Du 20 octobre au 20 novembre, le Maroc organise sa 16e campagne nationale de promotion de l’allaitement maternel. Au-delà de la sensibilisation des familles, cette initiative remet au premier plan les conditions médicales, sociales et professionnelles nécessaires pour accompagner les mères durant les premiers mois de vie de leurs enfants.
Nourrir un enfant au sein relève d’un geste intime, mais aussi d’un enjeu collectif de santé publique. C’est autour de cette double dimension que le ministère marocain de la Santé et de la Protection sociale, en partenariat avec l’Initiative nationale pour le développement humain (INDH), a lancé la 16e édition de la Campagne nationale de promotion de l’allaitement maternel, organisée du 20 octobre au 20 novembre 2026.
Placée sous le slogan « Un allaitement exclusif pendant les six premiers mois de la vie est suffisant », cette mobilisation entend encourager les bonnes pratiques nutritionnelles dès la naissance. Elle s’inscrit dans une stratégie plus large consacrée aux mille premiers jours de l’enfant, période déterminante pour son développement physique, cognitif et affectif.
Les mille premiers jours, une priorité sanitaire
La campagne s’appuie sur les recommandations de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), qui préconise de commencer l’allaitement dans l’heure suivant la naissance, de le poursuivre exclusivement pendant les six premiers mois, puis de l’associer à une alimentation complémentaire adaptée jusqu’à deux ans ou davantage.
L’allaitement exclusif signifie que le nourrisson reçoit uniquement du lait maternel, sans eau ni autres aliments, à l’exception des médicaments, vitamines ou solutions de réhydratation prescrits lorsque cela est nécessaire. Le lait maternel apporte les nutriments essentiels et contribue à protéger le nourrisson contre plusieurs infections, tout en présentant des bénéfices pour la santé de la mère.
Ces recommandations constituent un objectif de santé publique, mais leur application dépend aussi de situations individuelles. Certaines mères rencontrent des difficultés médicales, physiologiques ou personnelles qui nécessitent un accompagnement adapté, sans culpabilisation ni jugement.
Sensibiliser, mais surtout accompagner les mères
Le programme prévoit des activités de sensibilisation mobilisant les professionnels de santé, les relais communautaires et les médias locaux. Il comprend également le renforcement de l’initiative « Hôpitaux amis des enfants », destinée à améliorer les pratiques d’accompagnement de l’allaitement au sein des établissements de soins.
L’objectif ne peut toutefois se limiter à expliquer aux femmes les bienfaits du lait maternel. Encore faut-il leur permettre d’accéder à des conseils fiables dès l’accouchement, de bénéficier d’un suivi après leur retour à domicile et de recevoir une assistance concrète en cas de difficultés.
L’information des pères et de l’entourage familial joue également un rôle important. Dans bien des situations, la poursuite de l’allaitement dépend autant du soutien quotidien apporté à la mère que de sa motivation personnelle.
Travail, inégalités et accès aux soins : les obstacles à surmonter
La promotion de l’allaitement soulève aussi des questions sociales souvent absentes des campagnes d’information. Pour une femme qui reprend rapidement son activité professionnelle, qui travaille dans le secteur informel ou qui ne dispose pas d’un espace adapté pour allaiter ou exprimer son lait, les recommandations sanitaires peuvent devenir difficiles à appliquer.
Les disparités territoriales constituent un autre défi. L’accès aux consultations postnatales, aux professionnels formés et à une information de qualité n’est pas nécessairement identique dans les grandes villes et dans les zones rurales ou enclavées.
Une politique efficace suppose donc de compléter les messages de sensibilisation par des mesures facilitant concrètement l’allaitement, notamment dans les lieux de travail et les structures de santé.
Protéger les familles des pressions commerciales
La campagne prévoit également de renforcer le respect du Code international de commercialisation des substituts du lait maternel, élaboré sous l’égide de l’OMS.
Ce dispositif vise notamment à encadrer les pratiques promotionnelles susceptibles d’influencer les choix alimentaires des familles. Son application participe à la protection d’une information sanitaire indépendante, sans remettre en cause la nécessité de disposer de substituts adaptés lorsque l’allaitement maternel n’est pas possible ou n’est pas choisi.
À l’échelle internationale, l’OMS et l’UNICEF soutiennent l’objectif d’atteindre 70 % d’allaitement maternel exclusif chez les nourrissons de moins de six mois d’ici 2030.
Pour le Maroc, la réussite de cette 16e campagne ne se mesurera donc pas seulement au nombre de séances organisées ou de messages diffusés. Elle dépendra de la capacité du système de santé et de l’environnement social à transformer les recommandations en possibilités réelles pour les familles.
Car promouvoir l’allaitement maternel, ce n’est pas uniquement demander aux mères d’adopter une pratique bénéfique : c’est aussi leur donner les moyens, le temps et le soutien nécessaires pour la vivre dans les meilleures conditions.