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Accord agricole Maroc–UE : un amendement qui consacre l’intégration économique des Provinces du Sud

02 octobre 2025 - 17:36

Le Maroc et l’Union européenne viennent d’achever un nouveau cycle de négociations autour de l’accord agricole qui encadre leurs relations commerciales depuis plus de deux décennies. Cette révision, finalisée dans un climat que Rabat décrit comme « pragmatique et partenarial », confirme un point stratégique : les produits issus des Provinces du Sud continueront de bénéficier des tarifs préférentiels accordés au Royaume dans le cadre de l’Accord d’Association.

Selon Nasser Bourita, la signature formelle aura lieu à Bruxelles « dans un délai très court », avec une mise en application provisoire dès sa conclusion. Ce choix révèle une volonté d’éviter la latence administrative et de sécuriser les flux d’exportation, particulièrement dans un contexte mondial où les chaînes agricoles sont en recomposition.

L’amendement ne bouleverse pas la philosophie de l’accord existant, mais il en précise certaines clauses devenues sensibles sur le plan juridique et commercial. Deux éléments retiennent l’attention. D’abord, l’extension explicite du dispositif préférentiel aux régions du Sud, sur la base du statu quo établi depuis 2018. Ensuite, l’introduction d’un étiquetage géographique indiquant la provenance des produits agricoles de « Laâyoune–Sakia El Hamra » et « Dakhla–Oued Eddahab ». Une manière d’affirmer la traçabilité sans remettre en cause la souveraineté revendiquée par Rabat.

Au-delà de l’aspect technique, cet ajustement prend place dans un moment diplomatique particulier. Depuis cinq ans, plusieurs États européens – Espagne, Allemagne, Pays-Bas, Chypre ou encore la Hongrie – ont exprimé leur soutien explicite ou implicite au plan d’autonomie proposé par le Maroc. L’Union européenne, elle, maintient une position de « prise en compte positive » des efforts marocains. Le nouvel accord s’inscrit dans cette ligne, sans déclarations politiques frontales, mais avec des implications concrètes.

Ce réalignement commercial intervient alors que Rabat cherche à renforcer la vocation économique des Provinces du Sud, désormais présentées comme un corridor entre l’Europe, l’Afrique de l’Ouest et l’Atlantique. Des initiatives récentes – projets logistiques britanniques, intérêt américain pour les investissements, forum économique franco-marocain à Dakhla – montrent que la région se positionne comme un pôle d’ancrage plutôt que comme simple prolongement territorial.

Sur le plan intérieur, le gouvernement met en avant l’impact attendu sur l’emploi et la valeur ajoutée agricole. Les revenus liés aux exportations vers l’UE dépassent déjà les 60 milliards d’euros en volume global, tous secteurs confondus. Le prolongement de cet avantage aux régions sahariennes est perçu, à Rabat, comme un levier de stabilisation sociale et d’intégration économique.

Dans un environnement régional tendu et fragmenté, le Maroc parie sur le droit économique comme prolongement de sa diplomatie. L’Union européenne, elle, choisit une continuité pragmatique, misant sur la prévisibilité du partenariat plutôt que sur l’incertitude des contentieux.

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