Les signaux hydrométéorologiques observés ces derniers mois confirment une tendance durable : le climat marocain traverse une phase de perturbation structurelle. C’est ce que souligne l’économiste marocain Amin Sami, qui estime que les récentes pluies — bien qu’abondantes dans certaines régions entre mars et novembre 2025 — n’ont apporté qu’un répit temporaire.
Un contexte marqué par un dérèglement durable
Selon l’expert, les prévisions climatiques montrent une réalité préoccupante :
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les épisodes de sécheresse deviennent plus fréquents,
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les températures moyennes progressent,
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les précipitations se raréfient à l’horizon 2050 selon les rapports internationaux.
L’état des retenues des barrages illustre cette situation. Au 10 novembre 2025, le taux de remplissage global atteint 30,8 %, soit environ 5,17 milliards de m³ d’eau. Ces chiffres demeurent en dessous du seuil de sécurité hydrique, malgré une amélioration ponctuelle observée en mars dernier.
Un impact économique complexe et multidimensionnel
Le secteur agricole — qui représente 12 % du PIB et près de 30 % de l’emploi — continue d’être fortement affecté. La persistance de la sécheresse réduit la valeur ajoutée agricole, fragilise les revenus ruraux et diminue la production de cultures stratégiques comme les céréales.
Sami rappelle que cette dynamique entraîne un effet domino sur l’ensemble de l’économie :
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Pression inflationniste due à la hausse des prix alimentaires et au recul de la production locale.
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Tension sur le budget de l’État, contraint d’investir massivement dans l’approvisionnement en eau, la dessalinisation et les programmes de soutien.
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Risque accru d’endettement, au moment où les finances publiques doivent absorber des investissements hydrauliques lourds.
Le rôle amortisseur des secteurs non agricoles
Malgré un contexte agricole difficile, l’économie marocaine maintient des perspectives de croissance positives grâce à la montée en puissance de secteurs plus résilients :
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industrie automobile et aéronautique,
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industries extractives,
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énergies renouvelables,
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tourisme en expansion.
Selon l’expert, ces secteurs permettent d’envisager une croissance comprise entre 4 % et 4,5 %, même en cas de campagne agricole faible.
Si la sécheresse persiste : un scénario à risque
Une fin d’année marquée par un déficit pluviométrique pourrait ramener la croissance autour de 3 %, voire moins. La contribution agricole deviendrait négative, tandis que les secteurs non agricoles assureraient presque seuls la dynamique économique.
Les conséquences sociales seraient importantes :
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augmentation de la fragilité des ménages ruraux,
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contraction des opportunités d’emploi dans les campagnes,
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progression de la pauvreté multidimensionnelle,
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renforcement de l’exode rural,
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pression sur les ressources en eau entraînant des restrictions sur les usages domestiques, agricoles et industriels.
Vers une refonte urgente du modèle agricole
Pour Amin Sami, la situation impose un changement de cap. Il estime que le Maroc doit accélérer une transformation profonde du modèle agricole, en orientant l’effort national vers :
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une agriculture durable et économe en eau,
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des cultures adaptées au stress hydrique,
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l’abandon progressif des filières gourmandes en ressources,
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la généralisation de technologies modernes d’irrigation,
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le renforcement des projets structurants liés à l’eau : dessalement, barrages, interconnexions.
L’expert insiste également sur la nécessité d’achever le schéma stratégique national de l’eau avant 2027, afin d’améliorer la gestion de l’irrigation et de réduire la vulnérabilité structurelle du pays.