’anesthésie, de la séparation des tissus et des organes concernés, puis de la reconstruction chirurgicale nécessaire à la prise en charge individuelle des deux enfants.
Six heures de chirurgie et une coordination multidisciplinaire
La principale difficulté résidait dans les connexions anatomiques unissant les jumelles, notamment au niveau du foie et des intestins. Avant l’intervention, le professeur Al-Rabeeah avait expliqué que la séparation de ces organes constituait l’une des étapes essentielles du protocole opératoire. Une fois cette phase achevée, les deux fillettes devaient être installées sur des tables distinctes afin de permettre aux équipes de poursuivre simultanément les gestes de reconstruction et de fermeture des plaies. Ce type d’opération exige une préparation rigoureuse, car les chirurgiens doivent préserver les fonctions vitales de chaque enfant tout en limitant les risques liés à l’anesthésie, aux pertes sanguines et aux complications postopératoires.
La réussite technique annoncée constitue une avancée importante, mais elle ne marque pas la fin du parcours médical. Après une séparation de cette nature, la surveillance en soins intensifs, la prévention des infections et le suivi des fonctions digestives et respiratoires demeurent essentiels. La durée de la convalescence dépendra notamment de l’évolution clinique des deux jumelles et des éventuels soins complémentaires nécessaires. À ce stade, les informations rendues publiques confirment le succès de l’intervention sans détailler leur pronostic à long terme.

Une dimension humaine et une coopération médicale entre deux royaumes
Au-delà de l’exploit chirurgical, cette opération illustre la dimension internationale du programme saoudien consacré aux jumeaux conjoints, qui accueille des enfants originaires de différents pays. Pour les familles confrontées à des malformations congénitales rares et complexes, l’accès à des équipes hautement spécialisées représente souvent une condition déterminante pour envisager une intervention. La prise en charge de Saja et Doha s’inscrit ainsi dans une forme de coopération médicale et humanitaire entre le Maroc et l’Arabie saoudite, fondée sur la mobilisation de compétences et d’infrastructures adaptées à des situations exceptionnelles.
L’histoire des deux fillettes rappelle également que les progrès de la médecine ne se mesurent pas uniquement à la sophistication des techniques opératoires. Ils reposent sur la coordination des professionnels, la préparation des équipes, la qualité des soins postopératoires et l’accompagnement des familles tout au long du processus. Pour Saja et Doha, les prochaines semaines seront déterminantes. Leur séparation constitue déjà une étape majeure, mais c’est leur rétablissement progressif qui permettra de mesurer pleinement la portée de cette intervention, porteuse d’espoir pour leurs proches et pour d’autres familles confrontées à des situations médicales comparables.