Comme le rappelle le quotidien espagnol La Razón (27 août 2025), “l’Atlético Tetuán peut se vanter d’être le seul club étranger à avoir disputé la Première Division espagnole”. Cette page singulière du football raconte bien plus qu’une saison sportive : elle illustre la complexité historique des relations entre le Maroc et l’Espagne.
Dans son reportage, La Razón rappelle que le club de Tetuán, capitale du protectorat espagnol entre 1913 et 1956, a disputé la saison 1951-52 au plus haut niveau. “Le club de la ville marocaine a joué dans la première division de notre pays (…) et reste un cas unique dans le football mondial”, écrit le journal. À l’époque, aucune autre puissance coloniale – ni la Grande-Bretagne, ni la France, ni le Portugal – n’avait vu un club de ses territoires d’outre-mer participer à son championnat national.
Les chiffres de cette saison demeurent modestes, mais chargés de symbolisme. En trente matchs, l’Atlético Tetuán obtint sept victoires, dont un spectaculaire 4-1 contre l’Atlético Madrid, et arracha un nul (3-3) face au Real Madrid d’Alfredo Di Stéfano. Le club termina dernier et fut relégué, mais la mémoire collective retient l’exploit.
Toujours selon La Razón, “après l’indépendance du Maroc en 1956, la plupart des joueurs et dirigeants espagnols se sont installés à Ceuta, fusionnant avec la SD Ceuta, tandis qu’à Tetuán, une partie marocaine du club fonda en 1961 le Mogreb Atlético Tetuán”. Celui-ci conserve jusqu’à aujourd’hui les couleurs et l’esprit de l’équipe originelle, devenant l’un des symboles du football du nord du pays.
Cette trajectoire dépasse la simple anecdote sportive. Elle rappelle que le football fut un miroir des rapports coloniaux, mais aussi un terrain de continuité culturelle. Comme le souligne le quotidien espagnol, l’Atlético Tetuán occupe une place “dans l’histoire non seulement du championnat espagnol, mais aussi du football marocain”.
En relisant cette histoire depuis Rabat, il apparaît que le ballon rond fut aussi un langage partagé des deux côtés du détroit. L’Atlético Tetuán n’a pas seulement joué en Liga : il reste le témoin d’une mémoire commune où sport, politique et identité se croisent.