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Espagne: Pedro Sánchez vacille, Vox jubile

11 juillet 2025 - 15:46

La dernière enquête du Centre d’Investigations Sociologiques (CIS) espagnol est tombée comme une gifle. En un mois, le PSOE de Pedro Sánchez a perdu plus de sept points d’intention de vote, réduit désormais à un maigre demi-point d’avance sur le PP de Feijóo. Une chute vertigineuse qui reflète l’effet immédiat du scandale de corruption qui secoue son gouvernement. Et si la droite traditionnelle n’en profite pas autant qu’on l’aurait cru, c’est bien Vox, l’extrême droite, qui ramasse les fruits amers de cette crise.

Que nous dit vraiment ce baromètre ? D’abord, que l’indignation citoyenne reste profondément liée à la question morale. La corruption, reléguée depuis des années à un thème secondaire derrière la crise économique ou l’indépendantisme catalan, refait surface avec la violence d’un boomerang. Plus d’un quart des Espagnols la désigne désormais comme leur deuxième préoccupation, juste derrière le logement.

Le plus frappant est la dynamique électorale : alors que le PSOE s’effondre, le PP piétine et Vox explose. Son leader, Santiago Abascal, récolte près de 19% des intentions de vote, un record dans cette législature. Et le soutien de Vox est massif parmi les jeunes : un électeur sur quatre âgé de 18 à 24 ans voterait aujourd’hui pour l’extrême droite. Symbole d’une Espagne inquiète, parfois en colère, et qui se tourne vers ceux qui promettent des certitudes radicales.

Dans le détail, la gauche fragmentée tente de se raccrocher aux branches : Sumar et Podemos progressent légèrement, sans parvenir à compenser l’effondrement socialiste. Quant au duel catalan, ERC devance désormais largement Junts, un signe que l’électorat indépendantiste se réaligne vers la gauche républicaine.

Mais au-delà des chiffres, c’est l’image d’un gouvernement fragilisé qui se dessine. Un gouvernement dont le secrétaire à l’organisation, Santos Cerdán, est désormais en prison préventive, accusé d’avoir été le “gestionnaire” d’un réseau de pots-de-vin. Pedro Sánchez tente de contenir l’incendie, mais même le président du CIS, Tezanos, proche du PSOE, n’a pu empêcher ce sondage d’exposer la réalité : l’électorat socialiste s’érode, les indécis se multiplient, et Vox avance.

Ce scénario ouvre deux voies pour l’Espagne. La première, celle du sursaut éthique et politique, qui obligerait le PSOE à reconstruire sa crédibilité avant qu’il ne soit trop tard. La seconde, celle du renoncement moral, qui laisserait l’extrême droite continuer à capitaliser sur la colère et le désenchantement populaires.

Dans un pays où la mémoire de la dictature reste vive, voir Vox progresser grâce à la corruption socialiste est un avertissement sévère. Car la question n’est pas tant de savoir qui gouvernera demain, mais quel type d’Espagne émergera de ce désastre politique.

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