Le PAM, l’Istiqlal, l’USFP et le PPS ont officialisé leur accord pour former la prochaine majorité gouvernementale. Derrière les 207 sièges réunis à la Chambre des représentants, cette alliance marque surtout le retour des trois composantes historiques de la Koutla dans une coalition conduite, cette fois, par le Parti authenticité et modernité.
La nouvelle majorité gouvernementale marocaine a désormais un visage politique. Ce lundi 12 octobre, Fatima Ezzahra El Mansouri, chargée par le roi Mohammed VI de former le prochain gouvernement, a conclu un accord avec l’Istiqlal, l’Union socialiste des forces populaires (USFP) et le Parti du progrès et du socialisme (PPS). Les trois formations rejoindront le Parti authenticité et modernité (PAM), arrivé en tête des élections législatives du 23 septembre.
Avec 207 députés sur les 395 que compte la Chambre des représentants, la coalition dispose de neuf sièges de plus que la majorité absolue. Une assise suffisante pour gouverner, mais qui suppose une discipline collective et une coordination étroite entre ses quatre composantes.
Au-delà de cette addition parlementaire, l’accord donne naissance à une configuration qui mérite d’être examinée à la lumière de l’histoire politique marocaine.
La Koutla revient, mais le rapport de forces a changé
L’Istiqlal, l’USFP et le PPS ne sont pas trois partenaires quelconques. Ils appartiennent à la tradition de la Koutla démocratique, qui avait incarné, dans les années 1990, une démarche de rapprochement entre des forces issues du mouvement national et de la gauche marocaine. Cette dynamique avait accompagné les transformations politiques qui ont précédé l’alternance de 1998, sous la conduite d’Abderrahmane Youssoufi.
Près de trois décennies plus tard, les trois partis se retrouvent autour d’une même table gouvernementale. Mais la différence est majeure : ils ne conduisent pas cette alliance. Ils y entrent comme partenaires d’un PAM qui, avec ses 97 sièges, occupe désormais la première place dans le nouvel équilibre parlementaire.
Cette inversion des rôles illustre la recomposition du champ partisan marocain. Les formations historiquement associées aux revendications de réforme et de démocratisation participent aujourd’hui à une majorité construite autour d’un parti apparu bien plus tard dans le paysage politique national.
La question n’est donc pas seulement de savoir pourquoi ces partis ont choisi de gouverner ensemble, mais ce que leur association signifie pour leurs identités respectives et pour la lisibilité des choix politiques proposés aux citoyens.
Une majorité courte, des ambitions étendues
La répartition des sièges donne la mesure des équilibres internes : 97 députés pour le PAM, 65 pour l’Istiqlal, 26 pour l’USFP et 19 pour le PPS. Aucun des quatre partis ne peut, à lui seul, garantir la stabilité de l’ensemble.
Le communiqué annonçant l’accord met en avant une vision réformatrice commune, la consolidation démocratique, la bonne gouvernance, la justice sociale et l’équité territoriale. Autant d’objectifs qui font largement consensus dans le discours politique national, mais dont la mise en œuvre devra désormais être précisée.
Car l’un des défis de cette coalition sera de transformer des engagements généraux en arbitrages concrets. Comment concilier les orientations économiques des partenaires avec les attentes sociales ? Quelles priorités retenir face aux disparités territoriales ? Quelle place réserver à l’emploi, aux services publics et à la protection du pouvoir d’achat ?
Ces questions détermineront la portée réelle du compromis politique conclu à Rabat.
Le partage des portefeuilles, premier test de cohésion
Après l’accord sur les composantes de la majorité, les discussions doivent se poursuivre sur les nominations ministérielles et la finalisation du programme gouvernemental. Les quatre formations se sont engagées à proposer des profils répondant à des critères de compétence, de probité et de responsabilité.
La composition du futur exécutif permettra de mieux comprendre les équilibres recherchés par Fatima Ezzahra El Mansouri. Elle indiquera également la place accordée aux différentes sensibilités politiques, ainsi que la capacité des partenaires à dépasser la logique du partage des postes pour construire une action collective.
L’expérience des coalitions marocaines montre que l’accord initial ne règle pas nécessairement les divergences susceptibles d’apparaître au cours de la législature. Avec une majorité de 207 sièges, la coordination politique et parlementaire devra être constante.
Quel espace pour l’opposition ?
Cette alliance soulève enfin une question qui dépasse les seuls partis appelés à gouverner. En réunissant le PAM et les trois composantes historiques de la Koutla, elle modifie sensiblement la distribution des rôles entre majorité et opposition.
L’enjeu sera de savoir comment les formations restées en dehors de la coalition exerceront leur fonction de contrôle, mais aussi comment l’USFP et le PPS, longtemps associés à une tradition de critique sociale et politique, préserveront leur identité au sein de l’exécutif.
La participation gouvernementale leur donnera accès aux décisions et aux moyens de l’action publique. Elle les exposera également à une responsabilité partagée dans les réussites comme dans les difficultés du prochain mandat.
Fatima Ezzahra El Mansouri a franchi une étape décisive en réunissant quatre partis autour d’une majorité parlementaire. Mais le véritable contenu politique de cette alliance apparaîtra dans son programme, dans les choix de gouvernement et dans la manière dont seront traitées les attentes sociales.
Le 12 octobre marque ainsi moins l’aboutissement d’une négociation que l’ouverture d’une nouvelle séquence : celle où une coalition aux héritages politiques différents devra démontrer sa capacité à gouverner ensemble.