Le Conseil économique, social et environnemental (CESE) appelle à une stratégie nationale coordonnée pour faire du savoir et de la recherche les moteurs de la compétitivité du Maroc. Le rapport souligne les progrès réalisés, mais aussi des failles persistantes qui freinent la transformation du savoir en innovation productive.
La recherche scientifique marocaine avance, mais trop lentement pour soutenir la montée en puissance économique du pays. Le rapport du CESE, adopté à l’unanimité lors de sa 167e session en février 2025, analyse en profondeur les forces et faiblesses du système national de recherche et d’innovation. Il plaide pour une approche intégrée, associant universités, entreprises et institutions publiques autour d’objectifs communs.
Malgré une progression notable du nombre de chercheurs, de publications et d’institutions, la contribution du secteur reste en deçà des standards internationaux. Les dépenses intérieures de recherche et développement ne dépassent pas 0,75 % du PIB, loin de la moyenne mondiale de 2,68 %. Le financement reste massivement public, tandis que le secteur privé ne contribue qu’à 30 % de l’effort national.
Le CESE identifie plusieurs obstacles : un cadre juridique inachevé, une coordination insuffisante entre les acteurs, des mécanismes d’évaluation irréguliers et un manque de passerelles entre les chercheurs et le tissu économique. Les universités, souligne le rapport, se concentrent encore sur la production académique plutôt que sur la valorisation de leurs découvertes.
Pour inverser cette tendance, le Conseil propose un ensemble de mesures :
– Réviser la loi 01.00 sur l’enseignement supérieur et en adopter les décrets d’application pour renforcer l’autonomie et la gouvernance des universités.
– Augmenter le budget consacré à la recherche jusqu’à 3 % du PIB d’ici 2030, en mobilisant le capital privé.
– Créer un statut spécifique pour les chercheurs à temps plein et encourager la recherche postdoctorale.
– Donner au Conseil national de la recherche scientifique les moyens d’assurer la coordination stratégique et le suivi des politiques publiques.
– Favoriser la création d’entreprises issues de la recherche universitaire et des consortiums public-privé pour valoriser les résultats.
Le rapport insiste aussi sur la dimension territoriale : les régions doivent devenir des acteurs à part entière de la recherche appliquée, en soutenant l’innovation locale et la protection de la propriété intellectuelle.
Au-delà du diagnostic, le texte sonne comme un appel à une mobilisation collective. Sans un investissement massif et structuré dans la recherche, le Maroc risque de rester prisonnier du « piège du revenu intermédiaire ». Au-delà du cadre scientifique, il s’agit de replacer la connaissance au cœur du développement national pour que la compétitivité du Maroc se fonde sur l’innovation plutôt que sur le coût du travail.