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László Krasznahorkai, Nobel 2025 : un écrivain de l’effondrement qui interroge le canon mondial

10 octobre 2025 - 09:15

L’Académie suédoise a décerné le Prix Nobel de littérature 2025 à l’auteur hongrois László Krasznahorkai, saluant une œuvre « visionnaire, exigeante et apocalyptique ». Ce choix remet en lumière la place des langues minoritaires en Europe et révèle, en creux, l’effacement persistant des littératures arabes, africaines et latino-américaines sur la scène du Nobel.

Krasznahorkai n’est pas un inconnu dans les cercles littéraires francophones, mais il demeure un auteur confidentiel. Né en 1954, il s’impose à partir des années 1980 avec des romans labyrinthiques où l’attente, l’absurde et la dévastation dominent. Ses livres sont traduits chez Gallimard et Cambourakis, souvent portés par le cinéma de Béla Tarr, qui adapta Les Harmonies Werckmeister et Le Cheval de Turin.

L’Académie le décrit comme « un maître de l’excès grotesque » et « un visionnaire de la fin ». Son style, fait de phrases fleuves, de paysages en décrépitude et de fatalisme métaphysique, résiste aux formats éditoriaux contemporains. Ce choix consacre une littérature lente, obscure et non alignée.

La référence à l’Europe centrale n’est pas anodine : après Kertész en 2002, c’est la deuxième fois en vingt ans qu’un auteur hongrois est couronné. La distinction intervient dans un contexte où les lettres arabes, africaines ou latino-américaines restent marginalisées. Ni le Maghreb, ni le Machrek, ni l’Amérique hispanophone n’ont vu de lauréat depuis plus d’une décennie.

Le choix de Krasznahorkai relance aussi le débat sur la traduction. Ses œuvres sont arrivées tardivement dans les catalogues francophones et hispanophones, souvent grâce à de petites maisons. Cette visibilité limitée questionne le rôle des éditeurs, des politiques culturelles et des prix internationaux pour faire exister des auteurs exigeants hors des capitales littéraires dominantes.

Ce Nobel 2025 vient rappeler qu’un écrivain peut peser sans appartenir au marché anglo-saxon, mais il révèle en même temps les angles morts du regard occidental. L’absence de voix marocaines, latino-américaines ou subsahariennes souligne l’asymétrie persistante dans la construction du prestige.

Krasznahorkai incarne une littérature de la fin du monde, mais son couronnement met au défi les espaces culturels francophones et arabophones de s’interroger : qui impose les récits légitimes ? Et combien de temps faudra-t-il avant qu’un auteur du Sud rejoigne Stockholm par la grande porte ?

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