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Maroc : le déficit commercial atteint un record de 352 milliards de dirhams, révélant les fragilités de l’économie

19 octobre 2026 - 12:32

Malgré le recul de la facture énergétique, les importations ont progressé beaucoup plus rapidement que les exportations en 2025. L’envolée des achats de véhicules, d’équipements industriels et de matières premières creuse un déséquilibre structurel, tandis que le déficit avec la Chine dépasse à lui seul 110 milliards de dirhams.

Le commerce extérieur marocain a terminé l’année 2025 sur un déséquilibre sans précédent. Selon le rapport annuel de l’Office des changes, publié le 15 octobre 2026, le déficit commercial des marchandises a atteint 352,3 milliards de dirhams, contre 304,9 milliards un an auparavant. Cette aggravation de 47,4 milliards de dirhams, soit une hausse de 15,5 %, porte le déficit à son niveau le plus élevé depuis le début de la série statistique publiée en 2011. Une évolution qui souligne les difficultés persistantes de l’économie nationale à faire progresser ses exportations au même rythme que ses besoins d’importation.

Les chiffres illustrent clairement ce décalage. Les importations ont augmenté de 8 % pour atteindre 822,3 milliards de dirhams, tandis que les exportations n’ont progressé que de 3 %, à 470 milliards. En conséquence, le taux de couverture des importations par les exportations est tombé à 57,2 %, contre 59,9 % en 2024. Autrement dit, pour 100 dirhams de marchandises achetées à l’étranger, le Maroc n’en a exporté que 57,2. Rapporté au produit intérieur brut, le déficit commercial est passé de 19,9 % à 22,7 %, traduisant un poids croissant du déséquilibre extérieur dans l’économie.

L’automobile, entre dynamisme industriel et dépendance aux importations

L’un des principaux facteurs de cette détérioration réside dans l’augmentation des importations de produits finis de consommation. Celles-ci ont atteint 203,5 milliards de dirhams, en hausse de 11,8 %. Les achats de voitures particulières ont joué un rôle particulièrement important, avec une progression de 10,8 milliards de dirhams, portant leur valeur totale à 39,4 milliards.

L’Allemagne demeure le premier fournisseur de voitures particulières du Royaume, mais la progression des importations en provenance de Chine mérite une attention particulière. Leur valeur est passée de 927 millions à 3,4 milliards de dirhams en un an, témoignant de la montée en puissance des constructeurs chinois sur le marché marocain.

Ce mouvement intervient alors même que le Maroc dispose d’une industrie automobile exportatrice de premier plan. Le paradoxe est révélateur : le développement d’une filière industrielle tournée vers les marchés internationaux ne supprime pas automatiquement les besoins d’importation du marché intérieur.

La situation est d’autant plus significative que les exportations de voitures particulières ont reculé de 8,9 milliards de dirhams pour s’établir à 59,1 milliards. Cette baisse a contribué à creuser le déficit des produits finis de consommation, soulignant la nécessité de distinguer les performances globales de l’industrie automobile de celles de ses différentes composantes.

Les équipements industriels accentuent la pression sur les échanges

Les biens d’équipement constituent un autre moteur de la progression des importations. Leur valeur a augmenté de 13,4 % pour atteindre 199,2 milliards de dirhams, sous l’effet notamment des achats de véhicules utilitaires, de composants aéronautiques et d’autres matériels destinés à l’activité productive.

Cette évolution appelle toutefois une lecture nuancée. Contrairement aux importations de produits de consommation, les acquisitions de machines et d’équipements peuvent accompagner l’investissement, la modernisation industrielle et l’extension des capacités de production. Elles ne constituent donc pas nécessairement un signe de faiblesse économique.

Le véritable enjeu réside dans leur rendement à moyen terme : ces investissements permettront-ils d’accroître la production nationale, de développer les exportations et de remplacer progressivement certaines importations ? Sans amélioration de la valeur ajoutée locale, l’expansion de l’appareil productif risque de continuer à alimenter la demande de biens et de technologies étrangers.

La progression des matières premières importées est également remarquable. Leur valeur a bondi de 31,2 %, à 43,6 milliards de dirhams. Les achats de soufre brut expliquent une part importante de cette augmentation, avec une hausse de 6,1 milliards de dirhams. Ces approvisionnements répondent notamment aux besoins de certaines activités industrielles, mais ils rappellent aussi la dépendance du pays à des intrants extérieurs indispensables à ses chaînes de production.

Une facture énergétique en baisse, mais insuffisante pour rééquilibrer les comptes

L’un des enseignements les plus marquants du rapport concerne l’énergie. Alors que les importations globales augmentaient, la facture énergétique a reculé de 5,5 % pour s’établir à 107,5 milliards de dirhams. Il s’agit de la troisième diminution annuelle consécutive.

Cette amélioration résulte principalement d’un effet favorable des prix internationaux, puisque les volumes énergétiques importés ont, au contraire, augmenté de 8 %. La baisse de la facture ne traduit donc pas nécessairement une réduction de la dépendance énergétique du Royaume.

Elle révèle surtout que l’évolution des prix mondiaux peut temporairement alléger les dépenses extérieures, sans modifier profondément les besoins structurels du pays. Le développement des énergies renouvelables, l’efficacité énergétique et la diversification des approvisionnements restent, dans cette perspective, des enjeux essentiels pour réduire durablement la vulnérabilité aux fluctuations des marchés internationaux.

Plus révélateur encore, la diminution des dépenses énergétiques n’a pas empêché le déficit commercial de se creuser fortement. Le déséquilibre extérieur ne peut donc plus être expliqué principalement par le coût des hydrocarbures. Il concerne désormais un ensemble plus large de produits de consommation, d’équipements et d’intrants industriels.

La Chine, au cœur d’un déséquilibre commercial grandissant

Le commerce avec la Chine illustre particulièrement cette évolution. Le déficit bilatéral du Maroc a atteint 110,2 milliards de dirhams en 2025, sous l’effet d’une augmentation des importations et d’un léger recul des exportations marocaines vers le marché chinois.

Ce déséquilibre représente près du tiers du déficit commercial total des marchandises du Royaume. Il traduit la place croissante occupée par les produits chinois dans les approvisionnements marocains, qu’il s’agisse de biens de consommation, d’équipements ou de composants industriels.

La question ne se limite cependant pas au volume des importations. Elle concerne également la capacité du Maroc à tirer parti de ses relations économiques avec Pékin pour développer des investissements productifs, renforcer le transfert de technologies et favoriser une insertion plus avantageuse de ses entreprises dans les chaînes de valeur internationales.

Une stratégie commerciale durable ne saurait reposer uniquement sur la limitation des achats étrangers. Elle suppose également une montée en gamme de l’offre exportable marocaine, une diversification des débouchés et un renforcement de la compétitivité des entreprises nationales.

Un défi structurel pour le modèle de croissance marocain

Les importations représentaient 43,2 % de la demande intérieure en 2025, contre 41,4 % l’année précédente. Cette progression confirme le poids grandissant des produits étrangers dans la satisfaction des besoins de consommation et d’investissement du pays.

Le chiffre doit toutefois être interprété avec précaution. Une économie en développement, engagée dans des projets industriels et d’infrastructures, peut connaître une hausse temporaire de ses importations. L’enjeu est de savoir si cette dynamique se traduit ensuite par une production nationale plus importante, des exportations supplémentaires et une meilleure intégration industrielle.

Par ailleurs, le déficit du commerce des marchandises ne résume pas à lui seul la position extérieure du Maroc. Les recettes touristiques, les transferts des Marocains résidant à l’étranger et les exportations de services contribuent à atténuer les besoins de financement extérieur. Le déficit commercial doit donc être distingué du solde global des transactions courantes.

Il n’en demeure pas moins que le record enregistré en 2025 constitue un signal économique majeur. Il met en évidence l’écart persistant entre l’expansion de la demande intérieure, la croissance des importations et la capacité de l’appareil productif à générer des recettes d’exportation.

Pour le Maroc, le défi ne consiste pas seulement à importer moins, mais surtout à produire davantage de valeur ajoutée, à diversifier ses exportations et à transformer ses investissements industriels en gains durables de compétitivité. Le déficit record de 2025 rappelle que la solidité d’une économie se mesure aussi à sa capacité à financer son développement par sa propre production.

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