L’Agence nationale de réglementation des activités relatives au cannabis lance un programme de formation destiné aux agriculteurs et aux coopératives autorisés à cultiver cette plante. Déployée jusqu’à fin décembre 2026 dans les trois provinces concernées par la culture légale, cette initiative vise à améliorer la qualité des récoltes, à réduire les coûts de production et à préparer la filière aux exigences des marchés médicaux et pharmaceutiques.
La structuration de la filière légale du cannabis au Maroc franchit une nouvelle étape. L’Agence nationale de réglementation des activités relatives au cannabis (ANRAC) a lancé un programme de formation et d’accompagnement technique au profit des agriculteurs et des coopératives titulaires d’autorisations de culture pour la campagne 2026.
L’initiative concerne les provinces de Taounate, Chefchaouen et Al Hoceïma, les trois territoires dans lesquels la culture du cannabis à des fins licites est autorisée dans le cadre réglementaire marocain. Elle traduit la volonté de renforcer les compétences des producteurs et de faire évoluer progressivement les pratiques agricoles vers les standards exigés par les industries médicales et pharmaceutiques.
Un programme déployé jusqu’à fin décembre
Les premières sessions de formation ont débuté au cours du mois d’octobre dans la province de Taounate. Le dispositif doit ensuite se poursuivre à Chefchaouen et à Al Hoceïma, avec des activités programmées jusqu’à la fin du mois de décembre 2026.
L’objectif ne se limite pas à transmettre des connaissances agricoles. Il s’agit également d’accompagner les coopératives dans leur organisation, leur gestion quotidienne et leurs relations avec les autres acteurs de la chaîne de production et de transformation.
Pour l’ANRAC, cette montée en compétences constitue un levier essentiel afin d’améliorer la régularité de la production et de permettre aux exploitants autorisés de répondre à des cahiers des charges de plus en plus précis.
La qualité, condition d’accès aux marchés internationaux
Le programme accorde une place centrale aux techniques de culture et à la conformité des produits. Les formations doivent notamment aider les producteurs à appliquer les bonnes pratiques agricoles et de collecte, connues sous l’acronyme international GACP.
Ces exigences portent sur les conditions de production, la maîtrise des procédés et la qualité des matières premières destinées à des usages réglementés. Elles sont particulièrement importantes pour les entreprises opérant dans les secteurs médical et pharmaceutique, où la traçabilité et la constance des caractéristiques du produit sont déterminantes.
L’accompagnement porte également sur les bonnes pratiques liées à la transformation. L’enjeu est de rapprocher les méthodes de production des attentes des opérateurs industriels, sans confondre cette démarche de formation avec l’obtention automatique d’une certification ou d’un accès aux marchés étrangers.
Réduire les coûts et améliorer les rendements
Au-delà des normes de qualité, l’ANRAC entend aider les agriculteurs à mieux maîtriser leurs charges de production. L’optimisation des itinéraires techniques, l’organisation du travail et l’amélioration des rendements figurent parmi les principaux axes du programme.
Une attention particulière est accordée à la prévention des maladies susceptibles d’affecter les cultures. La détection précoce des problèmes sanitaires et l’adoption de pratiques adaptées peuvent contribuer à limiter les pertes et à sécuriser davantage les récoltes.
Les étapes de récolte et de séchage occupent également une place importante dans les formations. Une mauvaise maîtrise de ces opérations peut compromettre la qualité de la matière végétale, même lorsque la culture a été correctement conduite.
Les coopératives au centre de la professionnalisation
Le dispositif vise aussi à clarifier et à renforcer les relations professionnelles entre les agriculteurs et les coopératives. Ces dernières jouent un rôle essentiel dans l’organisation collective de la production et dans les échanges avec les entreprises autorisées à intervenir dans la filière.
La qualité de leur gestion peut influer sur la coordination des producteurs, la planification des activités et la capacité à satisfaire les engagements contractuels. La formation doit donc contribuer à améliorer leur fonctionnement administratif, technique et organisationnel.
Cette dimension collective est particulièrement importante dans des territoires où l’activité agricole repose sur de nombreuses exploitations et où la structuration des circuits légaux constitue un changement majeur pour les producteurs concernés.
Une réponse aux besoins exprimés sur le terrain
Selon les éléments communiqués par l’ANRAC, le programme répond à des demandes formulées à plusieurs reprises par les agriculteurs et les coopératives lors des rencontres de terrain organisées par l’agence.
Les bénéficiaires avaient notamment exprimé le besoin d’un accompagnement technique spécialisé pour mieux comprendre les exigences des entreprises médicales et pharmaceutiques. La formation apparaît ainsi comme une réponse à des difficultés concrètes rencontrées dans la mise en œuvre des activités autorisées.
Elle souligne également que la réglementation, à elle seule, ne suffit pas à construire une filière compétitive. Les producteurs doivent disposer des compétences, des moyens d’organisation et des débouchés nécessaires pour inscrire leur activité dans la durée.
Un enjeu économique pour les territoires producteurs
À Taounate, Chefchaouen et Al Hoceïma, le développement du cannabis légal représente un enjeu de transformation économique et agricole. L’objectif est de permettre aux producteurs autorisés de s’insérer dans des circuits encadrés, tout en améliorant progressivement la valeur ajoutée de leur activité.
Cette évolution reste néanmoins conditionnée à plusieurs facteurs : la qualité des récoltes, les coûts de production, la solidité des coopératives et l’existence d’une demande industrielle suffisante. La conformité aux normes internationales constitue une condition importante, mais ne garantit pas à elle seule la rentabilité des exploitations.
Pour les provinces du Rif concernées, l’accompagnement technique peut ainsi devenir un instrument de développement territorial, à condition que les progrès réalisés dans les pratiques agricoles se traduisent également par des perspectives économiques concrètes pour les cultivateurs.
Avec ce programme, l’ANRAC cherche à faire de la formation un pilier de la professionnalisation du cannabis légal marocain. Entre amélioration des rendements, maîtrise de la qualité et organisation des coopératives, le défi consiste désormais à transformer les autorisations de culture en une activité agricole durable, compétitive et créatrice de valeur pour les territoires producteurs.