Face aux attaques israéliennes contre Gaza, le ministre marocain des Affaires étrangères appelle les pays euro-méditerranéens à assumer leurs responsabilités et à rompre avec les ambiguïtés diplomatiques.
À Rabat, lors de la retraite de haut niveau consacrée à l’avenir des relations euro-méditerranéennes, Nasser Bourita a donné le ton. Pas de langage feutré, pas d’équilibrisme rhétorique : pour le chef de la diplomatie marocaine, ce qui se déroule à Gaza n’est pas seulement une tragédie humanitaire, mais un test décisif pour l’avenir du projet euro-méditerranéen lui-même.
Le ministre a rappelé que les bombardements israéliens, les menaces de déplacement forcé et les violations répétées du droit international humanitaire ébranlent les fondements mêmes de la coopération régionale. Comment parler de partenariats équitables quand une partie de la rive sud subit les conséquences d’une guerre que le nord observe trop souvent à distance ? Bourita n’a pas hésité à qualifier de « danger global » les attaques contre des civils palestiniens, soulignant qu’elles fragilisent non seulement la région, mais aussi l’équilibre mondial.
Au-delà du conflit, le ministre a livré une critique plus large du fonctionnement euro-méditerranéen. Aux yeux du Maroc, le partenariat reste déséquilibré : pour l’Europe, un espace de projets et de financements ; pour le sud, un terrain où les promesses dépassent trop souvent les actes. La guerre de Gaza agit ici comme un révélateur : si l’espace euro-méditerranéen se limite à des discours, il risque de perdre toute crédibilité face aux peuples.
Le rappel à l’ordre adressé par Rabat s’inscrit dans une logique plus vaste : replacer la Méditerranée dans son rôle historique de pont entre continents et non de fracture. Les déclarations du ministre sur Jérusalem, menacée de basculer d’un symbole de coexistence à un foyer de haine religieuse, sonnent comme un avertissement contre une spirale dont nul ne peut prédire les conséquences.
La fermeté marocaine ne se limite pas aux mots. Rabat a déjà condamné les frappes contre la Syrie et le Qatar, réaffirmant sa solidarité régionale et soutenant l’idée d’un sommet arabo-islamique. Ce positionnement, au croisement des responsabilités régionales et des attentes internationales, traduit une conviction : sans réaction ferme du Conseil de sécurité et de ses membres permanents, la région s’engagera sur une pente incontrôlable.
En demandant que toutes les « armes » du droit et de la diplomatie soient mobilisées pour mettre fin aux attaques, Bourita replace la question au niveau moral : l’assassinat de civils, de journalistes, d’enfants n’interpelle pas seulement le droit, mais la conscience universelle.
Cette voix marocaine, exigeante et sans détours, marque une étape importante dans le débat euro-méditerranéen. Car derrière l’urgence de Gaza se joue aussi l’avenir d’un espace où la solidarité ne peut plus rester un mot creux. La Méditerranée ne survivra à ses fractures que si elle s’ancre dans une responsabilité partagée et dans une volonté réelle d’agir.