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Sahara marocain: de New York à Lima, l’autonomie marocaine gagne du terrain dans le débat onusien

21 octobre 2026 - 13:22

Miguel Ángel Rodríguez Mackay, ancien ministre des Affaires étrangères du Pérou et chroniqueur du quotidien Expreso.

Dans une tribune publiée par le quotidien péruvien Expreso, l’ancien ministre des Affaires étrangères Miguel Ángel Rodríguez Mackay voit dans les travaux de la Quatrième Commission de l’ONU une nouvelle étape dans la reconnaissance du plan marocain d’autonomie. Son analyse met en lumière l’évolution du cadre des négociations, tout en soulevant une question essentielle : jusqu’où va réellement la portée juridique de ce rapprochement entre les instances onusiennes ?

Le débat sur le Sahara occidental connaît une évolution diplomatique dont les répercussions dépassent désormais les frontières du Maghreb. Depuis l’adoption de la résolution 2797 par le Conseil de sécurité des Nations unies, le 31 octobre 2025, la proposition marocaine d’autonomie occupe une place plus explicite dans le cadre des négociations envisagées sous l’égide de l’ONU.

Cette évolution retient notamment l’attention en Amérique latine. Dans une tribune publiée le 18 octobre 2026 par le quotidien péruvien Expreso, Miguel Ángel Rodríguez Mackay, ancien ministre des Affaires étrangères du Pérou, propose une lecture juridique et politique du texte relatif au Sahara examiné le 15 octobre par la Quatrième Commission de l’Assemblée générale.

Pour l’ancien chef de la diplomatie péruvienne, le fait que la Commission fasse référence à la résolution 2797 traduit une continuité entre les orientations du Conseil de sécurité et les travaux de l’Assemblée générale. Il y voit une consolidation de la place accordée à l’initiative d’autonomie présentée par Rabat en 2007.

La résolution 2797, au cœur du raisonnement

L’argumentation de Rodríguez Mackay repose sur le changement de formulation intervenu au Conseil de sécurité en octobre 2025.

Dans sa résolution 2797, le Conseil exprime son soutien aux efforts du secrétaire général et de son envoyé personnel pour conduire des négociations prenant pour base la proposition marocaine d’autonomie. Il appelle également les parties à discuter sans conditions préalables afin de parvenir à une solution politique définitive, mutuellement acceptable et permettant l’autodétermination du peuple du Sahara occidental.

Le texte reconnaît qu’une autonomie véritable pourrait constituer l’issue la plus réalisable. Cette formulation donne à la proposition marocaine une place particulière dans la démarche diplomatique, sans pour autant constater qu’un accord final aurait été conclu ni que la question du statut du territoire serait juridiquement réglée.

C’est précisément sur cette évolution que l’ancien ministre péruvien construit son analyse. À ses yeux, les références à la résolution 2797 dans le texte de la Quatrième Commission renforcent la cohérence du processus onusien autour d’une solution négociée.

L’autodétermination ne se résume pas à une seule formule

L’un des points les plus intéressants de la tribune concerne le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes.

Rodríguez Mackay rappelle les principes énoncés dans les résolutions 1514 et 1541 de l’Assemblée générale, adoptées en 1960. La seconde expose notamment plusieurs modalités de pleine autonomie politique pour les territoires non autonomes : l’indépendance, la libre association avec un État indépendant ou l’intégration à un tel État.

Cette référence historique nourrit son argument selon lequel l’autodétermination ne doit pas être assimilée automatiquement à l’indépendance.

Il faut néanmoins distinguer ces modalités de décolonisation du statut d’autonomie interne proposé par le Maroc. Leur équivalence juridique ne découle pas automatiquement des textes de 1960. Toute solution devra être appréciée à la lumière du droit applicable, des modalités de consentement et du processus politique conduit sous l’égide des Nations unies.

Cette distinction ne diminue pas l’importance diplomatique de l’initiative marocaine. Elle permet, au contraire, d’en apprécier la portée sans confondre perspective de négociation et règlement déjà acquis.

Deux organes de l’ONU, deux fonctions différentes

La tribune péruvienne souligne également une distinction institutionnelle essentielle.

Le Conseil de sécurité dispose, en vertu de la Charte des Nations unies, de compétences particulières en matière de paix et de sécurité internationales. La Quatrième Commission, chargée notamment des questions de décolonisation, participe pour sa part à l’élaboration de recommandations soumises à l’Assemblée générale.

Rodríguez Mackay attribue un caractère juridiquement contraignant à la résolution 2797, par opposition à la portée recommandatoire du texte de la Quatrième Commission.

Cette affirmation appelle une précision : toutes les dispositions d’une résolution du Conseil de sécurité ne sont pas automatiquement obligatoires dans la même mesure. Leur portée dépend notamment de leur formulation, de leur objet et de leur fondement juridique. Dans la résolution 2797, la décision explicite de prolonger le mandat de la MINURSO doit ainsi être distinguée des appels et orientations concernant les négociations.

De même, la mention d’une résolution du Conseil de sécurité dans un texte de l’Assemblée générale ne signifie pas nécessairement une approbation intégrale de toutes les interprétations politiques qui peuvent en être faites.

L’intérêt du rapprochement entre les deux organes réside donc avant tout dans la continuité diplomatique qu’il peut révéler.

Le regard péruvien, un signal venu d’Amérique latine

La dimension latino-américaine de cette prise de position mérite une attention particulière.

L’ancien ministre péruvien ne s’exprime pas au nom du gouvernement actuel de son pays. Son intervention relève d’une analyse personnelle, nourrie de son expérience diplomatique et de ses prises de position publiques sur le dossier.

Elle illustre néanmoins la circulation internationale du débat sur l’autonomie marocaine, au-delà des partenaires européens, arabes et africains traditionnellement les plus présents dans les discussions sur le Sahara.

Dans sa tribune, Rodríguez Mackay insiste également sur le rôle du Maroc, de l’Algérie, du Front Polisario et de la Mauritanie dans le processus politique. Le Conseil de sécurité encourage les discussions sans conditions préalables, mais les positions des acteurs demeurent divergentes, notamment sur la manière de garantir l’exercice de l’autodétermination.

Pour Rabat, l’autonomie sous souveraineté marocaine constitue le cadre de règlement proposé. Le Front Polisario défend, pour sa part, une conception de l’autodétermination incluant l’option de l’indépendance, avec le soutien de l’Algérie. Ces divergences expliquent pourquoi l’évolution du langage diplomatique ne suffit pas, à elle seule, à clore le différend.

Une avancée diplomatique, mais une négociation encore ouverte

La lecture proposée par Rodríguez Mackay met en évidence un fait important : depuis octobre 2025, le Conseil de sécurité a donné à la proposition marocaine d’autonomie une place explicite comme base des négociations. C’est un élément majeur pour comprendre l’évolution du dossier.

Le texte de la Quatrième Commission du 15 octobre 2026, tel que présenté par l’ancien ministre dans Expreso, s’inscrirait dans cette continuité en rappelant la résolution 2797 et la nécessité de poursuivre le dialogue de bonne foi.

Reste à distinguer la reconnaissance d’un cadre de négociation de l’aboutissement du processus lui-même. Le droit à l’autodétermination demeure inscrit dans les textes des Nations unies, et la recherche d’une solution politique mutuellement acceptable reste la mission assignée à la diplomatie onusienne.

La véritable portée de cette séquence se mesure donc moins à l’idée d’un dossier déjà tranché qu’à la place désormais occupée par l’autonomie marocaine dans les discussions internationales. Entre New York et Lima, la tribune de Rodríguez Mackay témoigne de cette évolution. Sa traduction en accord politique dépendra, elle, des négociations à venir.

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