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La Russie ressuscite Intervision et défie le récit européen

20 septembre 2025 - 19:21

Moscou a relancé ce samedi Intervision, le festival musical créé à l’époque soviétique comme alternative à l’Eurovision. Avec la participation de vingt-trois pays, dont les BRICS et des alliés comme Cuba et le Venezuela, la Russie transforme la scène musicale en instrument de diplomatie culturelle et en vitrine d’un monde qui se veut différent de l’Occident.

Le Live Arena, près de Moscou, a accueilli le retour d’un concours qui avait disparu depuis les années 1990. Né à Prague en 1965, suspendu après le Printemps de Prague puis relancé en Pologne dans les années 1970, Intervision s’était éteint avec la chute de l’URSS. Son retour en 2025, alors que la Russie fait face à des sanctions lourdes et à un isolement croissant, porte une dimension hautement politique.

Les organisateurs ont voulu tracer un contraste clair avec l’Eurovision. Là où le concours européen privilégie l’anglais et s’affiche comme espace de diversité culturelle occidentale, Intervision impose que chaque artiste chante dans sa langue maternelle et se revendique comme vitrine de valeurs “authentiques”. La présence du chanteur russe Shaman, figure des concerts patriotiques, donne le ton.

L’affiche illustre l’ambition géopolitique. On y retrouve des représentants de pays BRICS comme le Brésil, l’Inde ou la Chine, mais aussi des artistes venus de Cuba et du Venezuela. Ces deux présences latino-américaines traduisent la volonté de Moscou de consolider ses alliances hors d’Europe et de tisser un espace culturel partagé avec des partenaires politiques de longue date.

Konstantin Ernst, directeur de la chaîne publique Pervy Kanal, a parlé d’un potentiel d’audience de près d’un milliard de téléspectateurs, en rappelant que les pays participants représentent plus de quatre milliards d’habitants. La comparaison avec l’Eurovision, qui a rassemblé 166 millions de personnes en mai dernier à Bâle, est volontaire : il s’agit de montrer que Moscou peut rivaliser avec le projet culturel européen.

Au-delà des chiffres, Intervision symbolise une bataille de récits. La Russie affirme que l’Occident impose une vision culturelle “décadente” et oppose à cette critique un festival qui célèbre ses partenaires stratégiques. En réactivant un outil né de la Guerre froide, Moscou envoie un message clair : le terrain culturel devient une extension du champ géopolitique.

Reste à savoir si ce renouveau séduira au-delà des sphères acquises. Car si Intervision peut flatter l’orgueil patriotique russe et offrir une tribune à ses alliés, sa capacité à devenir un événement réellement fédérateur dépendra de son pouvoir d’attraction hors du cercle des convaincus. Une chose est certaine : la Russie chante, et derrière la musique se dessine un contre-récit mondial qui vise à défier celui de l’Europe.

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