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Emploi des jeunes au Maroc : le gouvernement promet un nouveau départ en 2027 face à l’urgence sociale

21 octobre 2026 - 10:54

Près de 2,9 millions de jeunes Marocains ne sont ni scolarisés, ni en formation, ni en emploi. Face à cette fracture sociale, le gouvernement de Fatima Ezzahra El Mansouri annonce un programme national à partir de 2027, avec deux engagements majeurs : former 100 000 jeunes par an et permettre à 100 000 autres d’accéder à une première expérience professionnelle. Reste à transformer ces objectifs en emplois durables, notamment dans les territoires les plus fragilisés.

Le Maroc entend faire de l’insertion professionnelle des jeunes l’un des principaux chantiers de la nouvelle législature. Devant les deux Chambres du Parlement, réunies lundi 19 octobre pour la présentation du programme gouvernemental 2026-2031, la cheffe du gouvernement, Fatima Ezzahra El Mansouri, a dévoilé une série de mesures destinées à rapprocher les jeunes du marché du travail. Formation adaptée aux besoins des entreprises, première expérience professionnelle, soutien à l’entrepreneuriat et aide à la mobilité constituent les principaux leviers d’une stratégie dont le déploiement doit commencer en 2027.

Cette initiative intervient dans un contexte social préoccupant. Selon les chiffres présentés par la cheffe du gouvernement, environ 2,9 millions de jeunes âgés de 15 à 29 ans se trouvent en dehors de l’éducation, de la formation et de l’emploi. Chez les 15-24 ans, le chômage atteint 29,2 %, tandis que près de 300 000 élèves quitteraient chaque année le système scolaire sans qualification. Derrière ces indicateurs se dessine une difficulté structurelle : le passage de l’école à la vie active demeure incertain pour une partie importante de la jeunesse marocaine.

Deux objectifs de 100 000 jeunes par an

La réponse annoncée repose sur un programme national d’accompagnement social et professionnel, appelé à être déployé dès 2027 en tenant compte des besoins spécifiques des territoires. Le gouvernement prévoit de former chaque année 100 000 jeunes dans des filières correspondant aux besoins des entreprises, tout en permettant à 100 000 autres de bénéficier d’une première expérience dans le monde professionnel.

Ces deux engagements répondent à des obstacles différents. La formation vise à réduire l’écart entre les qualifications disponibles et les compétences recherchées par les employeurs, tandis que la première expérience professionnelle doit faciliter l’accès à un marché du travail où l’absence d’expérience constitue souvent un frein au recrutement.

L’exécutif envisage ensuite une montée en puissance progressive des dispositifs de formation, avec une capacité annuelle pouvant atteindre entre 150 000 et 200 000 bénéficiaires. Cette ambition suppose cependant une coordination étroite entre les organismes de formation, les entreprises et les acteurs territoriaux, afin d’éviter que les parcours proposés ne débouchent sur de nouvelles impasses professionnelles.

Un point reste déterminant : bénéficier d’une formation ou d’une première expérience ne garantit pas automatiquement l’obtention d’un emploi stable. L’efficacité du programme devra donc être appréciée à partir du nombre de jeunes réellement insérés dans l’activité économique, de la durée de leur maintien en emploi et de la qualité des postes occupés.

Le décrochage scolaire, première rupture à prévenir

Le programme gouvernemental entend également agir en amont, avant que les difficultés d’insertion ne deviennent durables. L’objectif affiché de « zéro abandon scolaire » à l’horizon 2030 traduit la volonté de réduire les sorties prématurées du système éducatif, qui alimentent chaque année le nombre de jeunes sans diplôme ni qualification.

Les mesures annoncées comprennent le repérage précoce des élèves exposés au risque de décrochage, un suivi individualisé de leur parcours et la mise en place de solutions adaptées à leur situation. Le retour à l’école, l’orientation vers la formation professionnelle ou l’apprentissage doivent permettre d’éviter qu’une rupture scolaire se transforme en exclusion prolongée du marché du travail.

La réalisation de cet objectif dépendra toutefois des moyens disponibles dans les établissements, de la qualité de l’accompagnement et de l’existence de filières de formation accessibles dans les différentes régions. La lutte contre le décrochage ne peut se limiter à maintenir les élèves dans les statistiques de scolarisation : elle implique aussi de leur offrir des perspectives crédibles de qualification et d’autonomie.

Les entreprises appelées à jouer un rôle central

L’autre pilier de la stratégie concerne directement le tissu productif. Le gouvernement prévoit d’accompagner 60 000 entreprises à travers des mécanismes d’incubation, de facilitation du financement, de garanties et d’amélioration de l’accès aux marchés, notamment à la commande publique.

L’objectif est de renforcer la capacité des entreprises à se développer et, à terme, à recruter. Cette orientation reconnaît une réalité essentielle : les politiques de formation ne peuvent produire des résultats durables sans un environnement économique capable de créer suffisamment d’emplois.

Le soutien aux petites et moyennes entreprises revêt une importance particulière dans cette perspective. Leur développement peut favoriser l’emploi de proximité et offrir des débouchés aux jeunes qui ne disposent pas toujours des ressources nécessaires pour rejoindre les grands centres économiques. Encore faudra-t-il que les mesures annoncées soient accessibles aux structures les plus modestes et qu’elles répondent à leurs besoins réels.

La mobilité professionnelle pour réduire les inégalités territoriales

Le programme prévoit également de s’attaquer à un obstacle souvent sous-estimé : la distance entre les lieux de résidence et les bassins d’emploi. Un passeport de mobilité professionnelle doit faciliter le déplacement des jeunes qui trouvent un travail loin de leur domicile, en complément d’un dispositif de logements locatifs à des prix adaptés.

Cette approche pourrait contribuer à réduire certaines inégalités territoriales, notamment pour les jeunes vivant dans des zones où les possibilités d’emploi sont limitées. Elle pose néanmoins plusieurs questions pratiques : les critères d’éligibilité, le niveau des aides, la disponibilité des logements et les conditions d’accompagnement devront être précisés pour mesurer la portée réelle du dispositif.

Le gouvernement souhaite parallèlement développer des accords avec des pays confrontés à des pénuries de main-d’œuvre dans certains métiers, afin d’ouvrir des voies de migration professionnelle légale. Ces partenariats pourraient offrir des perspectives supplémentaires aux jeunes qualifiés, à condition de s’inscrire dans un cadre transparent et de préserver les droits des travailleurs.

La mobilité internationale soulève aussi un enjeu de fond : comment faciliter l’accès des jeunes Marocains à des opportunités à l’étranger sans accentuer la perte de compétences dont certains secteurs nationaux ont eux-mêmes besoin ?

Numérique, agriculture et Mondial 2030 : de nouveaux débouchés à construire

Au-delà du programme d’insertion, l’exécutif entend intégrer la jeunesse à plusieurs grands chantiers économiques. La formation aux métiers du numérique, l’accès aux opportunités liées aux infrastructures de la Coupe du monde 2030, le maintien des jeunes agriculteurs en milieu rural et l’encouragement au retour des compétences figurent parmi les orientations annoncées.

Ces secteurs offrent des possibilités différentes, mais ils nécessitent tous une anticipation des besoins. Dans le numérique, la formation doit suivre l’évolution rapide des technologies et des qualifications recherchées. Dans l’agriculture, l’enjeu consiste à rendre l’activité suffisamment attractive et viable pour retenir les jeunes dans les territoires ruraux. Quant aux grands projets d’infrastructure, leur contribution à l’emploi dépendra de la place effectivement accordée aux entreprises nationales, à la formation et au recrutement local.

La cheffe du gouvernement a également annoncé une stratégie nationale intégrée pour la jeunesse, fondée sur une coordination renforcée des politiques publiques et sur une participation accrue des jeunes. Cette approche transversale doit permettre de dépasser la juxtaposition de programmes sectoriels, souvent critiquée pour son manque de lisibilité et de continuité.

Le véritable test : combien d’emplois durables seront créés ?

Les annonces du 19 octobre traduisent une volonté de placer la jeunesse au cœur de l’action gouvernementale. Elles s’inscrivent dans les orientations royales appelant à faire des jeunes une priorité des politiques publiques et dans une feuille de route plus large consacrée à la croissance, aux services publics et à la réduction des disparités territoriales.

Mais l’ampleur du défi impose de distinguer les moyens mobilisés des résultats obtenus. Face à près de 2,9 millions de jeunes éloignés de l’éducation, de la formation et de l’emploi, les objectifs annoncés représentent un effort significatif, sans pouvoir constituer à eux seuls une réponse immédiate à l’ensemble des besoins.

La réussite du programme dépendra notamment de la qualité des formations, de l’engagement des entreprises, de l’efficacité des dispositifs d’accompagnement et de leur déploiement effectif dans les régions. La publication régulière d’indicateurs sur les bénéficiaires, les recrutements et le maintien dans l’emploi permettrait également d’évaluer les progrès accomplis.

À partir de 2027, le défi ne sera donc pas seulement de former davantage de jeunes, mais de leur ouvrir des perspectives professionnelles durables. C’est à cette condition que les engagements gouvernementaux pourront contribuer à réduire la fracture entre les aspirations d’une génération et les possibilités offertes par l’économie marocaine.

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