Près de 900 millions de personnes pauvres sont directement exposées aux dangers climatiques selon un rapport du Programme des Nations unies pour le développement (PNUD). Cette réalité illustre l’injustice structurelle d’un modèle économique devenu vulnérable au réchauffement planétaire.
Selon le PNUD, huit personnes pauvres sur dix vivent aujourd’hui dans des zones menacées par la chaleur extrême, les inondations, les sécheresses ou la pollution de l’air. Ces risques, amplifiés par le changement climatique, dessinent une carte de la fragilité humaine où la pauvreté se double désormais d’une précarité environnementale.
Le rapport, publié à quelques semaines de la COP30 prévue au Brésil, met en évidence le lien direct entre réchauffement et inégalités. Haoliang Xu, administrateur du PNUD, rappelle que nul n’est épargné par les effets du changement climatique, mais que les plus pauvres supportent la charge la plus lourde. Il invite les dirigeants mondiaux à considérer l’action climatique comme une action de lutte contre la pauvreté.
Une injustice climatique mesurable
Parmi les 1,1 milliard de personnes vivant dans la pauvreté dite « multidimensionnelle aiguë », c’est-à-dire privées d’accès à l’eau, à l’électricité, au logement ou à la santé, près de 900 millions subissent au moins un danger climatique majeur. Le rapport recense des situations alarmantes. Plus de 600 millions de personnes subissent des vagues de chaleur, près de 580 millions respirent un air toxique, environ 460 millions sont confrontées à des inondations répétées et plus de 200 millions à des sécheresses prolongées.
L’étude révèle aussi que la majorité de ces populations affrontent plusieurs menaces à la fois. Plus de 650 millions de personnes cumulent deux risques climatiques, et plus de 300 millions en affrontent trois ou quatre. Chaque choc climatique aggrave les privations existantes et rend la pauvreté plus persistante.
Le cercle de la vulnérabilité
Dans de nombreuses régions du monde, les familles les plus modestes dépendent d’activités particulièrement sensibles au climat comme l’agriculture, la pêche ou le travail informel. Elles vivent dans des zones exposées aux catastrophes naturelles, sans infrastructures capables de les protéger. Une seule inondation peut détruire des années d’efforts et plonger des communautés entières dans la dépendance.
L’Afrique subsaharienne et l’Asie du Sud regroupent la majorité de ces populations, mais d’autres régions du Sud global partagent cette même fragilité. Au Maghreb comme en Amérique latine, la combinaison de la sécheresse, de la pauvreté rurale et de la dégradation des sols menace la sécurité alimentaire et sociale. Pour le PNUD, pauvreté et climat forment aujourd’hui une seule et même crise du développement.
Construire la résilience
La prochaine COP30 offre une occasion politique de repenser les priorités mondiales. Le PNUD appelle à placer la lutte contre la pauvreté au cœur des politiques climatiques, à renforcer les économies rurales, à garantir l’accès à l’eau et à l’énergie durable, et à consolider les systèmes éducatifs.
Pour les pays du Sud, l’enjeu consiste à réduire leur vulnérabilité tout en inventant un modèle de croissance compatible avec la transition écologique. Le développement durable devient non pas un idéal mais une nécessité vitale.
Un avertissement pour le monde arabe
Dans le monde arabe, où l’eau devient rare et la désertification gagne du terrain, ce rapport sonne comme un avertissement. Le Maroc a fait de la résilience climatique un pilier de sa politique publique, en associant grands projets d’irrigation, énergies renouvelables et programmes sociaux. Cette approche intégrée offre un exemple de ce que pourrait être une réponse durable aux crises combinées de la pauvreté et du climat.
Les Nations unies soulignent que la pauvreté et les dangers climatiques s’étendent désormais à toutes les régions. Cette phrase résume l’inversion morale de notre époque. Ceux qui contribuent le moins au dérèglement climatique sont ceux qui en subissent le plus durement les conséquences.