Avec un taux de remplissage des barrages qui a pratiquement doublé en un an, le Maroc aborde la nouvelle campagne agricole dans des conditions hydriques plus favorables. Les professionnels envisagent d’étendre les superficies consacrées aux céréales et aux légumineuses au-delà de cinq millions d’hectares. Mais entre disparités régionales, coût des intrants et incertitudes climatiques, la prudence reste de mise.
Après plusieurs années marquées par la sécheresse et la pression sur les ressources hydriques, l’agriculture marocaine entre dans une nouvelle campagne avec un indicateur encourageant : les réserves d’eau des barrages ont nettement progressé. Au 1er octobre 2026, leur taux de remplissage atteignait 65,51 %, contre 32,68 % à la même période de l’année précédente.
Cette amélioration modifie les perspectives du secteur agricole, particulièrement pour les cultures céréalières, dont les performances dépendent étroitement des précipitations. Selon les projections évoquées par les professionnels, les superficies consacrées aux céréales et aux légumineuses pourraient dépasser cinq millions d’hectares au cours de la nouvelle campagne.
Le retour de réserves hydriques plus importantes ouvre ainsi des perspectives, sans pour autant effacer les fragilités structurelles d’une agriculture confrontée à la variabilité du climat et à la hausse de ses coûts de production.
Des réserves d’eau en nette amélioration
Le contraste avec l’année précédente est significatif. En douze mois, le taux national de remplissage des barrages a progressé de 32,83 points de pourcentage, passant de moins d’un tiers à près des deux tiers de leur capacité.
Cette évolution constitue un signal favorable pour l’économie rurale. Elle améliore la disponibilité globale de la ressource et peut contribuer à réduire certaines tensions sur l’approvisionnement en eau, même si les besoins agricoles, domestiques et industriels demeurent importants.
Il convient toutefois de distinguer les réserves nationales de leur répartition géographique. Une moyenne élevée ne signifie pas que tous les bassins hydrauliques bénéficient des mêmes disponibilités. Certaines régions peuvent rester confrontées à des contraintes importantes malgré l’amélioration générale.
La question de l’accès effectif à l’eau demeure donc déterminante pour apprécier les perspectives de chaque territoire agricole.
Plus de cinq millions d’hectares envisagés
La progression des réserves intervient à un moment décisif pour les agriculteurs : celui de la préparation des semis. Les perspectives d’une campagne plus favorable encouragent les professionnels à envisager une extension des superficies emblavées en céréales et en légumineuses.
Le seuil de cinq millions d’hectares constitue un objectif potentiel, et non une superficie déjà réalisée. Sa concrétisation dépendra notamment des pluies automnales, de l’état des sols et des décisions prises par les exploitants en fonction de leurs moyens.
Pour les producteurs, l’enjeu dépasse la seule augmentation des surfaces cultivées. Il s’agit également d’obtenir des rendements suffisants pour améliorer les revenus agricoles et renforcer l’approvisionnement du marché national.
Les céréales occupent une place essentielle dans la sécurité alimentaire du Royaume. Une campagne productive peut contribuer à atténuer les besoins d’importation, sans que cette perspective puisse être chiffrée avant de connaître les surfaces effectivement semées et les résultats des récoltes.
Le coût des intrants reste un frein
L’amélioration de la situation hydrique ne supprime pas les difficultés économiques auxquelles les agriculteurs sont confrontés. Les dépenses liées aux semences, aux engrais, au carburant et aux travaux agricoles continuent de peser sur les décisions d’investissement.
Pour les petites et moyennes exploitations, la disponibilité des ressources financières peut déterminer l’étendue des superficies mises en culture, indépendamment des perspectives météorologiques.
Une campagne plus ambitieuse suppose donc non seulement des conditions climatiques favorables, mais également la capacité des producteurs à mobiliser les moyens nécessaires au bon déroulement des travaux agricoles.
Cette dimension économique explique pourquoi le redressement des barrages, aussi important soit-il, ne suffit pas à garantir une reprise uniforme de la production.
Les prochaines pluies seront décisives
Le facteur déterminant demeure la pluviométrie des prochains mois. Dans les zones où les cultures dépendent principalement des précipitations, le calendrier des pluies joue un rôle essentiel, depuis la préparation des sols jusqu’aux différentes phases de développement des plantes.
Des précipitations bien réparties peuvent soutenir les rendements. À l’inverse, une interruption prolongée des pluies ou des épisodes météorologiques extrêmes peuvent compromettre les perspectives initiales.
Le niveau des barrages constitue ainsi un indicateur de la situation hydrique générale, mais il ne permet pas, à lui seul, de prévoir le volume de la future récolte céréalière.
La prudence exprimée par les professionnels traduit cette réalité : la campagne s’annonce sous de meilleurs auspices, mais son issue reste étroitement liée à l’évolution des conditions météorologiques.
Une occasion de consolider la résilience agricole
Au-delà des perspectives immédiates, l’amélioration des réserves d’eau rappelle l’importance d’une gestion durable des ressources hydriques. La succession d’années sèches et de périodes plus arrosées impose de renforcer l’adaptation des pratiques agricoles aux fluctuations climatiques.
L’efficacité de l’irrigation, le choix de cultures adaptées aux conditions locales et l’accompagnement des exploitations constituent des enjeux durables pour réduire la vulnérabilité du secteur.
À l’ouverture de cette nouvelle campagne, le Maroc dispose d’une marge hydrique plus favorable qu’un an auparavant. Reste à savoir si cette amélioration se traduira par une progression effective des superficies cultivées, des rendements et des revenus agricoles.
Pour l’heure, les chiffres des barrages nourrissent l’espoir. La récolte, elle, dépendra encore largement du ciel.