Une secousse politique discrète, mais significative, vient de naître au sein de l’Union socialiste des forces populaires. Sous le nom de Mouvement des Jeunes Z ittihadi, un groupe de militants appartenant à la génération numérique – celle qui ne sacralise ni les appareils, ni les héritages partisans – a décidé de rompre le silence. Leur texte fondateur, publié le 29 septembre à Rabat, n’est ni un exercice rhétorique ni un cahier de doléances : c’est un acte d’accusation contre une direction jugée usée, verrouillée et coupée de la base.
Les signataires accusent explicitement les dirigeants actuels d’avoir transformé le parti historique de la gauche marocaine en “entreprise électorale” au service d’intérêts particuliers. Ils évoquent un “enlèvement politique” du parti et ciblent directement les manœuvres visant à préparer un quatrième mandat pour Driss Lachgar. À leurs yeux, il ne s’agit plus d’un différend ordinaire entre courants. C’est le symptôme d’un glissement profond où la démocratie organique s’est effacée au profit des calculs d’appareil, du clientélisme et d’alliances dictées par les intérêts individuels.
La nouveauté de cette fronde ne réside pas dans la critique – l’USFP en a connu d’autres – mais dans le profil de ceux qui la portent. Ces jeunes, issus du “génération Z”, se définissent comme les enfants de l’ère numérique, de la prise de parole directe et de la défiance envers les hiérarchies figées. Ils refusent d’être réduits à un vivier électoral ou à une façade modernisée d’un parti épuisé. Leur discours ne se limite pas à la contestation, il porte un projet de refondation.
Leur manifeste s’articule autour de cinq axes : fin de la patrimonialisation du leadership, retour à l’alternance démocratique, lutte contre le “rente partisan”, reconnection aux réalités sociales (éducation, santé, emploi, dignité), relance d’une jeunesse autonome et repolitisation du débat interne. Ils appellent également à un retour des militants marginalisés ou partis en silence, pointant un climat d’étouffement organisationnel.
Plus encore, ces jeunes adressent un avertissement clair. Soit les dirigeants entendent ce souffle critique et laissent émerger un véritable renouvellement, soit le parti glissera vers la coquille vide, réduit à un nom sur une enseigne sans âme. Leur ton reste grave, presque testamentaire, mais ne verse pas dans la rancœur. Ils parlent encore au nom de l’espérance, non de la rupture définitive.
Le signal est politique au-delà du seul USFP. Il interroge le rapport entre les élites partisanes marocaines et une jeunesse qui ne croit ni aux mythes fondateurs ni aux fidélités automatiques. Le modèle du militant décoratif, mobilisable uniquement en période électorale, ne fonctionne plus. Le langage de l’autorité symbolique ne convainc plus ceux qui vivent la précarité, le désenchantement ou l’exil comme horizon.
Le mouvement des Jeunes Z ne possède pas encore de structure formelle ni d’assise stratégique, mais il s’appuie sur un capital symbolique puissant, celui de dire tout haut ce que beaucoup préfèrent taire. S’il s’étend, il pourrait provoquer des recompositions internes ou dévoiler l’état réel de la gauche institutionnelle au Maroc. S’il vient à être étouffé, il n’en demeurera pas moins un symptôme révélateur. La crise des partis ne se lit plus dans leurs congrès, mais dans ce qui s’exprime en dehors des micros officiels.
Ce texte, au fond, ne défend pas une rupture avec l’héritage socialiste ; il réclame son sauvetage. Et ce n’est peut-être pas un hasard si cette alerte vient d’une génération qui n’a ni gloires passées à défendre ni privilèges à protéger.