À Belém, dans le cadre de la COP30, plusieurs interventions ont mis en lumière une orientation claire : le Maroc considère la durabilité comme une condition de compétitivité et non comme un supplément d’image. L’événement parallèle organisé au pavillon de l’Union nationale de l’industrie du Brésil a donné l’occasion à des responsables marocains de rappeler que la transition touristique ne peut réussir qu’à travers un équilibre entre attractivité, gestion responsable des ressources et innovation opérationnelle.
Les échanges ont montré une convergence frappante entre acteurs économiques, experts en environnement et représentants institutionnels. Chacun a souligné la nécessité d’un tourisme capable de conjuguer développement et maîtrise de l’empreinte carbone. Le Maroc y présente une stratégie structurée, appuyée sur des initiatives concrètes : mobilité aérienne plus propre, valorisation des patrimoines naturels et renforcement d’un modèle circulaire de gestion des ressources.
Intervenant lors du panel consacré au « voyage et durabilité », Youssef Chaqor, vice-président de la commission développement durable au sein de la CGEM, a insisté sur un point structurant : une destination touristique ne peut gagner en attractivité que si elle parvient à stabiliser ses besoins énergétiques, à préserver l’eau et à réduire ses déchets. Pour lui, la circularité n’est plus un horizon théorique mais une condition économique. Ses propos traduisent une conviction largement partagée : la soutenabilité devient un facteur de différenciation dans un marché global plus exigeant.
L’exemple présenté par Ayman Charkaoui, directeur du Centre Hassan II de formation environnementale, a illustré cette dynamique. La restauration écologique de la palmeraie de Marrakech, menée depuis plusieurs années, ne relève pas seulement de l’aménagement paysager. Elle constitue un dispositif complet qui associe régénération du patrimoine végétal, optimisation hydrique, revalorisation touristique et implication communautaire. Cette approche, fondée sur la cohérence entre nature et économie locale, s’inscrit au cœur de la stratégie marocaine en matière de tourisme responsable.
Un deuxième moment fort a porté sur les solutions opérationnelles liées au transport et aux services touristiques. La session « tourisme bas-carbone » a ouvert un débat sur l’aviation durable, l’éco-innovation dans l’hôtellerie et les démarches environnementales adoptées par les opérateurs. Le représentant de l’Office national marocain du tourisme au Brésil, Amine El Joudani, a souligné la progression des flux entre l’Amérique latine et le Maroc. Le retour des vols directs a renforcé la visibilité de la destination et alimenté un intérêt croissant du public brésilien pour son offre culturelle et naturelle. Selon lui, cette dynamique s’accorde parfaitement avec l’engagement du Maroc en matière de tourisme durable.
L’importance croissante du label « Eco-Hôtel Maroc » a été rappelée à plusieurs reprises. Ce cadre national encourage les établissements à réduire leur consommation d’eau, à maîtriser leur énergie et à améliorer la gestion des déchets. Il sert également de signal pour les investisseurs et les voyageurs qui privilégient désormais des établissements alignés sur les standards internationaux de bonne gouvernance environnementale.
La transition du transport aérien a occupé une place significative dans les débats. Le représentant de Royal Air Maroc, Othman Baba, a détaillé la stratégie de décarbonation de la compagnie : optimisation des opérations de vol pour diminuer la consommation de carburant, renouvellement progressif de la flotte avec des appareils plus efficients, intégration du carburant durable d’aviation sur certaines liaisons européennes, et recours à des technologies permettant de réduire les traînées de condensation. Une démarche cohérente avec l’objectif de neutralité carbone à l’horizon 2050. Les données présentées sur l’évolution du secteur – aujourd’hui à 2,5 % des émissions mondiales et potentiellement beaucoup plus en l’absence d’action – montrent l’urgence d’une transition concrète et mesurable.
La dimension géo-économique des relations maroco-brésiliennes a également été évoquée. Pour Ali El Zerouali, vice-président de la commission Afrique à la CGEM, le Brésil occupe une position singulière, ouverte sur l’Atlantique Sud et sur les grandes économies émergentes. Le Maroc, quant à lui, dispose d’une centralité méditerranéenne et atlantique qui en fait un point d’accès vers l’Afrique de l’Ouest et l’Afrique du Nord. Le potentiel de complémentarité entre les deux pays apparaît ainsi évident : corridors logistiques, coopération industrielle autour des carburants propres, et synergies dans la préparation des grands événements sportifs internationaux, en particulier à l’approche de la Coupe du monde 2030.
Le débat s’est élargi à une perspective plus globale : la crédibilité des engagements environnementaux dépend de la capacité à produire des indicateurs vérifiables. Sur ce point, Helio Alves de Brito, expert brésilien en stratégie ESG, a rappelé que l’absence de standards partagés entre l’Afrique et l’Amérique du Sud crée une fracture qui limite l’accès aux investissements destinés à la durabilité. Il a souligné l’importance de métriques communes et de mécanismes transparents permettant aux destinations des deux continents d’intégrer les grandes chaînes internationales de tourisme responsable.
La participation marocaine à la COP30 confirme une orientation structurée : transformer le tourisme en un levier de durabilité mesurable, fondé sur la gestion de l’eau, l’économie circulaire, la décarbonation du transport et la valorisation des patrimoines naturels. Dans un contexte où le marché mondial évolue rapidement et où la crédibilité environnementale devient un critère de sélection, le Maroc défend une démarche fondée sur l’action, la cohérence et l’innovation. La COP30 rappelle ainsi que la transition touristique n’est pas un enjeu sectoriel mais un pilier de la transformation écologique du pays.