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Maroc–Algérie : cinq ans de rupture diplomatique, un dialogue toujours introuvable

26 août 2025 - 11:19

La coupure entre Rabat et Alger, qui vient d’entrer dans sa cinquième année, illustre l’échec des médiations régionales et internationales. Alors que Washington tente de jouer les intermédiaires, la méfiance demeure et les perspectives de réconciliation s’éloignent.

Le 24 août 2021, l’Algérie annonçait la rupture de ses relations diplomatiques avec le Maroc en accusant Rabat « d’actes hostiles ». Depuis, la fracture n’a cessé de se consolider, malgré les efforts de médiation menés par des puissances arabes comme l’Égypte, l’Arabie saoudite, le Qatar ou les Émirats, et malgré des appels répétés de la part de la Turquie. Quatre ans plus tard, l’impasse est totale et la normalisation paraît hors de portée.

Les États-Unis, sous l’administration Trump, ont récemment tenté de s’impliquer. Un émissaire spécial a été reçu à Alger par le président Abdelmadjid Tebboune en juillet, mais sans résultat tangible. Rabat s’est déclaré prêt à examiner toute initiative américaine, alors qu’Alger pose des conditions qui rendent tout compromis impossible. Au cœur du blocage demeure la question du Sahara marocain : pour Rabat, Alger est directement partie prenante du conflit, alors que l’Algérie se présente uniquement comme soutien politique à la “cause sahraouie” et au processus onusien.

La position marocaine s’inscrit dans la continuité : le roi Mohammed VI a, à plusieurs reprises, tendu la main à Alger pour un dialogue direct, « sans conditions ni tabous ». Dans son discours du Trône, en juillet 2025, il a réitéré l’appel à un règlement « sans vainqueur ni vaincu ». Mais chaque fois, la réponse algérienne fut un refus, accompagné d’un durcissement rhétorique et diplomatique qui alimente une véritable guerre froide régionale.

Pour Alger, la ligne de conduite reste inchangée: respect absolu de la souveraineté nationale, refus de toute ingérence et attachement au droit international. Dans cette logique, aucune médiation externe n’est jugée légitime. Pour Alger, un rapprochement ne pourrait se bâtir qu’à partir d’une base solide de bon voisinage et d’abandon des campagnes jugées hostiles.

Cette confrontation durable a des coûts évidents : elle empêche toute dynamique d’intégration maghrébine, fragilise le poids régional et transforme chaque forum international en champ de bataille diplomatique. Au lieu de tester les ouvertures répétées de Rabat, Alger campe sur des certitudes qui paralysent tout effort de rapprochement.

Cinq ans après la rupture, la question n’est plus de savoir quand les relations reprendront, mais si les conditions minimales d’un rapprochement existent encore. Le Maroc continue de plaider pour la négociation, convaincu que la géographie et l’histoire imposent un destin commun. L’Algérie campe sur ses positions de principe. Entre ces deux logiques irréconciliables, c’est l’ensemble du Maghreb qui paie le prix d’un statu quo destructeur.

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