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Hizbollah, un an après Nasrallah : le poids des armes dans un Liban fragilisé

27 septembre 2025 - 20:57

Un an après l’assassinat de Hassan Nasrallah par un bombardement israélien, le Hezbollah réaffirme son refus de déposer les armes. Entre mémoire, rhétorique de résistance et pressions internationales, le Liban s’enfonce dans une équation insoluble où l’État peine à imposer son autorité.

À Beyrouth, des dizaines de milliers de partisans se sont rassemblés pour honorer Hassan Nasrallah, figure historique du Hezbollah, tué le 27 septembre 2024. Les portraits du leader disparu tapissaient les rues du Dahye, tandis que les drapeaux jaunes du mouvement se mêlaient aux bannières libanaises et iraniennes. Dans une mise en scène millimétrée, Naim Qassem, nouveau chef du parti chiite, a promis de poursuivre « la bataille existentielle » contre Israël et de rejeter tout plan de désarmement.

Le discours intervient dans un contexte où l’armée libanaise, sous pression américaine, élabore un plan visant à centraliser les armes entre les mains de l’État. Une telle perspective remet en cause le statut singulier du Hezbollah, force politique et militaire à la fois, qui s’est imposée depuis les années 1980 comme acteur incontournable du Liban. Pour ses soutiens, abandonner l’arsenal équivaudrait à livrer le pays à la merci d’Israël. Pour ses détracteurs, c’est le signe que l’État libanais reste captif d’une milice plus puissante que ses propres institutions.

La mort de Nasrallah a été un choc majeur. Son successeur désigné, Hashem Safieddine, a lui aussi péri dans un bombardement israélien quelques jours plus tard. Cette double perte aurait pu affaiblir le Hezbollah. Mais la commémoration d’hier démontre que, loin de se dissoudre, le mouvement conserve une capacité de mobilisation impressionnante, nourrie par un récit de résistance et de martyr. L’émotion collective devient ainsi un outil politique : les foules, en brandissant « mort à Israël » et « mort à l’Amérique », réaffirment l’ancrage idéologique du parti.

Pour le Liban, la situation est explosive. Le pays sort meurtri d’une guerre qui s’est prolongée jusqu’en novembre 2024, laissant ses infrastructures exsangues et son économie plus fragile encore. L’État peine à payer ses fonctionnaires, les hôpitaux manquent de moyens et la crise monétaire asphyxie la population. Dans ce vide, le Hezbollah maintient sa légitimité auprès de ses bases populaires, mais au prix d’un isolement croissant sur la scène régionale et internationale.

L’enjeu dépasse cependant le seul Liban. Le Hezbollah reste le principal relais de l’Iran au Levant, son bras armé dans une confrontation indirecte avec Israël. En revendiquant son rôle de « bouclier » du Liban, il entretient une logique de confrontation permanente qui complique tout projet de normalisation régionale. L’écho de Gaza, toujours en guerre, nourrit cette dynamique. En se présentant comme allié de Hamas, le Hezbollah consolide une image de résistance globale qui justifie, aux yeux de ses partisans, le maintien des armes.

La question de fond reste entière. Un État peut-il prétendre à sa reconstruction lorsque le monopole de la force lui échappe ? L’expérience libanaise tend à montrer que non, car tant que les armes d’un acteur non étatique prennent le pas sur celles de l’armée régulière, l’édifice institutionnel demeure fragile, incomplet et tributaire de rapports de force extérieurs. Le débat sur le désarmement s’inscrit ainsi dans une dimension plus large qui touche à la possibilité même d’un projet national.

En refusant de désarmer, le Hezbollah referme la possibilité d’une souveraineté pleinement assumée. La faiblesse chronique de l’État qui demeure incapable d’assurer les services essentiels et d’incarner un horizon collectif nourrit en retour une logique où l’impuissance publique renforce la légitimité de la milice. Ce cercle vicieux prolonge une crise qui mine le Liban depuis des décennies et qui empêche encore l’émergence d’un cadre politique stable.

Le premier anniversaire de la mort de Nasrallah révèle une impasse où le Liban apparaît partagé entre une mémoire héroïque qui entretient la légitimité de la résistance et des réalités dramatiques qui rappellent l’urgence de la survie quotidienne. Cette tension persistante maintient le pays dans une équation insoluble où la rhétorique militante se heurte à l’épuisement d’une société en quête de stabilité. L’histoire du Liban, faite de guerres civiles et de compromis précaires, montre qu’aucun acteur ne peut imposer seul une issue durable. Mais chaque rassemblement de masse rappelle que la fracture entre l’État et le Hezbollah demeure béante. Tant que cette équation restera sans réponse, le Liban continuera à chercher un équilibre instable entre souveraineté et dépendance, entre mémoire et avenir.

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