>

Le Maroc franchit un nouveau cap dans l’aéronautique avec un investissement de 3,4 milliards de dirhams

14 octobre 2025 - 08:46

La plateforme industrielle de Nouaceur, près de Casablanca, vient de connaître une nouvelle accélération stratégique. Ce lundi, le roi Mohammed VI a lancé les travaux du nouveau complexe de motorisation aéronautique du groupe français Safran, un projet industriel d’envergure qui confirme l’ancrage du Maroc dans la chaîne de valeur mondiale de l’aéronautique.

Le site sera implanté au sein de la zone « Midparc » et comportera deux unités principales. La première sera dédiée à l’assemblage et aux tests des moteurs d’avions commerciaux de type LEAP-1A, utilisés notamment sur les appareils Airbus A320 Neo. La seconde sera réservée aux activités de maintenance, réparation et remise en état (MRO) pour les mêmes motorisations.

L’investissement total dépasse 3,4 milliards de dirhams. Sur ce montant, 2,1 milliards de dirhams financeront l’usine d’assemblage, dont la capacité cible atteindra 350 moteurs par an. Safran prévoit la création de 300 emplois hautement qualifiés d’ici 2029. La deuxième composante, consacrée à la maintenance, mobilise 1,3 milliard de dirhams et ambitionne de traiter 150 moteurs annuellement, avec 600 postes directs à l’horizon 2030.

Avec ces deux installations, Nouaceur deviendra le deuxième pôle mondial de production de moteurs LEAP-1A après la France. Ce repositionnement conforte le statut du Maroc en tant qu’acteur majeur d’un secteur historiquement dominé par l’Europe et l’Amérique du Nord.

Selon les données du ministère de l’Industrie et du Commerce, les exportations du secteur aéronautique marocain ont dépassé 26 milliards de dirhams en 2024. Vingt ans plus tôt, elles ne représentaient pas un milliard. Le nombre d’entreprises opérant dans la filière est passé à plus de 150, regroupant des sous-traitants locaux et les plus grands équipementiers mondiaux.

Le directeur général de Safran, Olivier Andriès, a expliqué que l’extension des activités du groupe au Maroc résulte de la disponibilité d’une main-d’œuvre qualifiée, d’infrastructures industrielles performantes et d’un environnement économique stable. Les investissements en cours, incluant l’agrandissement de trois autres sites, dépassent 350 millions d’euros et généreront plusieurs milliers d’emplois sur l’ensemble de l’écosystème aéronautique national.

Ce projet s’inscrit dans une coopération entamée il y a plus de vingt-cinq ans entre le Maroc et Safran. Il marque une nouvelle étape dans le développement industriel du Royaume, notamment dans les segments à haute valeur ajoutée. La transition énergétique n’est pas absente de cette stratégie. Les futures unités utiliseront des sources d’énergie renouvelable pour réduire les coûts et l’empreinte carbone de la production.

L’installation de ce complexe renforce la montée en gamme industrielle du pays. Elle consolide aussi son attractivité face à la concurrence régionale et internationale dans les métiers de pointe. Avec un positionnement offensif sur l’aéronautique, l’automobile, les énergies propres et l’électronique, le Royaume poursuit une trajectoire qui lui permet de se projeter comme plateforme technologique émergente.

Ce choix stratégique intervient dans un contexte où plusieurs puissances cherchent à relocaliser ou à sécuriser leurs chaînes d’approvisionnement. En accueillant l’un des moteurs civils les plus utilisés au monde, le Maroc se place au cœur de cette recomposition. La présence de Safran, acteur central du motoriste CFM International, envoie un signal clair aux investisseurs européens et asiatiques.

La dimension politique n’est pas absente non plus. Ce partenariat confirme la solidité des liens franco-marocains sur le terrain industriel, malgré les tensions diplomatiques de ces dernières années. Il témoigne d’une convergence d’intérêts économiques et technologiques qui dépasse les cycles conjoncturels.

À mesure que le Royaume consolide son rôle dans l’aéronautique mondiale, d’autres annonces pourraient suivre dans les mois à venir, notamment dans les domaines de l’avionique, des matériaux composites et des moteurs de nouvelle génération. L’implantation à Nouaceur d’un hub dédié à la motorisation civile consacre une évolution qui n’est plus périphérique, mais structurante.

Partager l'article

Partagez vos idées

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *