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Felipe VI à l’ONU : appel ferme à Israël et plaidoyer pour le multilatéralisme

25 septembre 2025 - 11:17

Depuis la tribune des Nations unies, le roi d’Espagne a dénoncé la poursuite des opérations militaires à Gaza et rappelé que l’ONU reste indispensable face aux replis nationalistes. Son intervention conjugue mémoire historique, défense des droits humains et critique implicite du trumpisme.

Le discours du roi Felipe VI lors de la 80e Assemblée générale des Nations Unies a surpris par sa fermeté. Devant les délégations du monde entier, le monarque espagnol a exhorté Israël à mettre un terme immédiat à ce qu’il a décrit comme une « masacre », une offensive militaire qui, selon lui, heurte « la conscience humaine » et mine la crédibilité de la communauté internationale. Rarement un chef d’État européen avait adopté un ton aussi direct face au gouvernement israélien dans un cadre multilatéral.

Le roi a souligné que la relation historique entre l’Espagne et le peuple juif confère une dimension particulière à son message. Il a rappelé que plus de soixante-dix mille personnes ont obtenu la nationalité espagnole grâce à la loi de 2015 en faveur des descendants des Séfarades. « Quand nous nous adressons au peuple d’Israël, nous parlons à des frères », a-t-il affirmé, avant d’ajouter que cette proximité rend la situation actuelle encore plus douloureuse. D’où l’urgence, selon lui, de « cesser la spirale de mort et de destruction qui frappe Gaza ».

Le souverain a néanmoins condamné « le terrorisme odieux de Hamas », en référence aux attaques du 7 octobre 2023, tout en réaffirmant le droit d’Israël à se défendre. Mais il a insisté sur le respect absolu du droit humanitaire international et sur l’accès sans entraves à l’aide humanitaire pour les civils palestiniens. L’exigence d’un cessez-le-feu et la libération des otages encore détenus par Hamas ont complété son message, cherchant un équilibre entre fermeté diplomatique et défense des principes universels.

Au-delà du conflit israélo-palestinien, Felipe VI a profité de la tribune pour défendre la légitimité du système multilatéral. Sans jamais citer Donald Trump, il a répliqué aux attaques frontales du président américain contre les Nations unies, formulées la veille. Pour le roi, l’ONU n’est pas une institution dépassée car elle demeure « indispensable et irremplaçable ». Il a averti que céder au scepticisme sur le multilatéralisme reviendrait à ouvrir la porte à « la loi du plus fort ». Dans une formule qui a marqué les débats, il a évoqué « un monde sans règles comme une terra incognita, un temps sans règles comme un retour au Moyen Âge ».

L’intervention a également pris une tournure philosophique. Felipe VI a insisté sur l’universalité des principes inscrits dans la Charte de l’ONU et dans la Déclaration universelle des droits de l’homme, rejetant toute tentative de relativiser ces valeurs par des particularismes ou des exceptions. « La dignité de l’être humain n’est pas négociable », a-t-il affirmé, en plaçant l’Espagne du côté des défenseurs d’un ordre international fondé sur des règles partagées.

Ce message intervient alors que l’Espagne tente de consolider son image de médiateur crédible sur la scène internationale. Le soutien de Madrid à l’Ukraine, rappelé par le président Volodymyr Zelensky qui a remercié le roi pour une « solidarité sincère et effective », illustre cette double orientation : condamnation de l’agression russe et critique sévère de l’intervention israélienne à Gaza. Une position qui vise à montrer que l’engagement espagnol repose sur la cohérence des principes, indépendamment des alignements géopolitiques.

La présence de Felipe VI à New York, à l’occasion du 80e anniversaire de l’ONU et du 70e anniversaire de l’adhésion de l’Espagne à l’organisation, renforce cette dimension institutionnelle. Le roi a voulu incarner la continuité d’une politique d’État qui dépasse les alternances gouvernementales. En intervenant à la tribune onusienne, il a égalé le nombre de participations de son père, Juan Carlos I, consolidant ainsi le rôle de la monarchie comme garant de la projection internationale de l’Espagne.

L’allocution a été perçue comme un moment clé des débats de cette Assemblée générale. Elle reflète la volonté de l’Espagne de s’affirmer dans un monde polarisé  en défendant les droits humains à Gaza, en soutenant l’Ukraine et en rappelant l’urgence d’un multilatéralisme robuste, Felipe VI a placé Madrid parmi les voix européennes qui cherchent à peser dans les grandes questions globales.

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