L’accord de l’OMC sur les subventions à la pêche entre enfin en application et redéfinit les règles du jeu entre durabilité marine, transparence et commerce. Pour le Maroc, puissance halieutique tournée vers l’Atlantique, l’enjeu consiste à transformer des normes globales en avantages de conformité, en s’appuyant sur une science solide et une diplomatie capable de protéger les communautés côtières tout en sécurisant l’accès aux marchés.
Le dispositif opérationnel s’articule autour de trois lignes de défense. D’abord, l’exclusion des aides aux opérateurs liés à la pêche illicite, non déclarée et non réglementée (INDNR). Ensuite, la limitation du soutien public lorsque les stocks sont surexploités, avec une marge pour les plans de reconstitution biologique. Enfin, l’interdiction des subventions en haute mer non réglementée, espace jusqu’ici favorable aux captures sans contrôle. À ce socle s’ajoute une exigence de transparence : rapports réguliers sur l’état des ressources, bénéficiaires des aides et listes de navires concernés, un mécanisme qui élève les standards pour tous et récompense les opérateurs déjà engagés dans la traçabilité.
Pour Rabat, l’accord agit comme levier sur trois fronts. Sur le plan du respect des normes, l’extension des outils de suivi satellitaire (VMS/AIS), des audits et des contrôles portuaires consolide un avantage compétitif pour les flottes en règle et isole les pratiques opaques. Sur le plan diplomatique et commercial, l’alignement avec le régime de l’OMC renforce la position marocaine dans ses discussions avec ses partenaires européens et extra-européens, dans un contexte où l’accès aux zones de pêche, les règles d’origine et les certifications environnementales pèsent autant que les quotas. Sur le plan du développement local, la réussite se mesurera en emplois côtiers, en valeur ajoutée créée à terre et en résilience des villes portuaires qui vivent de la mer et de l’exportation.
L’équilibre, toutefois, appelle des politiques publiques fines : réorienter les subventions vers l’innovation sélective, l’efficacité énergétique et l’amélioration des engins de pêche ; renforcer les instituts scientifiques pour évaluer les stocks selon des méthodologies comparables ; investir dans des infrastructures de froid, de traçabilité et de certification capables d’ouvrir des marchés à plus forte valeur ; et accompagner la petite pêche pendant la transition grâce à des crédits et à des formations évitant des sorties silencieuses du métier.
Au plan multilatéral, le défi reste d’achever la discipline sur la surcapacité afin que la réduction de la pression sur les océans devienne mesurable et durable. L’horloge politique pousse à conclure ce chapitre pour ne pas retomber dans l’inertie, tandis que les ONG rappellent que les subventions mondiales demeurent massives et que l’écart entre les normes et leur mise en œuvre ne se réduit que par des incitations bien conçues et des sanctions effectives.
Si le Maroc parvient à faire de cette nouvelle gouvernance des subventions un langage propre – science solide, contrôles crédibles, diplomatie ouverte à des standards élevés – le pays pourra se projeter comme une puissance halieutique responsable, capable de concilier durabilité et compétitivité dans un océan où chaque capture engage désormais la société.