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Sánchez appelle à l’exclusion d’Israël du sport mondial : quand la diplomatie se joue sur les terrains

15 septembre 2025 - 20:21

En appelant à l’exclusion d’Israël de toutes les compétitions sportives internationales tant que se poursuit l’offensive à Gaza, Pedro Sánchez a voulu inscrire l’Espagne dans une position de cohérence et de fermeté diplomatique. Elle s’inscrit dans une séquence diplomatique où Madrid cherche à affirmer une position éthique et cohérente. Cette initiative relance une question sensible : le sport peut-il encore prétendre à la neutralité, ou doit-il assumer sa place dans l’architecture des relations internationales ?

L’appel de Sánchez se nourrit d’un précédent immédiat qui demeure présent dans toutes les mémoires. En 2022, à la suite de l’invasion de l’Ukraine, la Russie avait été exclue des Jeux olympiques, des championnats mondiaux et de la plupart des compétitions de premier plan. Les fédérations internationales, du CIO à la FIFA, invoquaient alors la nécessité de protéger la dignité humaine et de préserver la crédibilité du sport face à une guerre qui bouleversait l’ordre européen. L’exemple russe sert désormais de référence à Madrid, qui demande l’application d’un critère identique à l’État d’Israël, aujourd’hui confronté à des accusations de crimes de guerre et de génocide devant les juridictions internationales.

La mise en parallèle de ces deux cas révèle toute l’ampleur d’une contradiction qui fragilise le discours des instances sportives. Le système sportif mondial se veut régi par des principes universels, mais dans la pratique ces principes se plient aux équilibres géopolitiques. Les sanctions contre Moscou avaient été décidées avec une rapidité inédite, favorisées par le consensus occidental. Face à Israël, les mêmes instances invoquent une neutralité qu’elles n’avaient pas jugée pertinente auparavant. La proposition espagnole vise précisément à exposer cette asymétrie et à contraindre le mouvement sportif à reconnaître que l’inclusion ou l’exclusion d’un État traduit toujours une décision politique.

La réaction israélienne fut immédiate. Le ministre des Affaires étrangères qualifia l’initiative de Sánchez d’« antisémite », cherchant à transformer une position politique en soupçon moral et à détourner le débat vers le registre identitaire. Cet échange confirme la dégradation des relations bilatérales, déjà affectées par la reconnaissance officielle de l’État palestinien par l’Espagne et par son soutien actif aux procédures engagées à La Haye contre les dirigeants israéliens.

L’Europe, de son côté, se trouve confrontée à un test de cohérence. Comment justifier des mesures radicales envers la Russie tout en maintenant Israël au cœur du calendrier sportif ? Les opinions publiques rappellent que le sport n’est pas un sanctuaire déconnecté des réalités, et les mobilisations qui ont perturbé La Vuelta en Espagne en sont une illustration concrète. Les institutions européennes et les fédérations sportives devront tôt ou tard répondre à cette contradiction, sous peine de voir s’éroder la légitimité même des valeurs qu’elles prétendent incarner.

Au-delà de l’urgence de Gaza, la question interroge la fonction du sport dans la diplomatie contemporaine. Longtemps présenté comme un espace de rencontre et de paix, il apparaît désormais comme un instrument de pression, de sanction et de légitimation. La Russie l’a expérimenté, Israël pourrait l’expérimenter à son tour, et l’Espagne a choisi d’ouvrir le débat en transformant un terrain de compétition en scène de politique mondiale. Le sport devient ainsi un langage diplomatique, un champ où se mesurent les alliances, les fractures et les hiérarchies du système international.

L’appel de Sánchez n’aura pas le pouvoir de mettre fin à la guerre en Palestine, mais il place le mouvement sportif et les grandes fédérations devant un dilemme impossible à éluder : appliquer de façon égale les principes proclamés ou admettre que ces principes se modulent selon les intérêts des puissances occidentales. Le choix déterminera la crédibilité d’un ordre international qui cherche à concilier valeurs universelles et réalités stratégiques.

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