Lors de la conférence africaine tenue à Rabat sur les systèmes d’éducation, de formation et de recherche scientifique, la présidente du Conseil supérieur de l’enseignement, de la formation et de la recherche scientifique, Rahma Bourquia, a dressé un constat sévère concernant la jeunesse et le corps enseignant du continent.
Mme Bourquia a rappelé que 25 % des jeunes africains sont aujourd’hui « hors système » — c’est-à-dire ni scolarisés, ni en emploi, ni en formation — un signal d’alarme sur les inégalités persistantes et les vulnérabilités sociales auxquelles sont confrontés plusieurs pays africains.
Elle a souligné que cette réalité justifie un investissement urgent dans la jeunesse, qu’elle qualifie de « clé du succès de nos nations ». Le choix du Maroc de débloquer une enveloppe budgétaire importante pour l’éducation et la santé pour l’année 2026 traduit, selon elle, une ambition nationale forte d’« élever la jeunesse au rang de pari de l’avenir ».
Par ailleurs, la conférence a mis en lumière l’ampleur du besoin en enseignants à l’échelle continentale : l’Afrique aura besoin d’environ 17 millions de nouveaux enseignants d’ici 2030 pour garantir un enseignement primaire et secondaire universel. Mme Bourquia a insisté sur la formation, la valorisation et la professionnalisation du métier d’enseignant comme leviers indispensables pour enclencher un véritable changement de paradigme éducatif.
Elle a qualifié l’éducation de « levier central de la transformation sociale et économique », rappelant que le modèle marocain de réforme des vingt dernières années témoigne d’une volonté politique constante, même si des défis structurels demeurent : le décrochage scolaire, la faiblesse de certains dispositifs de formation des enseignants et l’accès inégal aux opportunités d’apprentissage.
À la clôture de son intervention, Mme Bourquia a appelé à conclure un « nouveau pacte social pour l’éducation » en Afrique, fondé sur l’équité, la participation et la responsabilité collective, soulignant que sans enseignants bien formés et outillés pour le numérique, il est impossible d’imaginer la transformation géopolitique actuelle sans transformation pédagogique.
La conclusion formulée à Rabat met en évidence une réalité devenue difficile à ignorer. L’éducation en Afrique nécessite une action structurée plutôt qu’une succession d’initiatives dispersées. Les chiffres avancés soulèvent une interrogation essentielle sur la capacité des États à définir une stratégie lisible pour mobiliser les ressources humaines, technologiques et institutionnelles requises. Le véritable enjeu pour les gouvernements africains — y compris pour celui du Maroc — consiste à transformer ces orientations en mesures concrètes, afin que les engagements publics se traduisent en progrès mesurables au sein des systèmes éducatifs.