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Espagne : Felipe VI place Sebta et Melilia au cœur de la fête nationale, à la veille d’une visite sensible pour le Maroc

12 octobre 2026 - 16:56

La monarchie espagnole a invité, pour la première fois, des représentants de la société civile de Sebta et Melilia à la réception officielle du 12 octobre au Palais royal de Madrid. Un geste hautement symbolique, à quelques heures du déplacement de Felipe VI dans les deux villes sous administration espagnole, dont le Maroc revendique la souveraineté.

La fête nationale espagnole a pris, ce lundi 12 octobre, une dimension particulière. Au-delà du traditionnel défilé militaire organisé à Madrid, la monarchie a choisi de mettre Sebta et Melilia à l’honneur, à la veille d’une visite officielle du roi Felipe VI et de la reine Letizia dans ces deux villes situées sur la côte méditerranéenne marocaine.

Pour la première fois, une délégation représentant la société civile des deux villes a été conviée à la réception organisée au Palais royal de Madrid. Cette initiative, présentée du côté espagnol comme un témoignage de proximité et de solidarité avec leurs habitants, intervient dans un contexte diplomatique sensible, marqué par les conséquences de la crise migratoire de l’été dernier et par la persistance du différend territorial entre Rabat et Madrid.

Le déplacement royal, prévu les 13 et 14 octobre, sera le premier de Felipe VI à Sebta et Melilia depuis son accession au trône en 2014. Il intervient également dix-neuf ans après la visite de Juan Carlos Ier, en novembre 2007, qui avait provoqué une crise diplomatique avec le Maroc.

Une réception royale à forte portée symbolique

La réception du 12 octobre, organisée dans la salle du Trône du Palais royal, a réuni plus d’un millier de personnalités espagnoles et étrangères. Aux côtés des responsables politiques, diplomatiques et militaires figuraient, cette année, des représentants des milieux économiques, éducatifs, culturels, sanitaires et associatifs de Sebta et Melilia.

Des représentants des communautés religieuses des deux villes ont également été invités, notamment des communautés juive et hindoue de Sebta, ainsi que de différentes confessions présentes à Melilia. La reine Letizia a échangé quelques mots avec Juan Jesús Vivas, président de Sebta.

Cette présence inédite ne relève pas uniquement du protocole. Elle constitue un signal institutionnel adressé aux populations des deux villes, dont Madrid entend réaffirmer l’intégration à l’espace politique espagnol. L’invitation intervient à la veille d’un déplacement royal dont les autorités espagnoles soulignent la portée nationale.

Du point de vue marocain, cette succession de gestes ne peut être dissociée du contentieux historique autour de Sebta et Melilia. Si l’Espagne les considère comme faisant partie intégrante de son territoire national, le Maroc continue d’en revendiquer la souveraineté, les considérant comme des vestiges de la présence coloniale espagnole.

Un défilé militaire sur fond de tensions politiques

La journée a débuté par le traditionnel défilé militaire présidé par Felipe VI, accompagné de la reine Letizia, de la princesse Leonor et de l’infante Sofía. Près de 4 400 militaires et membres de différentes institutions ont participé à la parade organisée dans le centre de Madrid, entre la place Charles-Quint et la place Christophe-Colomb.

Le président du gouvernement, Pedro Sánchez, la ministre de la Défense, Margarita Robles, ainsi que les principaux responsables militaires et institutionnels espagnols ont assisté à la cérémonie.

Mais les célébrations n’ont pas échappé aux tensions de la politique intérieure. Pedro Sánchez a été accueilli par des huées et des insultes provenant d’une partie du public, dans un climat marqué par la campagne précédant les élections législatives du 29 novembre.

Les divergences entre responsables politiques ont également été perceptibles dans les messages diffusés à l’occasion de la fête nationale. Tandis que la Maison royale insistait sur l’unité du pays, Pedro Sánchez mettait l’accent sur la diversité de la société espagnole et les droits sociaux. Plusieurs dirigeants du Parti populaire ont, de leur côté, adopté des tonalités différentes, allant de la confrontation avec le gouvernement à des appels à la cohésion nationale.

Abascal choisit Sebta plutôt que Madrid

L’absence de Santiago Abascal, président du parti Vox, a constitué un autre fait marquant de la journée. Pour la deuxième année consécutive, le dirigeant de cette formation de droite radicale a renoncé à participer au défilé officiel et à la réception du Palais royal.

Il a préféré se rendre à Sebta, accompagné de Jordan Bardella, président du Rassemblement national français. Ce déplacement donne une dimension européenne à une initiative politique centrée sur les questions migratoires, le contrôle des frontières et la souveraineté territoriale.

Le choix de Sebta intervient alors que la ville reste marquée par la crise migratoire de juillet dernier. Vox cherche à faire de cet épisode un thème majeur de son discours politique, en accusant le gouvernement de Pedro Sánchez de ne pas avoir suffisamment protégé les frontières espagnoles.

La présence de Bardella aux côtés d’Abascal illustre, quant à elle, les convergences entre les deux formations sur les politiques migratoires et frontalières. Elle ne constitue toutefois pas une démarche officielle de la diplomatie française.

Sebta et Melilia, un dossier sensible entre Rabat et Madrid

La visite annoncée de Felipe VI s’inscrit dans une relation bilatérale où la coopération économique, sécuritaire et migratoire coexiste avec des divergences historiques persistantes.

Depuis le rapprochement diplomatique engagé en 2022, Madrid et Rabat ont renforcé leur coopération sur plusieurs dossiers stratégiques. Mais le statut de Sebta et Melilia demeure un sujet de désaccord, auquel les déplacements de hauts responsables espagnols confèrent une dimension politique particulière.

La précédente visite royale, effectuée par Juan Carlos Ier en 2007, avait conduit le Maroc à rappeler son ambassadeur à Madrid. Dix-neuf ans plus tard, les circonstances diplomatiques ont évolué, mais la sensibilité de la question territoriale demeure.

La crise migratoire de l’été 2026 a, par ailleurs, remis les relations frontalières au premier plan. Dans son discours du 9 octobre, le roi Mohammed VI a réaffirmé le caractère souverain du partenariat avec l’Espagne, tout en soulignant la nécessité de dépasser les limites du modèle actuel de coopération migratoire.

À la veille de l’arrivée de Felipe VI, les célébrations du 12 octobre prennent ainsi une signification qui dépasse le calendrier cérémoniel espagnol. Pour Madrid, il s’agit d’afficher la solidarité de la Couronne avec les habitants de Sebta et Melilia et de réaffirmer son attachement institutionnel aux deux villes. Pour Rabat, cette démonstration intervient sur un territoire dont la souveraineté reste historiquement contestée.

La manière dont les deux capitales géreront cette séquence constituera un nouveau test de leur capacité à préserver leur coopération stratégique malgré un différend territorial toujours irrésolu.

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