Le groupe pharmaceutique marocain Laprophan franchit une nouvelle étape dans sa stratégie d’expansion en engageant le processus d’acquisition de Polymedic, l’un des laboratoires historiques du Royaume. Une opération qui pourrait renforcer la production nationale de médicaments, sous réserve du feu vert du Conseil de la concurrence.
Le paysage pharmaceutique marocain poursuit sa recomposition. Le groupe Laprophan a annoncé, mercredi 21 octobre 2026, la signature d’un accord portant sur l’acquisition de Polymedic, à travers le rachat de la totalité du capital de sa société mère, Corporate Investment Holding (CIH). L’opération, notifiée au Conseil de la concurrence, reste soumise aux autorisations réglementaires nécessaires avant de pouvoir être définitivement réalisée.
Au-delà d’une transaction entre deux acteurs industriels, ce projet illustre une tendance de fond : la constitution de groupes pharmaceutiques marocains de plus grande envergure, capables de diversifier leurs activités et de renforcer leurs capacités de production. Dans un secteur où la disponibilité des médicaments représente un enjeu stratégique, cette évolution soulève également la question de la souveraineté sanitaire du Royaume.
Une stratégie d’expansion accélérée depuis 2020
Depuis plusieurs années, Laprophan multiplie les acquisitions pour consolider sa présence sur le marché pharmaceutique. En 2024, le groupe avait pris le contrôle intégral d’Amanys Pharma, spécialisé notamment dans les médicaments hospitaliers et les bêtalactamines, ainsi qu’une participation de 75 % dans Botanic Pharma, actif dans le domaine des compléments alimentaires.
Cette dynamique s’est poursuivie en 2026 avec l’acquisition de 60 % du groupe suisse Rivopharm, présent notamment dans les traitements du système nerveux central et des maladies cardiovasculaires. Le rapprochement envisagé avec Polymedic s’inscrit dans cette même logique de croissance externe, destinée à élargir les compétences industrielles et thérapeutiques du groupe marocain.
L’objectif affiché est de développer les complémentarités entre les différentes entités, de mutualiser les réseaux de distribution et les moyens logistiques, tout en favorisant le développement de nouveaux médicaments. Une stratégie qui pourrait permettre à Laprophan de renforcer sa présence sur plusieurs segments du marché national et international.
Polymedic, un laboratoire historique aux capacités industrielles importantes
Fondé en 1964, Polymedic appartient à la génération des laboratoires qui ont accompagné le développement de l’industrie pharmaceutique marocaine. Implantée à Casablanca, l’entreprise dispose d’un site industriel de 9 600 mètres carrés et emploie près de 280 collaborateurs, constituant ainsi un outil de production significatif dans le paysage national.
Son portefeuille comprend 138 autorisations de mise sur le marché, correspondant à plus de 200 produits commercialisés dans douze domaines thérapeutiques. Le laboratoire intervient notamment en dermatologie, pneumologie, rhumatologie, cardiologie et dans les traitements du système nerveux central, tout en développant des partenariats avec plusieurs groupes pharmaceutiques internationaux.
Polymedic dispose également d’un réseau de promotion médicale assuré par sa filiale Promaceutique. Pour Laprophan, l’intégration éventuelle de ces activités offrirait des possibilités de complémentarité commerciale et industrielle, tout en élargissant son portefeuille de spécialités pharmaceutiques.
La souveraineté sanitaire au cœur des enjeux
La crise sanitaire mondiale a rappelé l’importance de disposer de capacités nationales de fabrication et d’approvisionnement en médicaments. Dans ce contexte, le développement de groupes pharmaceutiques marocains intégrés peut contribuer à renforcer la résilience du système de santé, à condition que les investissements se traduisent par une production effective et une meilleure disponibilité des traitements.
Le rapprochement entre Laprophan et Polymedic pourrait favoriser des économies d’échelle, le partage de compétences et de nouveaux investissements industriels. Toutefois, l’augmentation de la taille d’un groupe ne garantit pas, à elle seule, une amélioration de l’accès aux médicaments. Les effets sur les prix, l’offre thérapeutique et la concurrence devront également être pris en considération.
Le Conseil de la concurrence appelé à se prononcer
La transaction n’est pas encore finalisée. Sa réalisation demeure conditionnée à l’obtention des autorisations nécessaires, notamment à l’accord préalable du Conseil de la concurrence. Le montant de l’acquisition n’a pas été rendu public, et aucun calendrier définitif de clôture n’a été communiqué.
L’examen réglementaire devra permettre d’apprécier les conséquences de cette concentration sur le fonctionnement du marché pharmaceutique marocain. Il constitue une étape importante dans un secteur où les impératifs de développement industriel doivent s’articuler avec la préservation d’une concurrence effective.
Avec ce projet d’acquisition, Laprophan confirme son ambition de devenir un acteur pharmaceutique intégré de premier plan. Mais le véritable enjeu dépassera la seule dimension du groupe : il résidera dans sa capacité à transformer cette croissance industrielle en innovation, en sécurité d’approvisionnement et en accès durable aux médicaments pour les patients marocains.