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Portugal et le Sahara marocain, un vote révélateur à Lisbonne

29 septembre 2025 - 10:18

Le 26 juillet, l’Assemblée de la République portugaise s’est penchée sur une proposition de CHEGA réclamant la reconnaissance de la souveraineté marocaine sur le Sahara. Le texte a été rejeté, mais le débat n’a pas été stérile. Il a dévoilé les lignes de fracture de la politique intérieure portugaise et éclairé le repositionnement diplomatique d’un pays désormais aligné sur Madrid.

CHEGA, formation d’extrême droite dirigée par André Ventura, occupe une place centrale dans le nouveau échiquier parlementaire. Avec soixante députés, le parti s’est imposé comme deuxième force de l’Assemblée et multiplie les initiatives pour occuper l’espace politique. Sur le Sahara, sa position reste sans nuance. Dès novembre 2024, il avait déposé un projet de résolution demandant une reconnaissance pleine et entière de la souveraineté marocaine et la fin de tout contact avec la RASD. La dissolution de mars 2025 avait interrompu le processus, mais le parti est revenu à la charge en juillet, fidèle à son discours de fermeté.

La cohérence affichée par CHEGA tranche avec l’attitude du PSD, qui a préféré mettre en avant le caractère dépassé de la proposition. Dans son communiqué explicatif, le groupe social-démocrate a relevé deux erreurs de fond. D’abord, l’idée que le Portugal aurait entretenu des contacts avec la RASD, ce qui n’a jamais été le cas. Ensuite, la méconnaissance de l’évolution de la position officielle, actée en janvier 2025 et confirmée par la déclaration commune signée à Lisbonne le 22 juillet par Nasser Bourita et Paulo Rangel. Cette déclaration établit que le Portugal reconnaît le plan d’autonomie présenté par le Maroc dans le cadre des Nations unies comme la base la plus sérieuse, crédible et constructive pour parvenir à une solution durable.

En votant contre la résolution de CHEGA, le PSD a voulu montrer que l’affaire n’était pas de savoir qui soutient Rabat ou qui s’y oppose, mais de souligner que la diplomatie portugaise a déjà pris un virage clair et officiel. Le parti au pouvoir a transformé ce vote en démonstration de maturité institutionnelle, se posant en gardien de la cohérence de l’État et en interlocuteur fiable du Maroc. La démarche lui permet de désamorcer la surenchère de CHEGA tout en confortant le rapprochement avec Rabat.

La position du Parti socialiste mérite un examen particulier. En invoquant une comparaison avec Timor Leste, les socialistes se sont enfermés dans une lecture idéologique et ont manqué une occasion précieuse. C’est pourtant sous António Costa, lors de la 14e Réunion de Haut Niveau Portugal–Maroc en mai 2023, que s’était amorcé le rapprochement bilatéral. Le gouvernement socialiste avait préparé le terrain du virage confirmé en 2025. La direction actuelle aurait pu revendiquer ce legs, mais elle a préféré se retrancher dans une posture défensive, prisonnière de calculs partisans et d’un certain dogmatisme. Ce choix laisse apparaître une difficulté à assumer l’héritage de Costa, et plus largement une incapacité à capitaliser sur un processus qu’elle avait elle-même engagé. Pour beaucoup, cela symbolise un parti en quête de démarcation, au prix d’une incohérence croissante.

Au-delà des échanges parlementaires, l’épisode révèle un basculement plus large. En reconnaissant l’autonomie marocaine comme solution de référence, Lisbonne rejoint Madrid dans une convergence diplomatique qui ne se limite pas à la péninsule ibérique. L’Espagne avait franchi le pas en 2022, suivie par l’Allemagne, et d’autres capitales européennes s’orientent dans la même direction. Les enjeux énergétiques, migratoires et sécuritaires renforcent cette dynamique. Le Portugal, qui cherche à s’affirmer dans l’espace méditerranéen, consolide ainsi sa place aux côtés du Maroc.

Le débat du 26 juillet a donc révélé plusieurs récits concurrents. CHEGA se présente comme pionnier, cohérent dans son discours, même si son projet a été dépassé par l’évolution diplomatique. Le PSD, en votant contre, s’affirme comme l’architecte du tournant et le garant de la cohérence étatique. Le PS, en revanche, se perd dans ses paradoxes et se prive d’une légitimité qu’il aurait pu défendre. L’épisode montre un jeu de rôles où chaque formation politique cherche à inscrire son empreinte, mais où seuls les sociaux-démocrates parviennent à transformer l’événement en victoire diplomatique.

Lisbonne est désormais entrée dans une nouvelle phase de ses relations avec Rabat. Le rejet de la résolution de CHEGA n’efface pas la portée du débat. Il souligne que l’autonomie marocaine s’impose aujourd’hui comme la base consensuelle de la diplomatie portugaise. Ce qui s’est joué à l’Assemblée n’est pas seulement un vote technique, mais un moment de clarification politique. CHEGA, en croyant bousculer le gouvernement, a finalement renforcé la position du PSD. Le PS, en manquant l’occasion de rappeler son rôle initial, a confirmé sa difficulté à assumer son passé. Au bout du compte, ce 26 juillet restera comme la date où la politique portugaise a consolidé son alignement sur Madrid et ouvert un nouveau chapitre de sa relation avec le Maroc.

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